CHAPITRE XIX. — L0T1IAIRE DE SAXE
Roger II, aussi habile à reprendre le dessus qu'à céder, reconquit Salerne, Naples, Capoue, l'Apulie, et menaça Rome. Comme pour prouver l'inanité même du plus grand pouvoir politique de cette époque, saint Bernard lui seul devait poursuivre contre le nouvel anti-pape et contre celui qu'il appelait le tyran de Sicile, l'œuvre laissée inachevée par Lolhaire. Seul, il devait tenir tête, dans un concile du midi de l'Italie, au tyran Roger, même vainqueur. Seul, il devait amener dans la ville de Rome même le nouvel antipape, de la famille enragée des Pierre-Leoni (furor Leonina), aux pieds d'Innocent II; seul, il pouvait, avec une modestie qui ne dissimulait point d'orgueil, écrire : « A l'octave de la Pentecôte, Dieu a accompli notre désir en ramenant l'unité dans l'Eglise et la paix dans Rome » (1). Les irruptions de l'empire allemand en Italie n'étaient que des avalanches; elles ravageaient ce qui s'opposait à leur passage, sans laisser aucune alluvion bienfaisante; heureuse la Péninsule quand elles n'emportaient point les plus robustes futaies ou les espérances de la moisson ou de la vendange à venir !
(1) Saint Bernard, Epist., 32C : In octavis Pentecostes ipsa die cornplevit Deus desiderium nostrum : Ecclesix unilatem et urbi dando pacem.
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