‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 52 sur 135 · CHAPITRE XX. — KKGNË DE CONRAD III · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. — KKGNË DE CONRAD III

Mais, au boul de dix jours, à (ravers un pays désolé, les vivres qu'on avait emportés étaient épuisés, le fourrage manquait aux chevaux. Tout à coup, au milieu des plaines arides de Dorylée, sans villes ni villages que quelques ruines çà et là ou quelques bouquets de palmiers, à michemiu à peine d'Iconium, sur les bords du lleuve Balhys, au 26 octobre, des cavaliers turcs que l'on n'avait jusque là signalés qu'au loin, lançant quelques tiédies perdues, arrivent en forts escadrons volants sur le derrière de l'armée et l'attaquent avec furie. On résiste; car les Turcs ne faisaient que tirer, charger et disparaître pour revenir. Mais on ne peut aller plus loin. Il avait fallu prendre le parti de retourner, sans autres vivres que les chevaux abattus, en faisant léle aux escadrons de la ca\alerie turque pour passer, et en recevant en queue toutes les flèches sans pouvoir rien rendre. A Nicée, Louis VII et l'armée française, qui avaient passé le Bosphore à leur tour, rencontrèrent les débris de l'armée allemande qui avait perdu trente mille hommes. Plusieurs des survivants découragés reprirent, comme ils purent, le chemin de la patrie; c'étaient ceux-là qui remplissaient l'Allemagne de cris de trahison et d'épouvante. Le malheureux Conrad Ilf malade, mais ne voulant point renoncer à son entreprise, vint se rélablir quelque temps près de son beaufrère à Constantinople.

Louis VII seul ne pouvait, sans danger, conduire les Français et les Allemands jusqu'en Palestine, au milieu des armées confiantes du sultan d'Iconium. Celui-ci savait que l'empereur Emmanuel était mal disposé pour le roi Louis VU, qui s'était demandé, en passant, s'il n'emporterait point Constantinople. Il n'ignorait pas que, de son côté, le roi Roger de Sicile contre lequel les deux plus grands

104 WELFEN ET WIBLINGEN (GUELFES ET GIBELINS],

souverains de l'Europe s'étaient unis, avait, de Corfou, débarqué en Grèce et pénétré, en ravageant tout sur sa route, jusqu'à Négrepont. Encouragé par ces nouvelles et ne respectant plus les frontières grecques, le sultan, quand les piétons allemands conduits par Otlon de Frisingen arrivèrent aux portes ciliciennes, écrasa les malheureux sans réclamation et peut-être même avec la tolérance (permissions Imperatoris) du gouvernement grec qui, dans sa terreur, avait fait une trêve avec lui. Louis Vif] avec les Français et les Lorrains , eut donc lui-même grand'peine et en perdant beaucoup de monde, à franchir la montagne de Cadmus, pour continuer la campagne du Christ (militiam Christi), et gagner, sous la protection des Templiers, le port et la ville d'Attalie. Là, il s'embarqua avec les plus riches sur des vaisseaux grecs pour Antioche, laissant les obscurs et les pauvres s'égarer, tomber sous les flèches et sous le sabre des Turcs, ou s'échapper, à travers mille hasards, par terre ou par mer, vers le royaume de Jérusalem (1).

En Terre-Sainte où Conrad III, guéri à Constanlinople, vint bientôt rejoindre Louis Vil sous Sainl-Jean-d'Acre,' les deux rois, avec deux armées réduites, virent bientôt qu'ils pouvaient peu pour Jérusalem. Reprendre Edessesur le puissant Noureddin n'était pas possible. Le beau Raymond, comte d'Antioche, qui avait grand crédit sur sa nièce, la reine de France, voulait d'abord tourner Louis Vil et les chevaliers français contre Alep. Mais la reine régente de Jérusalem, Melisende , et son jeune fils Baudoin III désiraient diriger Conrad et les débris des Alle-

(1) Voir, pour la croisade que j'abrège, Michaud, en français Wilken, en allemand, et Jatte, Hisl. de Conrad III, p. 140.

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