CHAPITRE XX. — RÈGNE DE CONRAD III
h Goslar et à Qucdlimbourg, ne prêtent guère main forte au margrave Albert l'Ours contre les Slaves païens d'au-delà de l'Elbe, les Wendes et les Obotriles, et cet empereur ne contribue pas plus que les précédents à la civilisation de celle partie de l'Europe. Des princes el des évèques se laissent à peine réconcilier par lui à Wurlzbourg et à Nuremberg. Dans les duchés de Lorraine, à Echternach et à Aix-la-Chapelle, il ne peut apaiser les querelles du comte Henri de Namur el de l'archevêque de Trêves; et ce n'étaient pas là les seules! Point de vraie grandeur au dehors, peu de paix au dedans ! En songeant à ce qui se passait dans l'ancien royaume de Bourgogne toujours pays d'empire, mais où le comte Raymond de Baux guerroyait sans cesse contre Bérenger de Provence, on constate que l'autorité impériale allemande dans ces pays était bien faible; et l'on peut se demander ce que des souverains, tels que Louis VIE de Fiance ou Henri II d'Angleterre, pouvaient accorder, au-delà d'une certaine considération, à l'empereur Conrad III.
L'empereur d'Orient, Emmanuel, successeur de Johannes II, arrivé au trône byzantin pendant les négociations, n'en était pas moins disposé à conclure avec Conrad le mariage projeté par son père entre lui et Sophie de Salzbach, belle-sœur de celui-ci. Mais il ne renonçait pas pour cela à ses ambitions, puisqu'il recevait alors l'hommage d'Antioche; et il n'était guère dupe des forfanteries de la chancellerie allemande; car son ambassadeur faisait encore des difficultés telles pour reconnaître Conrad comme imperator liomanorum, que « celui ci entrait dans une. violente colère comme si l'on eût tué son iils sous ses yeux »!
Les nouvelles d'Orient , mauvaises depuis qu'Edesse était tombée une première fois au pouvoir des Infidèles,
88 WELFEN ET WIBLINGEN (GUELFES ET GIBELINS").
et la crainte qu'inspirait à l'une el à l'autre le normand Roger II en ïlalie, rapprochèrent complètement les deux cours et décidèrent le mariage. L'ambassadeur grec fit à celui qui voulait être vraiment empereur des Romains (1) les concessions voulues. Le mariage fut résolu. Ils se jurèrent réciproquement d'avoir les mêmes amis et les mêmes ennemis et de maintenir leurs deux empires en honneur et en paix dans le monde entier. L'empereur d'Orient aurait bien voulu que Conrad lui envoyai cinq cents bons chevaliers, sous prétexte de résister à une attaque de Roger II. Conrad aima mieux en promettre trois mille, si son allié en avait un besoin urgent, et s'engager même, en cas de péril, à voler en personne à son secours. La fiancée , Sophie de Salzbach partit enfin (1 145) pour Constantinopie, escortée d'une ambassade du haut clergé germanique, et elle devint, le jour de l'Epiphanie de 1146, la femme de l'empereur byzantin Emmanuel.
Les événements accomplis la même année dans le royaume de Jérusalem et dans la ville de Rome devaient décider de quel côté seraient dirigés d'abord les effets de cette alliance.
En Orient, les chevaliers chrétiens et les Arméniens avaient profité de la mort du sultan de Mossoul, Emadedden Zinghi, pour reprendre Edesse, dont la perte était si préjudiciable à Jérusalem. Mais bientôt le fils de celui-ci, Noureddin, était revenu avec une puissante armée, avant qu'on eût le temps d'approvisionner et de fortifier la ville. Elle n'avait pu résister au nouvel émir.
(1) OU. Frising., Chron , VII, 28; Gest. Frid., I, 24.