CHAPITRE XIX. — L0THURE DE SAXE
Un reflet de gloire oltonienne parut illuminer le pacifique saxon Lothaire aux diètes qu'il tint à Magdebonrg et à Mersebourg, en l'année 1135. Godefroy de Louvain, ancien rebelle, se joint cette fois aux autres princes. Des souverains étrangers y figurent : Erich IV, troisième frère de Canut, vainqueur de ses précédents rivaux, vient recevoir encore de l'empereur Lothaire la couronne danoise , après l'avoir conquise; le duc de Pologne, Boleslas, apporte son hommage et son tribut pour les territoires de Poméranie et de l'île de Rugen. Le roi de Hongrie, le duc de Bohême, depuis longtemps en guerre, lui faisant don de peaux de marine et de zibeline, se réconcilient sous ses yeux. Ils prêtent hommage, tiennent le glaive devant lui (1).
Enfin, ce qui élait plus significatif encore, des envoyés de l'empereur de Conslantinoplc et du doge de Venise apportent, à Magdebourg, des présents de perle, de pourpre , d'aromates et offrent des secours et de l'argent à l'empereur pour le décider à faire la guerre au normand Roger II , dont la puissance inquiétait tous ses voisins de la Méditerranée. Dans la diète de Mersebourg, Lothaire met le comble à cette pacifique et passagère grandeur en proclamant, avec l'assentiment et le serment de tous les princes (per regnum universum, conjurantibus cunctis), une paix générale de dix années, qui mettait, comme on l'avait fait récemment aux conciles de Reims et de Clermont, en France, sous la protection royale, les clercs, les femmes, les agricul-
(1) Ann. Sax. : Ibidem dux Bohemiœ et dux Ungarise inimicitias
ad invicem habentes confederantur Insuper Legali Boleslavi
ducis Polonorum et Godefredi de Lœvenc ducis Lotharingie.... et legati Grxcorum imper atoris. Ann. Bosov. ann. 1135.
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leurs, les marchands, les animaux domestiques, les brebis, et proscrivait surtout cet affreux emploi du feu et des incendies (pessimam et depopulatricem incendiorum malitiam) qui rendait le plus souvent irréparables, au moyen-âge, les maux de la guerre (1). Et cette paix, Lothaire s'efforce de lui donner de fortes garanties de durée (2) en conférant le duché même de Saxe au duc de Bavière, Henri II le Superbe, le mari de sa fille et son unique héritier (dédit ducatum Saxoniœ Henrico, gêner o sud), pour réunir sous sa puissance le nord et le midi, et le désigner, presque à l'avance, comme son successeur à l'empire.
Tant de précautions avaient un but plus élevé encore. Lothaire savait qu'il n'avait rien terminé en Italie. Lui parti, Innocent II avait été obligé de quitter Rome devant les partisans d'Anaclet, pour se retirer à Pise, devenue comme la capitale de la chrétienté (Pisa assumitur in locum Romœ) ; et Roger II de Sicile avait repris pied dans le midi de la Péninsule. Le pape Innocent, l'Europe ellemême attendaient de Lothaire une expédition plus sérieuse. Après avoir, un an durant, tenu diète dans les différents pays, pour requérir ou entretenir le dévouement de ses vassaux, ce fut une véritable et forte armée féodale (grandis satis et fortis exercitus), que Lothaire réunit au mois d'août de l'année 1136, à Wurlzbourg. Chevaliers saxons et bavarois, tout couverts de fer, et parmi lesquels on distinguait Conrad de Wettin, margrave de Misnie, et Otfon de Wiltelsbach, étaient réunis sous Henri II le Superbe. Conrad, l'ex-anti-roi, commandait les cheva-
^1) Mansi, Conc, XXI, pp. 439, 440. — (2) Ann. Saxo, ann. 1135.