‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 58 sur 135 · SON AVENEMENT. <H · texte numérisé non relu

SON AVENEMENT. <H

de Conrad l[[ pour assurer l'élection de son successeur.

Ce fondateur de dynastie, bien qu'il eût encore un fils, mais trop jeune, avait remis les insignes de l'empire au duc de Sonabe, Frédéric III, son neveu, comme pour montrer que celui-ci était seul capable de soutenir la fortune de l'Allemagne compromise entre ses mains. Fils du gibelin Frédéric le Borgne et de sa première femme, Judith, fille du duc guelfe de Bavière, Henri le Noir, ce Frédéric avait l'avantage d'unir en sa personne les deux familles et les deux opinions qui divisaient l'Allemagne. Il offrait ainsi des garanties à la pacification intérieure du pays si troublé ; et, sans trop faire craindre de faiblesse de la part de l'empire pour l'Eglise, il ne paraissait pas inspirer à celleci, alors si puissante, trop d'inquiétudes. L'Allemagne, tranquille, indépendante et respectée, pouvait donc peutêtre reprendre au-dehors, auprès de ses voisins, la considération et la prépondérance qu'elle avait perdues depuis deux règnes.

Frédéric était alors âgé de trente et un ans. Il était, selon Radevic, au-dessus de la taille moyenne, bien fait; il avait l'œil clair et vif, la voix forte, le teint coloré, les cheveux d'un blond ardent qui tombaient sur ses épaules et la barbe épaisse et frisée de la même couleur; sa démarche était alerte et décidée (1). L'abbé Wibald, dans une lettre au pape de cette époque même, lui reconnaît un esprit vif, une résolution prompte, du bonheur à la guerre, l'amour des difficultés et de la gloire, l'impatience des injures, une élocution brillante dans sa langue maternelle

Prutz et de Philinpson ; la dernière édition allemande des Hohenstauffen de Raumer; Schefifer Boichorst pour les dernières années. (1) Dans Prutz, Otto Morena, Ms. 18,640.

quoique, dit nn autre, beaucoup moins habile dans la latine (1) ; mais un langage sans ménagement (lingna inerrata :, était chez lui l'expression naturelle d'un orgueil intolérable [tumor intolerabilis).

A vingt ans, ce jeune homme avait vu couronner son oncle, le roi Conrad III, et assisté avec lui à plusieurs diètes. Ses premières armes, il les avait faites vaillamment pour soutenir l'élection de sa famille contre les Welfen ; sa diplomatie la plus récente, il l'avait mise au service de AVelf VI et il avait apaisé Conrad, un instant vainqueur à Flochberg, comme pour montrer son impartialité entre les deux familles. A la voix de saint Bernard, il avait suivi Coniad III à la croisade où il s'était distingué, sous les murs de Damas, au-dessus de tous (pree céleris); et, au retour de celui-ci, il voulait l'accompagner au-delà des Alpes en Italie, pour y restaurer la puissance impériale. Moins familier, par son éducation de haut seigneur, avec l'instruction des clercs, dont sa jeunesse paraît avoir été peu entourée, qu'avec les légendes de la chronique impériale (Kaiserkronik) ou du poëme rhénan de Saint- Anno (Anno-Lied) qui confondaient, dans les premiers essais historiques célèbres de la langue allemande, la nationalité tudesque avec la puissance souveraine; compagnon, dans la seconde croisade , de ces chevaliers français qui étaient déjà policés et instruits sur le sol gallo-latin où s'unissait la tradition romaine à celle de Charlemagne ; enfant de l'Eglise, mais héritier d'empire, sensible au poids d'un pouvoir spirituel déjà déclinant et aux. défaillances d'un

(li Wibald, Ep., 375 : Saxo gramm. dans Watterich, Vil. pont, rom., II, 531 : Apud Cesarem linguœ Latinx admodum rude'n. — Otio Frising., I, n.

son avènement. 119

pouvoir temporel autrefois plus considérable; formé pour la guerre au milieu des luttes allemandes et des guerres de l'Orient, et pour la politique au milieu des diètes de son pays et des difficultés orientales, il étaiL l'homme d'une génération jeune, impatiente, instruite, ambitieuse, ayant beaucoup vu, désirant davantage; il promettait à l'Allemagne de brillanles mais orageuses destinées.

