CHANTRE XIX. — LOTIIAIHE DR SAXE
d'un grand luxe , le pape Innocent II , au concile de Reims, le. fit consacrer par l'archevêque de Vienne avant l'investiture. Le nouvel oinl du Seigneur vint, le casque en tête, prendre fièrement possession de son siège, malgré le murmure de ses adversaires; et le roi Lotliaire finit par le reconnaître et l'investir, quoique celui-ci déjà poussât l'ambition jusqu'à vouloir êlre primat de Gaule et de Germanie.
En Allemagne comme en Italie, les Hohenstauffen Frédéric et Conrad, à peine séparés par les Alpes, étaient toujours debout. Excommunié à Liège, Frédéric pillait et ravageait les domaines des évêques et des moines qui bronchaient sous sa main. Lotliaire ordonne à son beaufrère de Bavière, le welf Henri II, de secourir l'église de Souabe, tandis que lui, de Strasbourg, il attaquerait les châteaux et bourgs des Hohenslauffen en Alsace. Mais Henri avait aussi son église et ses vassaux en Bavière. Nobles et bourgeois avaient également élu un de ses ennemis, Heinrich, évêque de Ratisbonne et obtenu la consécration de l'archevêque de Salzhourg. Le margrave Léopold d'Autriche, les Hohenstautïen prêtaient main forte à celui-ci. Quand le duc bavarois assiégea Ratisbonne, ravagea et incendia ses environs, Léopold d'Autriche arriva avec une armée. Sur les bords de l'Isar, non loin de l'emplacement où s'éleva plus tard Munich, une furieuse bataille allait se livrer. Heureusement le comte-palatin de Bavière, Otto de Wiitelsbach, intervint entre Henri et Léopold et amena l'évêque aux pieds du duc qui lui pardonna. Mais, pendant ce temps, le roi Lotliaire ne put que donner l'assaut à quelques châteaux, évenlrer quelques forteresses d'Alsace, brûler les maisons et détruire les maisons des pauvres gens : résultat le plus ordinaire de ces guerres!
44 WELFEN ET WIBLINGEN (GUELFES ET GIBELINS).
Sur les frontières danoise et slave, le christianisme semblait menacé, en même temps que la suzeraineté de l'Allemagne, depuis la mort du saint roi de Danemark, Erich III, et celle de ce slave du nom allemand d'Heinrich, qui avait un instant réuni, en les convertissant, les pays slaves, aujourd'hui allemands, entre l'Elbe, la Baltique et la Pologne (1). Le roi Lolhaire avait d'abord retenu sous son vasselage et dans le christianisme, malgré Niels et Magnus, usurpateurs du Danemark, le Sleswig et même la Slavie sous Canut, fils d'Erich III, en lui donnant le titre de roi. Mais, Niels et Magnus ayant assassiné Canul en trahison, le Holslein était aussi menacé par l'ambition danoise; et toute la Slavie du nord-est, sous des chefs tout nationaux, retournait au paganisme et se ruait sur les forteresses allemandes bâties pour la contenir.
Lolhaire n'était pas peu inquiet et contristé, ainsi que sa femme Richenza [non modère contristatï) ; il arriva, vers la fin de l'été, avec six mille chevaliers bien armés, jusqu'à la célèbre muraille danoise entre le Sleswig et le Holstein, pour venger le meurtre de son vassal et rétablir la prépondérance saxonne. Mais là, outre l'armée de Niels et de Magnus, il rencontra « une multitude de rebelles aussi épaisse et nombreuse que les sables de la mer (2) », et il se résigna à accepter l'hommage des usurpateurs avec 4,000 marcs pour prix du meurtre. Attaqué encore, au retour, quand il repassait l'Eyder, Lolhaire conduisit son armée allemande au-delà de l'Elbe, chez les Slaves, Obotrites, Wendes et Polabes, mais il n'ontint rien de plus que l'hommage peu sûr, on le comprend, des slaves païens
(1) Helm., I, c. vi : lnter Albim et mare Ballicum usque ad terram Polononim. — (2) Ann. Bosov. ad ann. 1131.