‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 68 sur 135 · UN SCHISME · texte numérisé non relu

UN SCHISME

s'il approuvait lui-même l'élection; et il fit rédiger par son chancelier, qui était son âme damnée, une lettre semblable pour être envoyée aux rois de France et d'Angleterre (1). Tout tourna cependant contre l'empereur, dans la plus étrange élection, d'ailleurs, que le saint siège eût vue depuis longtemps.

Deux cardinaux: surtout se disputaient les suffrages du conclave réuni, le 4 septembre 1 159, dans là vieille basilique constanline de Saint-Pierre de Rome : le cardinal Roland, chancelier de l'Église romaine sous Adrien IV, l'inspirateur et, par conséquent, le continuateur probable de sa politique, et le cardinal Octavien, sur la soumission duquel Frédéric, au contraire, pouvait entièrement compter. Après avoir voulu faire d'abord le pape à l'unanimité des suffrages pour éviter toute compétition ultérieure, la majorité, qui avait fini par réunir sur le cardinal Roland quatorze voix contre trois, résolut, le I 1 septembre, de procéder à l'intronisation. Déjà, en effet, les cardinaux de Porto, de Sabine, d'Ostie et autres se disposaient à couvrir du manteau de pourpre le cardinal Roland, quand leurs adversaires, décriant que celui-ci n'avait point l'unanimité, déclarent Octavien élu. Au milieu du tumulte qui s'ensuit, et Roland n'ayant point encore achevé d'affermir son manleau, Octavien lui-même se précipite, arrache le vêtement pontifical des épaules de son rival, pour le mettre sur les siennes. Un sénateur présent, furieux de cette violence, le reprend à son tour à Octavien pour le rendre à Roland. Mais les cardinaux impériaux avaient tout prévu; sur un signe d'Octavien, ils déroulent un man-

(1) Voir dans Wallerich, II, 453.

teau de pourpre tout semblable, apporté par le chapelain de celui-ci, et ils le lui passent en toute hâte. Un bruyant rire, malgré le sérieux de la situation, éclate aussitôt : le manteau pontifical était mis à l'envers. Octavien s'agite, mais le temps presse; ne pouvant remettre le manteau à l'endroit, il en ramène sur ses épaules la large bordure de pourpre et l'assujettit à son col avec les cordons ; c'est ainsi qu'il se rend fièrement au vestibule où quelques clercs et une tourbe payée, rassemblés en tumulte, le proclament sous le nom de Victor IV, tandis que Roland s'enfuit avec les siens dans le Vatican fortifié (1).

L'empereur était alors au plus fort de sa lutte contre les villes du Nord; il allait, satisfait de cette première nouvelle, de la grande ville bloquée à la petite ville assiégée; interceptant les communications, excitant les siens contre l'une et l'autre, il faisait couper la main droite à tous les paysans qui essayaient d'introduire des vivres dans leurs murs, pendre ou décapiter ceux qui restaient aux mains des Allemands dans les sorties. La lutte prenait un caractère d'exaspération horrible et tragique. « Les Allemands », nous dit le continuateur d'Otlon de Frisingen, Radevicus, choisi par l'empereur, et qui obéissait, dit-il, en disant la vérité (2), « les Allemands jouaient entre eux avec les têtes coupées des prisonniers » ; les Crémasques découpaient sur les murailles les corps de leurs ennemis pour n'être pas en reste. Un jour que Frédéric, hors de sa tente, se trouvait seul assis sur la rive en pente de l'Adda, une sorte de

(1) Voir l'Histoire d'Alexandre III, par Reuter, en allemand; Baronius, XIV, Acta Vaticani. — (2) Rad., II, 71 : Quod si cuiquam invisa fueruit aut ea despicabilia judicaverent, nos tamen obedieniix nostvx fntictits consolabitur quœ prœcipienti paruimus.

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