Ce jeune ambitieux ne négligea rien, ni une diplomatie astucieuse, ni l'appareil de Ja force pour s'assurer la couronne. Un de ses ennemis, Henri, évêque de Mayence, assurait qu'il s'élait vanté de l'obtenir, que les princes le voulussent ou non (1). Tandis que le nouvel archevêque de Cologne, Arnold, et l'abbé de Stablo, WibaM, vieilli dans la politique, précipitaient leur retour de l'ambassade d'Italie pour s'entendre avec Hillin, l'archevêque élu de Trêves, et envoyer l'invitation aux princes et évoques allemands de venir en hâte à Francfort (2), Frédéric s'aboucha de sa personne avec les princes qui arrivaient, entr'autres avec Henri le Lion, son cousin, et avec Welf VI, son oncle maternel, ainsi qu'avec les évoques de Bamberg et de Wurlzbourg, se faisant escorter d'ailleurs sur le Rhin d'une bonne suite de trois mille chevaliers. Fit-il aux princes avec lesquels il eut des pourparlers secrets (conseer étales concîonatus), surtout à ceux de la maison rivale, des promesses suffisantes pour se faire charger par trois d'enlr'eux du choix définitif; et fut-il autorisé ainsi, d'après un contemporain, à se désigner lui-môme, comme né du sang des empereurs, et n'en connaissant pas de

1. Ann. Colon, max. Il : Quia regnum adepiurus esset, noleniibus eliam omnibus qui adfuissent. — (2) Wib., Ep.y 376 : Per nuntios et litteras soUicUare.

meilleur pour gouverner l'empire (I)? Toujours est-il que, ruse ou violence, seize jours après la mort de Conrad Ult 5 mars 1152, un assez grand nombre de princes laïques ou ecclésiastiques (proceres) et de vassaux {ministérielles), quelques Italiens morne étant présents, le duc de Souabe, Frédéric III, fut proclamé roi à Francfort, sous le nom de Frédéric I" , plus encore peut-être , dit la chronique d'Ursperg, en verlu de la désignation de son oncle que de l'élection des princes, sinon avec l'unanimité et la joie de tous les cœurs (cunctorum favore et alacritate) , au moins sans contradiction et avec la faveur d'un très grand nombre (majori gaudio multorum).

Le lendemain, 6 mars, le nouveau roi, accompagné de son cousin Henri le Lion, duc de Saxe, de son oncle, l'évcque de Frisingen, plus lard son historien, et de quelques autres, se rendit par eau jusqu'à Sinzig sur le Rhin et de là, à cheval, à Aix-la-Chapelle où il arriva le 8. Dans la vieille chapelle de Charlemagne, l'archevêque de Cologne oignit, couronna et revêtit des habits royaux le nouvel élu; et celui-ci jura, selon la formule, « respect et amour au pape, protection à sa sainte mère l'Eglise, et paix et justice à la veuve, à l'orphelin, à tout le peuple confié à son pouvoir ». Le premier sentiment de la toute-puissance ne fut pas chez le nouveau roi empreint de générosité. Un homme, qu'il avait récemment banni, se jeta à sc> pieds dans l'espoir d'obtenir sa grâce : « C'est par esprit

(t) Gislebert. Hasnon, Ms. 21,516 : Se de sanguine imperatorum orlum nullum ad regendum imperium meliorem scire. Auctar. Vindob. Ms. 9,703. M. Prutz s'est servi habilement de ces derniers documents pour prouver que l'élection ne fut pas aussi unanime que le prétend Otto de Fris , Vit. Frcd., U, 2.

de justice, » lui dit-il, « et non de vengeance que je t'ai puni , » non sans exciter, dit OUon de Frisingen, « l'admiration de plusieurs, étonnés que la gloire ne fit pas fléchir vers la miséricorde ce jeune homme qui avait déjà l'âme d'un vieillard » (1).

