CHAPITRE XIX. — L0THA1RE DE SAXE
cinq cents Sarrazins, le jour de la Pentecôte (1 137), la fête religieuse est rehaussée, disent les contemporains, par l'apparition miraculeuse, au ciel, « d'une couronne d'or et d'une colombe qui témoignaient de l'heureuse union du sacerdoce et de l'empire. »
Salerne était le dernier point d'appui solide de Roger II dans la Péninsule. Cernée du côté de la terre par les Allemands , et sur la mer par les flottes de Gênes et de Pise, que commandait l'abbé même de Stablo, Wibald à la fois lettré, politique et marin, chancelier de l'empire, elle se rendit le 8 août et le normand Roger II s'enfuit en Sicile. Le pape et l'empereur étaient vainqueurs. Mais qui profiterait du succès dans ce royaume conquis de la terre ferme ? Lolhaire invoquait le droit d'Olton le Grand et d'Otton II; Innocent II invoquait celui de Nicolas II et de Grégoire VII? Un conflit faillit s'élever entre le pape et l'empereur, quand il s'agit d'investir Rainulf, leur allié, du duché d'Apulie reconquis. Ils s'accordèrent en tenant la bannière pendant la cérémonie, le pape par la pointe et l'empereur par la hampe. Dans Bénévent, depuis longtemps possession pontificale, Lolhaire ne mit point le pied; mais il tint à ce que l'impératrice, sa femme, la pieuse Richenza, allât y faire solennellement ses dévolions à l'église Saint-Barthélémy. Au Mont-Cassin, où le belliqueux abbé s'était encore compromis avec Roger II, Lothaire, après s'être fait précéder par sa femme chargée de présents consistant en un pluvial d'or et en une étole pour saint Benoît, fit faire, accompagné d'une bonne escorte, l'enquête sur la personne de l'abbé, partisan de son ennemi, et désigna son successeur, qui n'était rien moins que Wibald, abbé de Stablo, son chancelier, au choix des moines, dans l'intention de l'investir par le sceptre. Le pape se récria; il
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voulait rompre; mais quoi ! Lolhaire assurait qu'il ne faisait point injure, mais honneur au pape (1). « Il entendait trois messes par jour, » dit la chronique; « toujours entouré d'évêques, d'abbés, il allait visiter la nuit toutes les cellules des moines et les bâtiments d'exploitation; et sa femme lavait les pieds des orphelins, les essuyait avec ses cheveux, et de sa main servait à manger aux pauvres. » Lothaire nomma et investit donc son chancelier Wibald en lui soumettant tous les vassaux campaniens et il le recommanda au pape pour la consécration qui vint après.
Une fois revenus sur le territoire de l'Eglise, l'empereur et le pape se séparèrent. Vieilli par les fatigues, Lothaire, après avoir nommé son gendre et son compagnon, Henri, duc de Toscane et avoir obtenu pour lui, du pape, les alleux de la comtesse Maihilde, voulait revenir au plus tôt en Allemagne, sans se soucier de chercher à entrer encore dans ce guêpier de Rome. Le pape, un peu las d'une protection qui n'était pas toujours gratuite, tenait cependant à rentrer dans Rome. Mais était-il besoin que les Allemands pénétrassent encore dans la capitale de la chrétienté où Anaclet tenait obstinément dans quelques forteresses, puisque le préfet de la ville et le sénat offraient de recevoir Innocent II? L'armée germanique s'était déjà fait beaucoup d'ennemis par ses excès. Sur le territoire de l'Eglise encore, elle ruinait les forteresses, faisait pendre les gentilshommes et les soldats, même les femmes qui résistaient. Dans le Mugello, les Allemands coupaient le nez aux habitants ou les estropiaient. Ce que les chevaliers voulaient surtout, et ils étaient nombreux , c'était de l'or, de l'ar-
(1) Ghron. Casiu. : Qux gesta erunt, simpliciler neque ad ejus in* juriarn sed ad honoreni inagis facta esse omnia.