‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 6 sur 135 · CHAPITRE XIX. — LOTHAIRE DE SAXE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. — LOTHAIRE DE SAXE

temps prisonnier de Henri V, qui ne l'avait délivré que sur les réclamations des habitants de Mayence, auteur de l'alliance des princes laïques avec l'Eglise contre l'autorité impériale, il avait été le dernier à déposer les armes. Lors des obsèques de Henri V, qu'il conduisait à sa dernière demeure après l'avoir tant combattu, il avait dicté pour l'évèque alors le plus vénéré de l'Allemagne, par sa modération dans les affaires intérieures et par son zèle apostolique chez les Slaves au dehors, Otto de Bamberg, celte lettre qui exprimait si bien le souvenir d'oppression (memoriam oppressionis) qu'avait laissé le souverain défunt et l'espoir que la Providence, « prenant soin du royaume et de son Eglise, les garantirait par le choix d'un autre souverain contre une pareille servitude (I) ». Avec Frédéric de Hohenslauiïen, la paix faite à Worms ne serait-elle pas rompue? En outre, cet héritier des Franconiens ne se regardait il pas comme un successeur légitime, de droit, à l'empire ? L'indépendance féodale et ecclésiastique ne serait-elle pas bien plus en péril sous une monarchie, qui affecterait la forme héréditaire, que sous un partisan des libertés féodales, arrivé au pouvoir par l'élection? Telles furent les raisons que l'archevêque de Mayence, vieilli dans les affaires et qui s'était fait par ruse ou autrement, livrer préalablement les insignes de l'empire par l'impératrice Malhilde, sut faire valoir auprès des princes en faveur de Lothaire de Saxe qui offrait encore le dernier avantage de n'avoir point d'héritier mâle. L'adresse qu'il déploya dans les délibérations fit le reste.

(1) Codex UJalr. Ibid. : Ut in substitutione alterius personx sic Ecclcsiœ su,x et regno provideat, quo tanto servitutis jugo a modo caveatei suis legibus uli liceat.

14 WELFEN ET WIBLINGEN (GUELFES ET GIBEMNS).

Le premier jour que les personnages principaux se rassemblèrent clans le palais de Mayenne, on mit en avant, mais tumultueusement, les noms de ces trois princes et même celui de Charles le Bon, duc de Flandre (1). Frédéric ne s'était pas rendu à cette réunion sous prétexte qu'il ne voulait point s'aventurer dans une ville dont il avait été récemment l'ennemi. Dans une seconde réunion, sur la proposition d'Adalberl, on fit choix, pour la première fois, de dix princes parmi chacun des peuples, bavarois, saxon, franconien etsouabe, pour préparer l'élection. Cesquarante mirent en avant les noms de Frédéric de Souabe, de Lothaire de Saxe et de Léopold d'Autriche. Le premier étant encore absent, les deux autres protestèrent avec larmes, et en se jetant à genoux , de leur volonté de ne point accepter. Les Saxons étaient les plus ardents pour Lothaire ; ils lui reprochèrent de les trahir. Le lendemain, Frédéric se rendit à l'assemblée. Alors l'archevêque de Mayence demanda aux trois candidats, en commençant par Léopold et par Lothaire, le serment de garder soumission et obéissance, sans envie et sans opposition, à celui qui serait élu. Les deux premiers jurèrent; Frédéric, interpellé le dernier, répondit qu'il ne le pouvait faire sans avoir consulté les siens et il sortit de l'assemblée en laissant les princes mécontents et la foule émue. Quel était donc ce prétendant qui montrait déjà tant d'orgueil? L'archevêque travailla sous main ; il fit proposer au vieux duc de Bavière Henri, pour son fils aîné, la fille de Lothaire, Gerlrude, son unique héritière et l'une des plus riches de l'empire. Est-ce dans ce moment que Frédéric, qui venait de perdre

,'î) Voy. dans Reuber, Veter. Script. : Narratio de Lotkarii elcctione in imperatorem romanum.

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