‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 34 sur 135 · CHAPITRE XX. — RÈGNE DE CONRAD III · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. — RÈGNE DE CONRAD III

princes à Quedlimbourg; ils apprirent coup sur coup, en février de l'année 1138, que le margrave de la Saxe du Nord, Albert l'Ours, interceptait toutes les voies menant à celle ville pour empêcher la réunion (1), et que l'ancien anti-roi, Conrad de Hohenstaufïen, frère de Frédéric de Souabe et demi-frère de Léopold d'Autriche , fils de la franconienne Agnès fille de Henri IV, et neveu de Henri V, avait été proclamé à Coblenlz et couronné à Aix-la-Chapelle, sôus le nom de Conrad III (2). Ce n'était pas seulement la couronne impériale qu'on leur disputait. Albert l'Ours, de la famille des Ballenstacdt, descendant aussi des Billungen, comme le welf Henri, réclamait le duché de Saxe, dont son père avait eu un inslant l'administration.

En effet , sur les bords du Rhin , l'archevêque de Trêves, Adalbéron, arrivé à cetlc dignité malgré Lolhaire, nommé légat en Allemagne par le pape, pour s'êlre toujours rangé de son avis pendant la dernière expédition d'Italie, ami de saint Bernard, aussi connu par son activité en France, à Melz et à Reims, qu'en Allemagne, avait profité de la vacance du siège de Mayence et du défaut de consécration de l'archevêque de Cologne, pour brusquer avec quelques princes, ennemis comme lui des Welfen, l'élection de Conrad, son ami; et il l'avait fait couronner par un cardinal allemand , légat de la cour de Rome, Diettwin, revenu d'Italie avec lui. Dans cette élection n'avaient point figuré de princes saxons ou bavarois, seulement des évêques et seigneurs des bords du Rhin et de la Lorraine. Aucune des formalités traditionnelles n'a-

(1) Ann. sax. ann. 1138 : Hic conventus impeditus est a Alberto Marchione et suis commanipularibus. — (2) Otto Fris., VU, 29 : Consilio habito in oppido Gallix Confluentise convention célébrant

70 WELFEN ET WIBLINGEN (GUELFES ET GIBELINS).

vait élé observée. Mais le cardinal-légat avait promis l'appui du pape, du peuple romain, de l'Italie, et Adalbéron pouvait peut-êlre assurer à sa créature impériale l'appui du jeune Louis Vil et de la France. N'était-ce pas la guerre rallumée entre les Welfen et les Wiblingen et étendue à tout l'empire? Les mauvais présages que l'on voyait dans les incendies fréquents qui dévoraient, celte année môme, les villes et églises de Mayence, de Spire, de Strasbourg et de Goslar seraient-ils justifiés? L'Allemagne pouvait-elle espérer être assez heureuse pour se relever sous cette nouvelle dynastie, comme les cathédrales de ces villes elles-mêmes se rebâtirent plus belles au xne et au xme siècle, dans ce style nouveau de l'ogive, qui gagnait alors de France, comme toutes les idées morales et novatrices et tous les arts nouveaux, le centre de l'Europe?

Le coup de main ecclésiastique, grâce auquel Conrad ni avait été élu, parut d'abord réussir. Les qualités de Conrad, son illustre origine, son esprit à la fois chevaleresque et dévot, non sans mélange d'ambition, qui était tout de ce temps, les souvenirs qu'il avait laissés dans la Lombardie, comme anti-roi, et, dans la récente expédition qu'il avait faite avec le welf Henri jusqu'à Salerne, son esprit d'indépendance suivi de sa soumission même à l'Eglise, enfin son puissant apparentage, tout parlait pour lui. L'appui pratique et mystique d'Adalbéron et de saint Bernard, de l'Eglise séculière et de la régulière, faisait peut-être plus

ibi qua, legato summi pontifias ac totius Romani populi urbemque

llalix asseniuni promillente, Conradum rcgem créant. — Ann. mx. ann. 1138 : Conradus factione Adalberonis et quorumdam principum Confluentùe successit.

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