‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 67 sur 135 · RÉSISTANCE D'ADRIEN IV · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE D'ADRIEN IV

Qu'avez-vous de commun avec le roi? ils ne doivent point trouver mauvais que je leur dise . Qu'avez vous de commun avec le pouvoir temporel? » Quant à Rome, l'empereur était encore plus explicite : « Puisque, » disait-il, « par disposition divine, je m'appelle et je suis l'empereur des Romains, si je n'ai pas le gouvernement de Rome, je n'ai que l'ombre du pouvoir, speciem tantum domination nis ». Les deux rivaux ne s'en tenaient déjà plus aux paroles. Au midi, Adrien IV s'élait rapproché du roi de Naples, Guillaume le Mauvais; au nord, il dépêchait des envoyés aux républiques de Milan, de Brescia et de Crème pour s'allier avec elles dans L'intérêt de l'indépendance commune. Frédéric, de son côté, dirigeait deux des siens sur Rome, chargés, s'ils ne s'entendaient pas avec le pape, de se mettre en rapport avec le sénat et le peuple, pour ressusciter la république contre le pontife. Ainsi le pape et l'empereur, par suite de contradictions et de revirements politiques qui n'étaient pas rares dans ces temps éloignés et barbares, soutenaient ailleurs ce qu'ils ne voulaient pas souffrir chez eux; rivaux, ils favorisaient maintenant la liberté démocratique qu'ils avaient d'abord voulu détruire. en s'alliant l'un à l'autre.

La Lombardie fut le théâtre naturel de la lutte. Au milieu d'avril 4159, Frédéric partagea les troupes des feudataires et des villes italiennes qui lui étaient fidèles et celles qui arrivaient peu à peu d'Allemagne conduites par Henri le Lion, par Frédéric de Souabe et par sa femme Béatrice, entre Crème qu'il voulait prendre d'assaut et Milan dont il ravageait tous les environs par le fer et le feu. Crème, située dans une plaine, était défendue par de bonnes murailles, des étangs et les détours du Serio; Milan était assez pourvue d'hommes pour faire des sorties, malgré les

atrocités commises par Frédéric sur tous ceux qui tombaient sous sa main.

Animé par cette lutte où il était intéressé, Adrien TV essaya d'intervenir : « Reviens, » écrivit-il à Frédéric, « reviens à la raison, car, comme tu tiens de nous l'onction et la couronne , prends garde que, en voulant étendre la main sur ce qui ne t'appartient pas, lu ne perdes ce qui l'appartient. » Cette menace ne fit ( <e pousser Frédéric aux extrémités. Il écrivit au pape qu'il ne tenait pas sa couronne du Saint-Siège, mais de ses ancêtres; que, non-seulement les évêques italiens mais le pape lui-même lui devaient le serment et le service militaire, à peine de perdre leurs régales et leurs fiefs ; « car, pour ce qui est du pape, » ajoutait il, « Sylvestre, du temps de Constantin, ne possédait rien, et il devait rendre à César ce qui est à César. Ce pape lui-même n'a-t-il pas payé l'impôt à l'empereur? » Frédéric croyait venu le temps de s'exprimer ainsi, « parce que le monstre de l'orgueil s'était, disait-il, glissé jusqu'à la chaire de Saint Pierre » (1). Adrien IV venait de recevoir cette lettre qui annonçait Sa rupture, quand il mourut, 4er septembre 1159. Frédéric crut avoir entre les mains, dans la vacance pontificale maintenant ouverte, un meilleur moyen de venir à bout des résistances pontificales.

A Rome, les deux fondés de pouvoir de l'empereur, Otto de Wittelsbach et l'Italien Guido de Blanderate, étaient décidés à déterminer, même par la violence, avec le peuple, un choix favorable à. l'empire. En prévision même que cette pression ne réussît pas, l'empereur adressa en Allemagne une circulaire aux princes et aux évêques pour leur recommander de ne point reconnaître l'élu avant de savoir

(l)SigeJjerli conlia. Acquicinclin. ad ann. 1147.

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