‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 4 sur 135 · CHAPITRE XIX. — L0THA1RE DE SAXE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. — L0THA1RE DE SAXE

d'un surnom emprunté aux armoiries déjà en vogue. Les <lcu\ grandes maisons rivales, ce sont déjà les Welfen et les AYiblingen; on dit Conrad ou Frédéric de llolienstauffen, Ollon de Wiltelsbach ; deux des princes les plus remuants du temps sont Henri le Lion et Albert l'Ours. Les évèques eux-mêmes s'honorent de leur nom de famille, autant que de leur siège, on appellera Uaynald de Dassel l'archevêque de Maumce. Les rapports d'office entre le supérieur et l'inférieur diminuent. Les rapports féodaux prennent presque toute leur place. Les princes laïques ou ecclésiastiques immédiats, investis d'un fief, forment la haute noblesse d'empire; ils maintiennent la paix dans leurs liefs, y rendent la justice, y lèvent et commandent l'heerbann, y frappent monnaie et y imposent des taxes en vertu de leur titre de propriété. Les vassaux dépouillent peu à peu des droits régaliens (regalia) les souverains allemands qui sont menacés du sort des derniers princes carolingiens. Celte révolution commence à en entraîner deux autres à sa suite. En devenant grands propriétaires, les princes de l'Etat et de l'Eglise ont pu, pour leur honneur ou dans l'intérêt de leur puissance, soit inféoder à des serviteurs (ministérielles) quelque partie de leurs domaines, soit prendre des hommes libres ou des braves à leur service. De là, la petite noblesse, la chevalerie; ceinte du baudrier militaire (cingulum militare), ayant le privilège des armes que l'empereur peut même conférer aux non nobles (non ex génère militari), c'est une sorte d'ordre nouveau qui peut être aussi appelé à jouer son rôle dans l'empire. A la diminution du pouvoir des comtes et des ducs, des évoques mêmes, comme officiers du roi, correspond également, comme conséquence, une tendance des villes à exister pour elles-mêmes, à s'administrer par la main des bour-

8 WELFEN ET WIBUNGEN (GUELFES ET GIBELINS).

geois, à s'affranchir d'un pouvoir qui se déplace. Les empereurs Henri IV, Henri V ont poussé eux-mêmes au mouvement en donnant des privilèges, des immunités aux villes où avaient dominé les princes ou' les évoques, afin d'affaiblir ceux-ci. Les vieilles villes, de fondation romaine, ont trouvé là le secret de raviver leur ancienne liberté. Le vieux conseil des décurions se fond dans le corps des échevins ; et le bourgmestre (inagister-civium) prend place à côté du bailli du suzerain; les villes de création nouvelle, autour des châteaux-forts ou des couvents, réclament avec leurs corporations, leurs ghilden, les mêmes avantages, la liberté romaine. Les princes-évôques surtout n'ont qu'à bien se tenir. La magistrature municipale, non contente de faire la police du marché, du commerce, des métiers, arme les citoyens pour soutenir ses intérêts politiques. Cologne, Mayence, d'autres encore, arrachent à leurs archevêques si puissants dans l'empire, de gré ou de force, les immunités ( Weichbildrecht) qu'on avait conférées au siège épiscopal et qui passent à la ville ellemême. C'est un quatrième ordre. Conrad II avait favorisé la petite noblesse, et Henri IV avait favorisé la bourgeoisie des villes. Il faudra que les successeurs des Franconiens comptent avec elles.

C'est au milieu de ces éléments que le pouvoir impérial allemand aura à se mouvoir dans la période qui va s'ouvrir. Les empereurs franconiens ont voulu dominer chez eux et en Italie, réduire à la fois la grande féodalité allemande, la papauté et l'Eglise. Pour y arriver, ils ont favorisé, des deux côtés des Alpes, la petite féodalité contre la grande et les villes contre la iéodalilé. Ils n'ont réussi qu'à réunir contre leur despotisme les puissances les plus diverses, comme la féodalité et l'Eglise, ou à se créer,

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