CHAPITRE XX. — - RÈGNE DE CONRAD III
vrelé; ils ne parlaient pas seulement conlre les ennemis de la croix, mais conlre les amis mêmes du Christ, pour trouver en combattant une occasion de faire cesser leur pauvreté. Beaucoup, qui étaient accablés de dettes, menaces de châtiments pour leurs crimes, simulaient le zèle de Dieu et se hâtaient surtout de fuir tant de soucis. Il y en avait peu qui, enflammés par l'amour de Dieu, voulussent vraiment verser leur sang pour le Saint des Saints (1). »
Croisades allemandes contre les Slaves païens du Nord-Est et en Orient. — (1147-1148.)
L'Allemagne parut pour la première fois entraînée pas le zèle divin. C'était le temps où des clercs inconnue exprimaient alors, sous une forme religieuse et biblique, comme dans le chant d'flanno, l'ancien archevêque de Cologne (AnnoliedJ, ou dans la chronique impériale (Kaiser Chronick), le sentiment national et chrétien de l'orgueil et de l'ambition germaniques , réveillé aussi alors par la lé-
(1) Pertz, S. S. xvi, 3 : Erat autem diversa diversoram intentio. Alii namque, rerum novanim cupidi, ibant pro novilate terrarum consideranda; alii quibus egestas imperabat , non solum contra inimicos crucis Christi , sed etiam contra quoslibet christiani amicos ubi opportunum videretur decertare pro paupertate relevanda..., vix pauci inventi sunt quos amor divinœ majestatis usgue ad sanguini affectionem pro sancti sanctorum decertare vehementer attenderet.
96 WELFEN ET WIBL1NGEN (GUELFES ET. GIBELINS).
gende de Charlemagne. De ce milieu monastique et légendaire se dégageait pour la première fois cet illuminisme mystique dont le germanisme a souvent depuis renouvelé de sensibles témoignages. L'abbesse de Saint-Rupert, près de Bingen, Hildegarde , hantée par des visions, multipliait ses prophéties qui retentissaient sur les bords du Rhin; elle se faisait un renom de sainte, autorisé bientôt par le pape et par saint Bernard.
Nul de ceux qui pouvaient partir ne résista, à quelque motif qu'on puisse l'attribuer. A la diète de Ralisbonne, où se transporte Conrad (février 1 147), des ennemis comme Henri Jasomirgolt et Welf VI de Bavière cessent leurs querelles et se croisent; le jeune Frédéric Barberousse , fils du duc de Souabe Frédéric le Borgne, neveu de Conrad, qui avait trouvé dans la guerre civile l'occasion d'exercer sa juvénile ardeur , en fait autant; des prélats aventureux comme Adalbéron de Trêves , de sages et prudents évêques, comme Otto de Frisingen , frère de Conrad , dont l'histoire porte encore les traces de cet enthousiasme de jeunesse, Regïmbert de Passau et d'autres se laissent entraîner. De là l'élan propagé par les manifestes de saint Bernard gagne les pays voisins, la Bohême, où se croise le duc Wladislas II, la Pologne, les Etats Scandinaves. Spiritus Dei peregriui, Dieu fait chevalier, pèlerin, anime de son souffle, selon l'énergique expression d'Olton de Frisingen, et soulève les masses d'un bout à l'autre de l'Europe.
L'Allemagne du Nord n'échappa point à cet enthousiasme chrétien qui jetait même alors le politique Roger II de Sicile, à l'autre extrémité de l'Europe, contre les villes d'Afrique, Bône et Tripoli, en même temps que les Es-