Affaires allemandes; rapprochement des Welfen et des Wiblingen; Henri le Lion obtient l'expectative de la Bavière. — Première expédition et couronnement de Frédéric à Rome par Adrien IV. Saccagement de Tortone et de Spolète. — r (1152-1155).

L'esprit de résolution et l'amour de la gloire n'étaient pas ce qui manquait à Frédéric. Sa première pensée à Aixla-Chapelle fut pour Rome; il concluait du royaume à l'empire. A l'instigation des évêques, il délibéra, en effet, avec les princes présents, sur l'expédition romaine projetée par Conrad III. L'invitation pressante qui avait été adressée par le pape à ce prince, il la prit pour lui. Celle de la république de Rome en révolte, avec le tribun Arnaud de Brescia, contre le pape, mais prête à reconnaître l'empereur, il ne la repoussa pas non plus. La puissance du Normand Roger II en Apulie et en Sicile lui était, comme à Conrad, en suspicion. La possession de Rome surtout était pour lui, non-seulement le but, mais comme la condition et l'essence de l'empire. Elle autorisait et justifiait, à ses yeux»

(1) Wibald, Ep., 375. — Otto Frising., Vit. Fred., II, 4.

l'ambition la plus démesurée, parce qu'elle lui imposait comme un devoir de reconstituer l'empire de ton le "a terre et lui garantissait comme un droit la soumission même du monde, urbi subjicicndtim orbem (1). Avec cette conviction , il aurait voulu taire suivre immédiatement ses paroles d'actes décisifs.

Mais les princes rappelèrent le nouvel empereur au devoir plus pressant de rétablir à l'intérieur la paix, si longtemps troublée sous Conrad III, et de raffermir la puissance allemande sur ses frontières. Il se résigna donc; mais il chargea l'archevêque Hillin de Trêves et l'évêque de Bamberg, Eberhard , de porter au pape l'assurance qu'il maintiendrait l'Eglise dans tous ses droits et honneurs et qu'il restaurerait l'empire romain dans sa force et dans sa splendeur. Ceux-ci devaient sonder verbalement le pape sur les conditions de l'alliance étroite qui tournerait les deux glaives unis contre tous et leur soumettrait le monde ; mais ils avaient reçu aussi d'un maître politique et déjà retors l'autorisation de se servir, au besoin, des mêmes paroles et engagements auprès du peuple romain et d'Arnaud de Brescia, selon que le leur conseillerait leur savoir-faire (2).

L'union momentanée, que l'avènement de Frédéric avait ramenée entre les deux familles des Welfen et des Wiblingen, sembla lui rendre plus facile en Allemagne l'accomplissement de la tâche royale. Les jugements qu'il rendit dans sa première tournée de souverain firent prévaloir partout la paix, selon les annales de l'époque : per dis-

(1) Jean de Salisb., Ep., 59 : Promittebat se totius urbis reformaturum imper ium et urbi subjiciendum orbem. — (2) Si scribere placuerit populo romano, poterit eruditio vesira uti literis vestris.

piu:iMir.iu: expédition en Italie. 123

tricta judiciu puccm optimum fecit in omnibus partibus reyiu. Malgré les comtes île Hollande et de Flandre, il soumit à l'évèque élu d'Utrecht ses vassaux et ses bourgeois. En Saxe même, à la diète de Magdebourg, il fut courtisé à l'envi par YYelfYI, par Henri le Lion, par Albert l'Ours, par Conrad de Misnieet par tous les puissants évoques saxons, même parVicelin d'Oldenbourg, Emmerhard de Meklmbourg et l'illustre Anselme d'IIavelbug dans la Slavie. Henri le Lion et Albert l'Ours cessèrent, en sa présence, de se disputer l'héritage des comtes de Stade. Deux compétiteurs visaient l'archevêché de Magdebourg. Il y poussa un troisième candidat, Wichmann, homme de race, instruit et ambitieux, qui avait étudié à l'Université de Paris; il lui donna l'investiture, malgré les réclamalions d'un légat romain qui se trouvait là et il s'en fit ainsi un partisan dévoué et utile. Le duc de Bohême, Wladislas H, se contenta de se faire représenter à la diète de .Magdebourg par l'évêque de Prague.

