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CHAPITRE XIX. — LOTHAIRE DE SAXE

Anaclet; « nous avons pour nous la justice, vous ne l'ignorez pas, mais c'est un mets qui a peu de saveur pour les Romains. »

Pour la première fois peut-être depuis la fondation de l'empire germanique, l'entrée des Allemands dans Rome ne fut pas sanglante. Anaclet, maître du château Saint- Ange et de quelques palais, proposa à Lolhaire de faire une enquête sur la légalité de l'élection. Les cardinaux et les prélats qui étaient autour du roi, à l'instigation de Bernard et de Norbert, déclarèrent qu'on ne pouvait revenir sur une décision prise en concile. Alors le préfet de la ville, Thédald, les Frangipani, les Corsi, d'autres encore allèrent à la porte Nomentane recevoir Lolhaire et Innocent, qui firent leur entrée le dimanche des Rogations (30 avril), pacifiquement, mais non sans quelques précautions militaires contre Anaclet et ses partisans, maîtres de la rive droite. A travers la foule curieuse, le roi prit séjour au mont Aventin, Innocent II à Saint-Jean de Latran, l'un près de l'autre ; la plus grande partie des troupes campa hors des murs, près Saint-Paul. Point de combat entre les deux rives de la ville et entre les deux papes. C'était le partage de Rome, un compromis. Lolhaire, refusant encore de nouvelles propositions d'Anaclet « comme fallacieuses et perfides », n'en écrivit pas moins aux princes chrétiens qu'il « avait reconduit avec gloire à Rome et réinstauré dans la chaire de Lateran le père de la chrétienté (1); » et l'Europe apprit bientôt que le pape de son choix avait (4 juin) à Saint-Jean de Lateran, sinon à Saint-Pierre, comme c'était l'habitude, couronné empereur celui qui l'avait ramené à Rome , après avoir reçu de lui le serment

(1) Baronius, Veteraacta, ann. 1133, p. 279.

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prêté par ses prédécesseurs, à savoir : « qu'il défendrait la personne du pape et l'honneur et les régales de saint Pierre ».

La teneur exacte des conditions de ce couronnement, dans lequel éclatait au moins l'accord pacifique du pape et de l'empereur, a été souvent débattue. L'étude la plus récente des textes montre qu'Innocent II confirma à Lothaire, pour sa personne, ce qu'avait accordé déjà à l'empire le concordat de Worms, en vertu duquel (secundum débitas et canonicas consuetudines) aucun évêque ou abbé élu en Allemagne ne pouvait prendre les régales, sans avoir demandé et reçu ce droit de l'empereur et prêté à celui-ci le serment habituel (1). Quant à l'héritage de la comtesse Mathilde, toujours en litige entre l'empire et le Saint-Siège, on négligea la question de principe : à savoir si Henri V, dernier empereur, avait hérité de ces biens comme parent ou comme suzerain. On se contenta de régler présentement l'état de possession : l'empereur garda la disposition des fiefs impériaux, et le pape conféra l'investiture, par l'anneau, des alleux de la succession, à Lothaire, sa vie durant, à la condition que celui-ci payerait au pape une redevance annuelle de 100 livres d'argent, que ces derniers biens reviendraient, à sa mort, en toute propriété au Saint-Siège et que le pape y serait toujours reçu, hébergé et entretenu partout à son passage avec honneur.

Par le premier de ces actes, les termes du concordat de Worms étaient confirmés au sujet des investitures, sans que Lothaire fît de nouveaux sacrifices. Par le second, si Loti laire gagnait au-delà des Alpes, comme empereur et

(1) Voir Bernheim, Lothar III und der concordat Worms, et Ulinger, Gœltinger gelehrten Anzeigen.

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