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CHAPITRE XX. — RKGNE DE CONRAD III

Celle mort ne termina pas la guerre. Son fils, plus tard célèbre sous le nom de Henri le Lion, fut, quoique en bas âge, proclamé duc de Saxe par sa mère Gerlrude et par sa grand mère, l'impératrice veuve Richenza ; et, tandis qu'Albert l'Ours voyait son château héréditaire d'Anhalt brûlé et lui-même remplacé dans la marche du Nord (Nordmark) par un Rudoiph de Stade, en Bavière, Welf V, frère de Henri, releva son parti en livrant à Léopold d'Autriche un combat heureux près de Valley (13 août 11 40). Conrad III, de son côté, s'affermit sur le Rhin en confiant aussi, après la mort du titulaire, le palatinat du Rhin à un troisième de ses frères utérins, du nom de Henri, qui devait avoir à faire dans ces contrées, où les petites guerres non plus ne manquaient pas. C'était à recommencer.

Au mois de décembre de l'année 1 140, les adversaires, après s'être cherchés, se trouvèrent en face. Le roi Conrad III, accompagné, comme toujours, du légat du pape, Dieltwin, d'archevêques et d'évêques, de son frère Frédéric de Souabe, de ses frères utérins, Léopold, Otton, Henri, et de quelques seigneurs, assiégeait, sur les bords du hautNeckar, la ville fortifiée de Weinsberg, où était la femme du duc Welf V. Celui-ci, croyant surprendre l'armée assiégeante, arrive par un chemin détourné, quand il est arrêté par les chevaliers de Conrad qui avait été averti : — Ri Wel/cn! — hi Gibelinenï — pour la première fois, selon des chroniques, il est vrai, postérieures, ce double cri de guerre est poussé des deux paris. Mais Conrad, en nombre, jette une partie des chevaliers de Welf dans le Neckar et l'autre dans la forteresse. Weinsberg est à sa discrétion. La du-

attribuent sa mort au poison, le soupçon ne tombe sur personne Un chroniqueur dit : Irremediabili morbo tristitiœ.

78 WELFEN ET WIBLTNGEN (GUELFES ET GIBELINS).

cbesse dut se rendre. Elle aurait, selon la tradition, stipulé que toutes les femmes de la ville pourraient sortir en emportant ce qu'elles avaient de plus précieux (\). Quand on les vit ayant chargé leurs maris sur leurs épaules, Frédéric de Hohenstauffen protesta; mais Conrad III laissa passer femmes et maris : « c'était parole de roi » ; et Weinsberg aurait changé son nom en celui de Weibertreu (fidélité des femmes).

La critique historique a traité cette tradition de légende; les défenseurs des vertus allemandes demandent grâce pour elle. Elle n'est pas incompatible avec le rôle imporlant qu'on voit jouer alors aux femmes et avec les sentiments et les idées chevaleresques que l'influence de la France propageait en Allemagne depuis la première croisade. La vieille impératrice veuve, Richenza, et sa fille Gertrude avaient fait ia force de Henri le Superbe et étaient maintenant la seule défense de son jeune fils, Henri le Lion. On reprochait à Albert l'Ours d'attaquer deux femmes et un enfant; et lui, il avait trouvé aussi un concours tout sauvage dans sa vieille mère, Eilika. Frédéric de Hohenstauffen avait, dans Agnès de Saarbruck, une femme vraiment virile. La mère même de Conrad III, plus célèbre encore sous le même nom d'Agnès, fille de Henri IV et sœur de Henri V, femme de deux maris, mère de vingt enfants et qui eut des Hohenstauffen et des Babenberg pour descendants, n'était pas moins remarquable par son courage que par ses vertus. Ces fortes qualités des descendantes des Grimhilde et des Brunehilde inspiraient aux descendants des Sigefrid une estime naturelle. Dans cet épisode, où apparaît pour la première fois en Allemagne le sentiment chevaleresque, le

(1) Monum. Germ., XVII, 309. Ann. Weingart.

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