De retour à Ratisbonne, en Bavière, Frédéric ne décide pas encore entre les prétentions qu'affichaient à la succession du vieux WelfYI, Henri le Lion, duc de Saxe, et Henri Jasomirgot', margrave d'Autriche; mais il flatte leur ambition en reconnaissant à cetoncîe, dont l'héritage était déjà si convoité de son vivant, les titres italiens de marquis de Toscane, duc de Spolète et prince de Sardaigne. Berlhold IV de Zamringen, un partisan des Welfen, était aussi à ménager. Il avait d'ailleurs, comme ses prédécesseurs, plus d'une fois défendu les droits impériaux sur le territoire de l'ancien royaume de Bourgogne. Frédéric , tout en en gardant pour lui la souveraineté et le gouvernement, lui donne, avec le litre de Rector Burgundiœ, l'administration, à peu près nominale d'ailleurs (quumvis

sine fructu lanlum honore nominis), du royaume d'Arles; il lui promet la comté de haute Bourgogne aux dépens du comte de Mâcon, son adversaire, qui se prétend héritier de son frère Reynald, mis au ban de l'empire, et il va l'installer au moins avec plusieurs princes (janvier 1153) à Besançon pour se montrer dans ce pays qu'il méditait déjà de faire rentrer dans une réelle obéissance de l'empire. Il y reçoit l'hommage des comtes de Lausanne et de Gênes. Tout cela n'avait pour but que d'assurer à Frédéric une bonne armée pour son expédition de Rome, car Berthold IV lui promet, pour son expédition au-delà des Alpes, outre mille chevaliers, cinq cents de ses nouveaux domaines, avec cinquante bons arbalétriers suisses (arcobalistarios).

Mais était-ce au Vatican ou au Capitole que Frédéric irait chercher la couronne qui lui promettait l'empire du monde? Un arnaudiste, organe de la république romaine, rappelant à Frédéric « tous les embarras que les prêlres, moines et clercs avaient suscités à l'Empire », la lui proposait encore au nom de Rome, « maîtresse du monde el mère de tous les empereurs ».Mais, d'un autre côté, le pape Eugène IIL devenait plus disposé aux concessions et plus pressant vis-à-vis de l'empire, depuis que la mort de Conrad III, ayant rompu toute alliance entre l'empire grec et l'Allemagne, avait rejeté tout-à-fail le Normand Roger II du côté des Romains révoltés. Gertpjs, Frédéric Ier n'avait pas la même foi mystique el presque religieuse que les Otton le Grand et les Henri III avaient eue précédemment dans le droit divin impérial. ï^é dans un temps où le droit impérial romain, refleurissant en Italie et tenant école dans la savante Bologne, rerrjettait en vogue les principes d'une politique plus rationnelle, il faisait, avec une cora-

plaisante pédanterie, remonter ses prédécesseurs jusqu'à Juslinien et à Constantin. S'il ne dédaignait pas, surtout en face du pape, de se dire l'élu de Dieu, il préférait justifier sou ambition par des raisons plus temporelles et plus historiques. Mais, tout disposé qu'il fût à soustraire l'empire à la sphère sacerdotale, il n'était pas prêt pour cela à le soumettre à la consécration, humiliante pour lui, d'une république romaine qu'il ne comprenait guère. Comme le chevalier de la légende, parti pour la conquête du Saint- Graal et obligé à soutenir la vue du mystique et éclatant joyau, il était homme à le regarder en face et à choisir entre le tribun et le pape celui qui lui offrirait, avec la couronne, la facile domination du monde.

