Tome IV. H
4C2 CHAPITRE XXT. — FRÉDÉRIC BÀRBEROUSSE.
A ce coup on entendit, sauf dans les villes favorables à l'empire, les citadins crier en fureur à la nouveauté et à la violation du droit. A Milan particulièrement, qui se croyait couvert par la convention précédente et où s'étaient réunis le chancelier de l'empire lui-même, Rainald, et le comte palatin de Bavière, Otton de Wittelsbach, les deux bras de l'empereur, la fureur fut au comble. Les consuls excipaienl de la convention précédente, montraient leurs privilèges. Les Milanais ne voulaient pas surtout voir leurs consuls, nommés par eux, remplacés par des magistrats à la nomination de l'empereur. Pendant la discussion, le peuple se rassemble devant le cloître Saint-Ambroise où étaient les envoyés de Frédéric, menaçant d'enfoncer les portes. Les consuls interviennent, mais ils se bornent à favoriser la fuite de ces deux puissants princes d'empire qui ne devaient point pardonner aux Milanais l'humiliation qu'ils leur avaient infligée. Depuis ce jour, en effet, Rainald jura de détruire Milan (■■!)..
Frédéric Barberousse n'avait pas besoin qu'on excitât son courroux. Du camp de Marengo où il séjournait, non loin de Tortone, avec des seigneurs et évoques italiens et allemands, au commencement de l'année 1159, il somme les Milanais de se justifier, défend à Plaisance d'avoir des murailles de plus de vingt pieds de haut, ordonne à Crème de raser les siennes, et, sur leur refus, condamne leurs villes au pillage, leurs personnes à la servitude, res direptioni, personnœ servituti; en même temps il envoie des ordres au-delà des Alpes pour que la féodalité allemande ail à ramener ses contingents, au printemps suivant, sous les murs de Crème, petite ville qu'il espérait bientôt em-
(1) A. Med., 367 : Ab Mo die operam dédit delere Mediolanum.
RÉSISTANCE d'aDUIEN IV. A63
porter d'assaut, et dans les environs de Milan, dont il projette de détruire les bourgs voisins, les troupeaux, les moissons, les vignes, les oliviers et figuiers à dix milles à
^a ronde, pour la réduire par la faim. En attendant, il comble de privilèges les seigneurs, les évoques et les municipalités qui lui restent fidèles, comme Asti, Pavie, Parme, Crémone, Mantoue, etc., pour avoir leurs soldats. Cette guerre, mémorable par l'orgueilleuse obstination
' de l'empereur et l'héroïque persévérance de Milan, ne mériterait cependant pas dans l'histoire une large place si elle n'avait été que la lutte isolée d'un despote contre une cité libre Mais elle prit, de tous les intérêts engagés dans le conflit, une importance bien plus considérable. N'y avait il pas une puissance en Italie dont les principes et les décisions de Roncaglia menaçaient bien davantage encore l'indépendance temporelle? l'Eglise italienne et surtout la papauté! Les évoques, en effet, étaient aussi par là mis en demeure , comme les princes et les villes, d'abandonner leurs fiefs ou de devenir les vassaux directs de l'empereur. El le pape lui-même, dans Rome, dans les anciennes et nouvelles donations , dans l'héritage de la comtesse Mathilde, que lui restait-il, si l'empereur y revendiquait l'investiture et l'exercice des droits régaliens! Les évoques italiens, pourvus de fiefs, allaient-ils donc se soumettre pour les garder, comme cela arrivait en Allemagne, depuis le commencement du règne de Frédéric, au serment et au service féodal vis-à-vis de l'empereur ! Mais alors, ce n'était plus seulement l'Italie qui devenait une province de l'empire allemand; elle-même, par suite, l'Eglise italienne devenait sa première vassale et le pape, dans Rome dépendante de l'empereur, n'était plus que son chapelain. Ainsi la lutte nouvelle qui se préparait
entre le pape et l'empereur devenait toute politique, et l'ancien conflit des investitures se transformait en une guerre de l'empire allemand contre l'indépendance italienne. Cela apparut manifestement dans les rapports du pape et de l'empereur, au lendemain de la révolte de Milan.
Il n'y avait encore que de légers différends, à propos de l'archevêché de Ravennes et de la suscription des lettres échangées entre les deux rivaux, quand Adrien IV fit remettre, en avril 1159, une lettre à Frédéric par deux cardinaux dans une diète à Bologne. Dans cette ville, furieux contre les Milanais qui venaient d'emporter Trezzo qu'il avait fortifié et pourvu d'une garnison allemande sur l'Adda, Frédéric venait de mettre ceux-ci au ban de l'empire, de vouer leurs biens au pillage et leurs personnes au servage. La lettre pontificale, visant les décisions de Roncagiia et les actes y accomplis par l'empereur, contestait à celui-ci le droit de requérir, outre le serment de fidélité, le service militaire des évêques italiens ; il réclamait les possessions et revenus de l'Eglise à Ferrare et dans les donations et biens de la comtesse Mathilde ; enfin, il refusait à l'empereur le droit d'entretenir des relations directes avec Rome ou avec ses magistrats; car, à lui, pape, appartenaient tous les droits de suzeraineté sur cette cité.
Toute la colère de Frédéric parut d'abord se détourner de Milan sur l'Eglise et la papauté. Dans sa réponse, reprenant à son profit les doctrines de cet Arnaud qu'il avait renversé à Rome, il posa aux évêques l'alternative de fournir le service féodal ou de renoncer à leurs fiefs. « Je me soucie peu, » dit-il, « du service féodal des évêques, s'ils renoncent aux droits régaliens qu'ils tiennent de moi en fief; car, s'ils aiment à s'entendre dire par le pape :