CHAPITRE XIX. — L0THA1RE DE SAXE
Niclot et Prebislas, les héritiers de cet Heinrich qui avait été vassal fidèle parce qu'il était chrétien convaincu.
Les deux expéditions de Lothaire en Italie. — Première paix entre Welfen et Wiblingen. — Lothaire paraît un instant tout puissant. —Mort de Lothaire. — Fin du schisme. — (1132-1138.;
C'est en laissant ainsi tout inachevé à l'intérieur et à l'extérieur et bien des plaintes (omnium querelas), que Lothaire partit, août 1132, avec sa femme Richenza, pour faire rentrer Innocent II à Rome et y recevoir de lui la bénédiction impériale [ad suscipiendam benediciionem imperialem). Il n'était suivi que de deux mille chevaliers, d'un certain nombre d'archers fournis par les villes de la Saxe et de trois cents sauvages bohémiens. Les trois grands archevêques de Mayence, de Cologne et de Trêves n'y étaient point et le haut clergé allemand; en général, montrait peu d'empressement pour l'expédition. Avant de quitter son royaume, Lothaire lui laissa un triste souvenir. A Augsbourg, l'évêque n'était pas bien disposé pour lui; une rixe éclata entre les bourgeois et ses soldats. Les cloches sonnent aussitôt, le combat commence dans les rues malgré l'évêque qui se précipite, la croix en main, au milieu des furieux. Les soldats du roi, les bohémiens surtout, n'épargnent rien, pillent les églises, massacrent les enfants, les femmes, et enfin mettent le feu à la ville qui, bâtie de bois, est presque entièrement consumée. Lo-
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thaire, peu satisfait encore, renverse ses murailles et laisse en ruine celle cité, pour passer les Alpes, avant l'hiver.
L'arrivée du roi germain en Italie, au mois d'octobre, par la vallée de l'Adige, ne parut pas non plus d'abord de très bon augure. La ville de Vérone, qui n'avait pas oublié « l'orgueil des Teutons et la tyrannie et la cruauté des Barbares » (1), lui ferme ses portes. Mieux reçu par Crémone, Lothaire se voit braver par Crème, dont les femmes chansonnent sa piètre escorte; il évite Milan et arrive dans les plaines de Roncaglia, au sud-est de Plaisance, où, recueillant le pape Innocent II, il commence à se sentir mieux soutenu par l'opinion européenne et par les événements. De Roncaglia, pape et empereur s'avancent à peu près de concert, mais lentement et avec de grandes précautions, à travers les villes plus ou moins bien disposées de l'héritage de la grande comtesse Mathilde, vers la ville de Rome, tandis que l'anli-roi Conrad retourne en Allemagne et que le nouveau roi de Naples et de Sicile, partisan aussi d'Anaclet, battu par son rival, Robert de Capoue, est obligé de se réfugier en Sicile.
A Pise, au mois de janvier M 33, ils trouvent un homme qui valait une armée. Diplomate aussi habile que saint inspiré, le français Bernard, après avoir réconcilié les deux villes rivales de Gênes et de Pise, avait gagné le concours de leurs flottes pour surveiller les côtes et tenir les embouchures du Tibre. L'empereur et le pape arrivent ainsi à Rome (plus mente quam milite). « Nous sommes aux portes delà ville, » écrit Bernard au roi d'Angleterre, en lui demandant de l'argent pour lutter avec le riche
(1) Wattenbach : lier Auslriaciim, nos 15 et 16 : Superbiam Theulonicorum, crudelitatem tyrannorum ac scviciam barbarorum