‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 39 sur 135 · CHAPITHE XX. — RÈGNE DE CONRAD III · texte numérisé non relu

CHAPITHE XX. — RÈGNE DE CONRAD III

sades, laisser indifférents les dépositaires d'un pouvoir dont la religion était alors l'une des bases principales. Le premier souverain de la dynastie des Holienstauiïen ne put donc se soustraire au double devoir que ces circonstances nouvelles semblaient lui imposer ; c'est ce qui l'entraîna, loin de l'Allemagne, hors de sa sphère d'action naturelle, pendant une partie de son règne. Mais était-ce l'Italie ou' l'Orient, Jérusalem ou Rome, qui aurait d'abord pour lui le plus puissant attrait?

Les troubles à Rome ; Arnaud de Brescia. — Les malheurs de la Terre-Sainte; saint Bernard en Allemagne. — (1144-1147.)

Conrad III, pendant l'essai de royauté qu'il avait fait, au temps de Lothaire, en Italie, s'était aperçu déjà du tort que l'ébranlement de la puissance politique des évêques avait causé à la puissance allemande au-delà des Alpes. Une doctrine nouvelle, celle du célèbre moine- tribun Arnaud de Brescia (i), élève d'Abélard, qui transportait dans la politique la révolution que son maître avait tentée dans la théologie- et qui contestait au clergé le droit de posséder et à l'Eglise l'exercice de tout pouvoir temporel, était de nature à donner une arme redoutable aux municipalités italiennes en voie d'émancipation et à menacer jusque dans Rome l'autorité pontificale. En l'année 1144 même, en

<1) V. nos Tribuns et Révolutions en Italie, 1 vol., Didier et G1».

TOMK IV. &

82 WELFEN ET WIBLINGEN (GUELFES ET GIBELINS).

effet, les petits barons et les bourgeois de Rome restauraient la vieille république dans la ville aux sept collines et remettaient au jour la fameuse formule S P Q R. Le pape Lucius I[, successeur d'Innocent H, mourait des suites des blessures qu'il recevait en voulant emporter d'assaut le Capilole, citadelle de la révolution. De quel œil celui ■qui était appelé à être couronné à Saint-Pierre par les mains du pape, dans une ville qu'il regardait comme sienne, pouvait-il voir de semblables événements? Resterait-il maître du Saint-Empire romain, si Rome échappait au Pape , et les villes italiennes émancipées le reconnai- Iraient-elles encore comme empereur?

Quand bien même le successeur des Ottons et des Henris, Conrad 111, représenté, comme toujours, à Rome, par un préfet impérial, n'eût pas été intéressé directement à ce qui se passait là, le successeur de Robert Guiscard, un rival ambitieux, le normand Roger II, s'intitulant fièrement roi de Naples et de Sicile, qui tantôt soutenait les Romains contre le pape et tantôt le pape contre les Romains, pour agrandir son autorité ou reculer ses frontières, l'aurait rappelé à ses devoirs. Cet adroit conquérant n'avait-il pas, d'une part, fait passer de L'argent à Welf VI en Allemagne pour y retenir Conrad; et, d'autre part, ne formait-il pas, tout en cherchant à s'allier par mariage avec les empereurs de Byzance, le dessein qui, depuis les croisades, ne paraissait plus si chimérique, d'aller chercher aussi une couronne impériale à Constantinople , afin d'être encore plus puissant en Italie et à Rome? 9

Tout cela renfermait enfin, dans l'Eglise même, une cause profonde, générale qui devait toucher encore plus celui qui se regardait comme son protecteur et son patron au dedans comme au dehors. Depuis que celle-ci s'était

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