Frédéric se décida à la diète de Constance, en mars 1154. C'est là, en effet, que les deux évoques de Bamberg et de Constance, pour Frédéric, et les deux cardinaux de Saint- Ange et de Saint- Clément, pour Eugène III, grâce encore à l'entremise de saint Bernard, signèrent le traité d'alliance. Le roi de Germanie, que courtisaient alors les exilés du royaume de Naples, ennemis du roi normand, et les villes de Lodi, Côme, etc., ennemies de la république de Milan, s'engageait à replacer les Romains sous l'autorité de l'Eglise, à contenir Roger II de Sicile, à ne faire avec celui ci ni paix , ni trêve sans le consentement du pape, enfin à maintenir les prérogatives et régales du Saint- Siège. Eugène III, de son côté, promettait de donner la couronne impériale à Frédéric, sans soulever la moindre difficulté, de l'honorer comme le très cher fils de Saint- Pierre, de l'aider à conserver et à étendre son empire, et d'excommunier ses ennemis. Aux événements qui suivirent ce premier traité d'entente cordiale, il est facile de veir de quel côté étaient les sacrifices.

Frédéric, dans des vues ultérieures, désirait quitter sa jeune femme, Adelhaïde de Voliburg, qui ne lui donnait pas d'enfants. Les cardinaux, pour lui plaire, prononcèrent, à Constance même, le divorce pour cause de parenté. Un seul archevêque, celui de Mayence, Henri, faisail encore opposition à la puissance de Frédéric. Traité par l'empereur de « vassal endormi et inutile », Henri envoya à Rome, pour se défendre, Arnold de Selenhol'en, un sien clerc, son protégé, sur lequel il croyait pouvoir compter. Arnold, choisi par Frédéric pour chancelier, se tourna contre son ancien maître et l'accusa. Malgré une lettre de saint Bernard, qui protesta contre ce scandale, peu de temps avant de quitter un siècle qui lui échappait, les cardinaux dépouillèrent, le 7 juin, l'archevêque Henri de sa dignité et consacrèrent Arnold même, le chancelier de Frédéric, traître à son prolecteur. En même temps, l'archevêque de Magdebourg, Wichmann. autre créature de Frédéric, dont on ne voulait pas reconnaître la récente élection à Rome, partit pour celte ville avec les recommandations les plus pressantes de son maître; le pape, embarrassé, fit déposer le manteau épiscopal sur l'autel en in\ ilant l'élu à le prendre lui-même, s'il était sûr de son droit canonique. Wichmann hésitait, quand deux de ses compagnons de voyage, un clerc et un laïque, arrachèrent le manteau de l'autel et le lui tendirent (I). En attendant qu'il remît Rome sous le pape Eugène lit, Frédéric mettait sous lui l'Eglise allemande.

Une seconde diète en Saxe, à Goslar (juin), termina enfin la question toujours pendante de l'héritage de la Bavière et ne laissa plus rien derrière Frédéric. Le margrave

(1) OU. Fris., II, 10.

d'Autriche, Henri Jasomirgott, avait toujours retardé la décision en ne se trouvant jamais aux diètes précédentes. Frédéric n'en était que mieux disposé en faveur du jeune Henri le Lion qu'il désirait avoir pour compagnon au-delà des Alpes (I). Aussi, Jasomirgott faisant encore défaut, Frédéric adjugea à Henri le Lion l'expectative du duché de Bavière (2), gage de la réconciliation des deux familles, malgré les murmures de quelques autres princes (aliorum principum murmur); et, en lui confirmant le duché de Saxe, il y ajouta encore le droit d'investir l'évêché d'Oldenbourg, et ceux de Ralzebourg et de Schwérin au-delà du bas Elbe. C'était, à ses yeux, cimenter au profit de l'empire l'union de deux familles si longtemps divisées. L'avenir seul devait montrer s'il avait raison.

Tout ainsi réglé, une brillante armée se rassembla, en septembre 1 loi, dans les plaines du Lech, non loin d'Augsbourg. Le frère du roi, Conrad, comte palatin du Rhin, le duc de Zashringen et gouverneur frector) de Bourgogne avec des Lorrains, des Bourguignons et même le comle de Grenoble, le margrave Oltokar de Slyrie et le comte palatin de Bavière avec des Allemands du sud-est, enfin Otto de Wittelsbach, le jeune Henri le Lion avec les Saxons et le vieux Welf VI, intéressé aussi à l'expédition par ses domaines d'Italie, accompagnaient le jeune roi, sans compter les archevêques de Cologne, de Trêves, les évoques de Bamberg, de Worms, de Liège, de Constance, de Bàle, suivis de leurs chevaliers (ministérielles, milites, servicnles), en tout deux mille huit cents lances garnies.

