‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 31 sur 135 · CHAPITRE XIX. — LOTHAIRE DE SAXE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. — LOTHAIRE DE SAXE

gent; ils n'avaient que cette paie. En revanche, le climat vengeait les Italiens; l'archevêque de Cologne, l'évoque de Baie, un comle saxon, un comte de Hesse mouraient. Lolhaire laissa l'abbé Bernard achever l'œuvre que celui-ci avait réellement commencée. La parole du saint fit pins et mieux, en effet, que les armes germaniques pour ramener à Innocent II un certain nombre de Romains, à la veille du jour d'ailleurs où Anaclet allait mourir. Pour l'empereur Lolhaire, âgé de de près de soixante-dix ans, malade , il tint à repasser les Alpes malgré le mal et la saison. Il voulait mourir sur le territoire allemand; et, en effet , dans les gorges du Tyrol, à Breitcnwang, le 3 décembre, descendu dans une cabane de paysan , « cet ami de la religion et de la justice, » dit un chroniqueur, « entra dans les palais brillants du ciel pour y régner éternellement avec le Christ (1). »

Une foi qui n'excluait pas l'ambition et une ambition qui n'était pas toujours très-respectueuse des formes de la justice , étaient le fond du caractère de Lolhaire. Duc de Saxe, il s'était fait, en défendant la cause de l'Eglise, des titres à l'empire ; empereur, il était devenu par sa prudence la meilleure garantie de la paix du sacerdoce et de l'empire. On le respectait sans trop le craindre, et chacun, sous son règne, en Allemagne au moins, jouissait en liberté et en paix de ce qu'il possédait (2). Il ne contestait pas les possessions héréditaires des ducs, à l'exception de

(1) Ann. Sax. : Pax Ecclesiœ, amator religionis et justilice. — Chron. Cas., IV, 126 : Gemmea cœli palatia cum Christo sine fine regnaturus intravit. — (2) Ibid. : In diebus ejus populus terrée non perlimuit; unusquisque sua liberaiiter pacificeque possidebal.

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celles des Hohenstauffen qui étaient litigieuses; il gardait juste dans les élections ecclésiastiques, malgré quelques velléités contraires, l'action qui lui appartenait; il ménageait la petite noblesse et il accordait volontiers quelques privilèges aux villes. Sur les nations voisines de l'Allemagne, Danemark, Slavonie, Bohême, Hongrie, il rétablit plutôt sa simple suzeraineté que la domination allemande; et. en y favorisant la propagande chrétienne plus que la colonisation germanique, il y releva plutôt le nom que la puissance de l'empire. C'était bien un souverain formé au feu de la déplorable lutte du sacerdoce et de l'empire, par cetie Eglise qui, "au xne siècle, avait retrempé ses vertus dans la réforme des couvents; c'était un contemporain d'Otto de Bamberg, de saint Norbert et de saint Bernard. Souverain actif et dévot, comme empereur, il eut volontiers soutenu les prétentions ambitieuses de ses prédécescesseurs ; mais, comme chrétien, il suivait le courant religieux de l'Eglise réformatrice; en somme, il avait toujours eu pour but de rétablir l'unité de l'Eglise à laquelle il devait tout, espérant aussi trouver dans ce grand service la fortune de ses enfants et la restauration du pouvoir de l'empire.

C'est ce qui avait amené Lothaire deux fois en Italie. Et cependant, bien qu'il eût pénétré jusqu'à Bari et jusqu'à Salerne,il était mort en entrevoyant les difficultés de cette double tâche. En Allemagne, il ne devait pas, malgré ses désirs, fonder en faveur de son gendre, Henri II le Superbe, une dynastie; dans l'Eglise, après la mort d'Anaclet, « enterré en cachette et descendu dans le ventre de l'enfer, » dit un de ses adversaires, les cardinaux opposants devaient encore élire un anti-pape; en Italie, les Allemands n'avaient pas encore tous repassé les Alpes que le normand

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