CHAPITRE XIX. — L0THA1RE BK SAXE
liers souabes; il se tenait toujours au premier rang; car il était le porte-étendard de l'empereur :
Summuset imperii signifer ipse fuit,
Fit prior in ducibus semper primusque sedebat.
Parmi les grands princes ecclésiastiques, on voyait à la tête de leurs vassaux, le vieil archevêque de Cologne, si longtemps récalcitrant, le nouvel abbé de Stablo, Wibald, chancelier de Lothaire, l'archevêque de Magdebourg, successeur de Norbert mort à la veille de cette expédition, Conrad, paient de l'empereur, et ce belliqueux prélat de Trêves, Adalbéron, qui figurait bien dans une armée. Quels étaient ces remuants prélats féodaux du moyen âge allemand? On le voit bien en marche. Les deux archevêques de Cologne et de Magdebourg se disputent à chaque étape la droite du roi; un jour les chevaliers rhénans et saxons de ces deux prélats courent aux armes et se chargent; il y aurait eu un grand massacre si l'empereur ne s'était jeté armé au milieu des combattants, et de sa personne ne les avait séparés et apaisés, manu minisque sedasset.
Lorsque l'empereur Lothaire, après avoir descendu, au mois de septembre M36, la vallée de l'Adige, sans trop grande opposition, arriva sur le Mincio, entre Vérone et Manloue, son puissant allié, le représentant et l'interprète de l'opinion chrétienne en Europe, l'infatigable Bernard, lui fraya encore les voies dans la haute Italie. Après avoir ouvert avec le pape Innocent II, à Pise, un concile où s'étaient répétées les scènes d'Etampes et de Liège, il se présenta avec deux cardinaux devant Milan, qui tenait encore pour Anaclet et pour son archevêque schismatique
56 WELFEN ET WIBLÏNGEN (GUELFES ET GIBELINS).
Anselme. Sa seule présence retourna la ville comme il voulut, civitatem, prout voluit, formamt. Celle-ci fit pénitence, reçut de sa main l'absoiution et déposa Anselme bientôt en fuite. Elle eût gardé tout entier Bernard pour elle, s'il y avait consenti; car elle pressait cet homme miraculeux qui parlait à son imagination de devenir son archevêque (1). Avec un dédain justifié par sa grandeur morale, celui qui semblait mener les papes et les empereurs renvoya la demande des Milanais à la décision de l'âne qui prêtait son dos à ses saintes fatigues ; celui-ci, laissé libre par son maître, prit son trot vers les portes de Milan; et le saint, échappé au souci de l'administration d'une ville si tumultueuse, désigna à son choix l'évêque d'Alba Pompeia, Rodoald.
Avec sa pesante armée féodale, Lothaire ne fit pas beaucoup plus dans la haute Italie et laissa un plus mauvais renom. 11 ravagea les vignes, châteaux et maisons de campagne de Crémone, ne pouvant forcer ses tours et murailles. Les Milanais vinrent au-devant de lui au nombre de quarante mille, moins pour lui faire honneur que pour l'empêcher d'entrer; ils l'entraînèrent avec eux contre un château fort de Crémone, leur ennemie. Après l'avoir pris et rasé, l'empereur, passant le Pô, alla élablir son camp et parader dans la belle et riche plaine de Roncaglia (amœna et lautissima planities). II y fit acte de souverain, pendant le mois de novembre, jugeant les querelles qu'on voulut bien lui soumettre et promulguant des lois qui ne furent pas toujours obéies (2), entr'aulres celle qui interdisait à tout arrière-vassal d'aliéner ou morceler son
(1) Landolf, De Sancto Paulo, c. lx. — Vita Bernard., c. h. — Epist. Bern., 311, 137, 314. — (2) Landolf, c. xliv : Ibi per plures