(1) Ibid., II, Il : In qua eumdemjuvenem militem sociumque vis habere debuit. ■— (2) Ib. : Henrico Saxonix duci, Bavaria ducatus adjudicatur.

A la différence des armées que les OUons de Saxe et les Henri de Franconie avaient autrefois conduites en Italie, celle-ci comptait plus de princes laïques que de bannières ecclésiastiques, signe évident, à ce moment au moins, que les princes et seigneurs se groupaient autour du jeune empereur.

L'armée d'invasion, après avoir remonté le Lech, l'Inn, la raide vallée du torrent de la Sill, atteignit le dos du Brenner, point de partage au milieu des sommets de glace environnants, et redescendit, par la sauvage vallée de TEisack, jusqu'à l'évêché de Brixen, sur l'Adige, non sans avoir commis, aux dépens des églises et des monastères, seuls asiles alors habités en celte saison et dans ces contrés désolées, des pilleries et des dégâts, que Frédéric se hâta d'ailleurs d'excuser et de payer largement. La vallée de l'Adige, çà et là rélrécie en défilés par des rochers calcaires à pic, les amena enfin en plaine, non loin de Vérone, près du lac de Garde (22 octobre) (4).

L'Italie, où descendait le jeune empereur, était, politiquement, bien changée depuis les dernières et plus rares expéditions impériales (2). Favorisées surtout par l'absence prolongée du roi Conrad [II et par les souvenirs alors recrudescents du droit romain et la renaissance des vieilles libertés municipales, les villes du nord et du centre s'étaient décidément affranchies presque entièrementde l'ancien joug des évêques, des marquis ou des comtes. Après

(1) Otto Fris., II, il .- In campestribus Veronensium juxta stagnum Gardse castramelalur. — (2) Voir l'étal de l'Italie à cette époque dans notre résumé d'histoire de l'Italie, pages 162-162, chez Hachette.

Venise, Gênes et Pise, qui devaient leur liberté el leur indépendance privées à leur position maritime; Milan, Pavie, Mantoue, Parme, Plaisance, Pisloie, Lucques, Sienne, etc., etc., sous leurs consuls de commune, avec leur sénat ou credenza, composé de petits nobles ou de gros bourgeois, leur parlement, rassemblé sur la grande place, au son du beffroi , étaient de véritables républiques plus ou moins puissantes mais toutes jalouses et fièrcs de leur indépendance.

Les marquis de Vérone et de Toscane, presque toujours des Allemands, les comje^. de Monlferral, d'origine germanique, et les comtes de Savoie, parents par alliance des familles impériales, restaient presque les seuls représentants de l'ancienne féodalité qui avait autrefois , avec les évêques, soutenu l'empire.

A Rome, après la mort récente d'Eugène HT, un nouveau pape d'origine anglaise (Breaskpeare), Adrien IV, élu le 3 décembre 1154, homme éloquent, résolu, habile, était entré en lutte ouverte avec Arnaud de Brescia et les Romains; fortifié dans la cité léonine, il excommuniait les Romains qui le bravaient toujours (1). Au midi, la monarchie normande, malgré la mort de son célèbre et habile fondateur Roger II, montrait cependant sa solidité en passant (février 1 loi), &ans difficulté grave, au pouvoir de son fils et successeur, Guillaume le Mauvais, résolu à maintenir par tous les moyens l'œuvre paternelle.

Mais les nouvelles républiques du nord de l'Italie étaient ennemies les unes des autres et le pape au midi ne s'entendait pas plus avec Guillaume , alors mena-

(l)Ann. Augsb. : Adrianus qui dum post aliquot menscs accepto apostolatu insolenter in Romanos ageret, grave odium incurrit.

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