‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 44 sur 135 · CHAPITRE XX. — RÈGNE DE CONRAD III · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. — RÈGNE DE CONRAD III

dans la main. » C'est par la parole, non par le fer, verbo non ferro, que s'exerçait son pouvoir; s'il disposait de deux épées, « la spirituelle et la temporelle, il ne mellail pas la main à la seconde, il conseniait seulement (nutu) à ce qu'on s'en servît. » L'autorité du pape dans Rome n'était donc pas ce que saint Bernard avait le plus à cœur. Il craignait même d'appeler Conrad III à Rome, de rapprocher « les deux glaives que Jésus-Christ avait unis dans son corps mystique qui est l'Eglise, » et de donner ainsi l'occasion à « l'homme de séparer ce que Dieu a uni ».

Au contraire, la cause de Jérusalem renfermait pour Bernard « la vie de la chrétienté même dans le tombeau du Christ, le pa tri ar chat de Noé, l'arche d'alliance, le mystère de Rome ». Là était déposée la promesse du salut, pour tous les chrétiens, au-delà de cette vie ; là, le gage de l'union des deux pouvoirs, de l'Etat et de l'Eglise icibas , la garantie de la réconciliation de la chrétienté en guerre avec elle-même. Les chrétiens se laisseraient-ils donc ravir tout cela avec Jérusalem? L'évêque Hugues de Gabala était déjà venu intéresser le pape Eugène III aux affaires de l'Orient; et celui-ci avait écrit, dès le 31 décembre de l'année 1 145, au roi de France Louis VII, aux grands et au peuple de ce royaume, pour leur rappeler les temps d'Urbain II et les périls de l'œuvre toute française de la première croisade. Bernard oublia donc Rome en proie à la république pour Jérusalem en proie à l'Infidélité." Déjà Louis Vit de France avait réuni une assemblée des grands à Bourges pour les intéresser au sort des chrétiens d'Orient, et il pressait le pape Eugène III de venir en France, comme autrefois Urbain IL « Ce pauvre campagnard, jeté de sa cachette dans le tourbillon des affaires »,

92 SVELFEN ET WIBLINGEN (GUELFES ET GIBELINS).

chargea son maître et son ancien abbé, 31 mars 1146, de prêcher la croisade à sa place.

Quoique déjà épuisé par la maladie et par les fatigues, saint Bernard se rend à Vézelay, près de Nevers, où l'attendaient le roi Louis VII , sa femme Aliénor et une foule de chevaliers français, de clercs et de peuple. Il monte sur une espèce de tribune dressée en plein air; à côté du roi déjà croisé, il retrouve des forces et il parle ; on l'interrompt pour demander la croix. La France est gagnée une seconde fois à cette expédition lointaine. « Vous avez commandé, » écrit Bernard au pape, « j'ai obéi, et les chàteaux et les villes se vident pour aller au secours de Jérusalem ». Mais déjà l'enthousiasme français gagnait les bords du Rhin, la vieille Lotharingie, la Lorraine, toujours la première à se laisser entraîner par tout ce qui venait de France. On mande le pape qui refuse à Conrad un rendez-vous dans Strasbourg. On mande Bernard. Il irait, s'il en avait le pouvoir autant que la volonté, si, ut voluntas non deest, suppeteret et facilitas. Il se contente d'abord d'écrire aux évêques, au clergé et au peuple de la France orientale et de la Bavière, Francim orientalis et Bavariœ. Mais un moine, un fanatique, Radulf (Raoul), échappé de Clairvaux, ne se contente pas de distribuer la croix aux foules. A sa voix imprudente, un peuple sauvage, dans la basse Lorraine et en Bavière, se précipite sur les Juifs pour venger Jésus-Christ avant de défendre son tombeau. Ils ?e jettent avec fureur sur les maisons de ces malheureux, massacrent les jeunes et les vieux sans distinction , sans miséricorde (1).

(1) Ann. Ilerbipolenses, dans Perlz, S. S. xvi, 4-. Domos judœorum irrumpant, et ïîi eos irruunt. séries ctim junioriùtu, mulieres

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