CHAPITRE XIX. — LOTHAIKG DE SAXE
comme propriétaire, un territoire considérable et utile à la domination allemande en Italie, il reconnaissait en fait, tout en réservant ses droits sur les fiefs impériaux, la validité de la donation allodiale faite au Saint-Siège, dont il recevait l'investiture par l'anneau. On devait, en effet, en tirer profit, plus tard, à la cour de Rome. C'est en souvenir de ce fait que, dans la salle d'audience du pape , on fit graver ce distique aussi célèbre qu'énigmalique, dont l'explication ne pouvait, en tout état de cause, être favorable aux prétentions impériales :
Rex venit ante foras, jurans prius urbis honores , Post liomo fit papœ, sumit quo dante coronam.
Au moins, pour le présent, était-ce la paix entre les deux pouvoirs. Innocent II déclarait « qu'il n'y avait rien de plus éclatant que la tiare, rien de plus élevé que la royauté », il se trouvait heureux « d'augmenter, dans le domaine ecclésiastique comme dans le domaine temporel, la puissance impériale du défenseur spécial de l'Eglise » (1).
La réintégration du vrai pape à Rome augmenta l'autorité, le prestige du nouvel empereur en Allemagne.
Les princes laïques et ecclésiastiques vinrent, à son retour, le saluer solennellement en diète à Wurlzbourg. Les prélats, qui avaient rêvé une certaine indépendance*en élisant Lolhaire, n'avaient plus rien à refuser à celui qui avait
(t) Voir le traité de règlement de la succession, dans Theiner, Codex diplom. : Nihil est pontifice clarius, nihil rege sublimais... tam secundum ecclesiasticum offîcium quam iempor aliter... tanquam specialissimo Ecclesix defensori.
ToMt; lv. 4
50 WËLFEN ET WIBLINGEN (GUELFES ET GIBELINS).
rendu un si grand service à la papauté el à l'Eglise. Adalbéron se résigna à n'être plus qu'archevêque à Trêves, même lorsque Lothaire passa à Norbert la chancellerie d'Italie ; el Bruno de Cologne, qui avait fui le roi, vint faire amende honorable à l'empereur.
Des querelles avaient éclaté pendant l'expédition. Elles s'apaisèrent comme par enchantement. Welf, frère du duc de Bavière, disputait la riche succession du comte palatin Gottfried de Calw à son neveu Henri de Lcevenslein; les bords du Rhin, la Souabe et la Bavière avaient couru aux armes. On s'arrangea. Deux frères, parents de la femme de Lothaire, divisaient la Frise el l'ensanglantaient de leurs rivalités; l'empereur les accommoda à Cologne où il célébra l'Epiphanie de 1134 , malgré les mauvaises dispositions des bourgeois. Tant valait l'empereur, tant valait la paix.
Le roi de Danemark, Niels, et son fils Magnus avaient, au Nord, rejeté Erich, frère de Canut assassiné, duc de Sleswig, au-delà de l'Eyder, et massacré un grand nombre de colons allemands, malgré le comte allemand de Holstein, Adolphe (1). Le fils de Niels, Magnus, vient apporter une somme d'argent considérable, comme Wergeld à Lothaire; il s'offre en otage et proteste que nul ne prendrait désormais le titre de roi, en Danemark, sans l'autorisation de l'empereur. Lothaire couronne Magnus qui porte l'épée, comme spalaire, devant lui, et qui promet de soumettre les évêchés de la Scandinavie à l'archevêque de Brème, comme l'empereur l'avait obtenu d'Innocent II. L'apôtre
(1) Ann. Sax., ann. 1133 : Rex Danorum pluribus advenis Jeutonicis terrain saam incolentibus truculationes membrorum intendit.