CHAPITRE XX. — RÈGNE DE CONRAD III
encore. A Cologne, Conrad III vit maint évêque, même de Saxe, venir se soumettre. A Mayence, il nomma le comte palatin du Rhin et disposa de l'archevêché en faveur d'un neveu de la seconde femme de son frère Frédéric de Souabe, Adalbert II, élevé et instruit en France, qu'on fit en deux jours prêtre et archevêque. A Bamberg, en Franconie , où il avait convoqué les princes pour recevoir leur serment, parurent le jeune Léopold, nouveau margrave d'Autriche, fils du deuxième mariage de sa mère Agnes, et les ducs Conrad de Zœhringen et Ulrich de Carinlhie. Le duc même de Bohême, Sobieslas, prêta hommage pour que son fils fût reconnu comme son successeur. Dai.s la ville de Ratisbonne, sur le territoire même d'Henri ie Superbe, l'archevêque de Salzbourg, personnage considérable, se présenta et Conrad se contenta avec habileté de celte démarche, sans exiger de lui le serment.
Henri le Superbe comprit que tout était perdu, il se rendit à Nuremberg et se résigna à envoyer à Conrad les insignes de l'empire qu'il tenait de sa belle-mère, l'impératrice Richenza. D'Italie , les nouvelles étaient bonnes. Le Saint-Siège reconnaissait Conrad, la ville de Milan de nouveau le saluait roi avec plaisir; Gênes, Lodi lui demandaient des privilèges. Il put envoyer un archichancelier du royaume en Italie et nommer un marquis de Toscane pour administrer le pays et prendre possession des alleux de la comtesse Mathilde qui lui revenaient comme héritier des Franconiens. Tout cela semblait promettre un heureux début au fondateur de la dynastie des Hohenstautïen.
Mais combien de règnes avaient déjà montré en Allemagne qu'il était plus facile de conquérir le titre et l'honneur que la réalité de la souveraineté! Sans parler des biens-
72 WELFEN ET WIBL1NGEN (GUELFES ET GIBELINS).
fonds que Conrad, comme héritier des Franconiens, pouvait redemander à l'héritier de l'empereur Lothaire, Henri, était-il prudent au nouveau roi de laisser deux duchés, la Saxe et la Bavière, entre les mains d'un seul prince? Entre Conrad III et Henri le Superbe, il y avait matière à litige comme il y avait matière à conflit entre le souverain et ic vassal. On chercha à négocier clans une diète à Augsbourg; mais le souverain et le vassal y vinrent armés. On récrimina; peut-être se tendit-on des pièges. Le nouveau roi, subrepticement, par impatience ou par soupçons, quitta la partie et résolut, en s'appuyant sur sa famille qui était nombreuse, de commencer la lutte contre son rival. Ne pouvait-il pas, comme l'avaient fait surtout les Ottons, pratiquer la politique de famille? Sa mère, Tille et sœur d'empereurs, Agnès, deux fois mariée, lui avait à cet effet fourni, en lui donnant dix-neuf frères ou sœurs ou demifrères et demi-sœurs, dont plusieurs étaient morts cependant, une ample matière.
A Wurtzbourg donc, le nouveau roi met Henri le Superbe au ban de l'empire pour avoir voulu retenir dans ses mains deux duchés (1), contrairement aux lois de l'Etat. Henri le Superbe, réclame, s'arme. Aussitôt Conrad III, presque coup sur coup, transfère, comme si c'était un des droits de sa souveraineté, le duché de Saxe à cet Albert l'Ours, qui avait été d'abord l'adversaire, puis le serviteur de .Lothaire, et enfin le duché de Bavière à Léopold d'Autriche, de la maison de Babenberg, son frère utérin, ainsi que le riche évêché de Frisingen, à Otton, un autre aussi de ses frères utérins , célèbre plus tard comme l'historien des
(1) Helmold, 1, 54 : Injustum esse perhibens quamquam principem duos tenere ducatus.