‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 43 sur 135 · CHAPITRE XX. — RÈGNE DE CONRAD III · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. — RÈGNE DE CONRAD III

Ses troupes sauvages et fanatiques, enfonçant les portes mal défendues, s'étaient précipitées dans la ville. Les chevaliers s'étaient défendus presque jusqu'au dernier; les Grecs et les Arméniens avaient été massacrés ou emmenés en esclavage; la ville et la forteresse avaient été démantelées, les maisons brûlées. Il ne restait plus d'Edesse qu'un monceau de ruines. Voilà pour l'Orient.

En Italie, Arnaud de Brescia, appliquant ses doctrines sur un plus brillant théâtre, avait en personne dressé dans Rome, la même année, le drapeau de la révolution républicaine, qui faisait passer la souveraineté entre les mains laïques du sénat et du peuple romain ; et Eugène III, un moine vertueux, mais sans grande intelligence, disciple de saint Bernard, après avoir cherché d'abord, tantôt à Rome, tantôt dans de petites villes environnantes, à s'accommoder avec le nouveau gouvernement, venait enfin de quitter décidément la ville, où il ne voyait plus que « des loups et des dragons ». 11 se relirait d'abord à Vilerbe, dans les Apennins, puis, cédant la place à la révolution qui paraissait Iriomphante, il prenait la roule de France, asile ordinaire, au moyen âge, des papes qui ne pouvaient plus rester dans la capitale delà chrétienté.

La question était dramatiquement posée par les événements. Le chef temporel de la chrétienté, sollicité par les ambassadeurs d'Orient et de Rome, protègerait-il sa capitale, la résidence du Saint-Siège, contre une révolution nouvelle, ou bien le tombeau reconquis du Christ, fa pierre angulaire de la foi, contre l'Infidélité? Il avait défendu l'un et l'autre dans sa jeunesse. Les princes les plus puissants d'alors pouvaient hésiter, s'agiter. Ils étaient menés par l'esprit du temps. Il y avait un bomme plus puissant qu'eux pour finir leurs hésitations et les con-

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duire. L'abbé de Clairvaux , Bernard, s'inquiétait sans doute du conflit qui avait éclaté entre les Romains et le Saint-Siège. « 0 peuple insensé, » écrivait- il à ceux-ci, « ne voyez-vous pas que le pape est votre tête et que les cardinaux sont vos yeux; citoyens d'une ville illustre, enfants des héros, réconciliez-vous avec les cendres de tant de martyrs ensevelis dans vos murs. » Quelquefois même, il menaçait ce peuple « à la nuque indocile, dures cervicis, » et il écrivait à Conrad pour lui rappeler « qu'il élail de son honneur de n'avoir pas un empire sans têle ». Mais le réformateur de l'Eglise ne mettait pas la principale vertu du Saint Siège dans son action politique ni dans son pouvoir temporel, et il n'attachait pas l'autorité de celuici sur l'Eglise à sa résidence, à son séjour dans Rome et surtout à la possession de ses domaines.

Nul plus que Bernard n'exaltait dans le pape, « le successeur de l'apôtre, l'image de la justice, le miroir de la sainteté, le père des rois, le maître de la loi, le vicaire du Christ, l'oint du Seigneur ». Il ne lui refusait, à tous ces titres, aucun éloge. Mais, en proclamant sa suprématie, il la savait limiter; après avoir élevé bien haut le pape, il le renfermait clans son domaine. « Vous vous glorifiez de votre trône, » écrivait-il à Eugène III, ce pauvre de conseil, cet homme mort au monde, qu'on avait ramené parmi les hommes, «. mais ce n'est qu'une éminence pour découvrir de loin tout ce qui se passe; le nom d'évêque vous a été donné à celte fin. » Il blâmait l'ambition des cardinaux, et « la main qu'ils étendaient sur les affaires temporelles, la faulx qu'ils jetaient dans la moisson d'autrui ». Le pape n'était pas pour lui un souverain, un maître, « mais un serviteur, un mercenaire de Dieu, le fermier préposé à la ferme; il avait un noyau et non un sceptre

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