SIÈGE DE CRÈME
géant musculeux, qu'on laissait en liberté, comme un idiot, errer dans le camp, se jette sur lui, l'enlace de ses bras noueux et cherche à l'entraîner pour le précipite^ dans l'eau courante. Frédéric est sauvé parles siens. Quelques jours après, plusieurs Italiens, un médecin arabe, étaient pendus comme espions ou comme vendeurs d'armes ou d'effets empoisonnés. L'ambition impériale frémissait impatiente devant les cités lombardes, quand la nouvelle déplaisante arriva, que les Romains, revenus de leur première stupeur, après l'usurpation d'Octavien, avaient enfin délivré le cardinal Roland, et, en le protégeant, assuré son intronisation régulière, sous le nom devenu célèbre d'Alexandre LU.
Dans la première explosion de sa colère, Frédéric eût fait pendre haut et court le premier envoyé d'Alexandre lir, si deux princes allemands, Henri le Lion et Welf VI, ne l'en avaient détourné. Il ne sVnfonça que plus opiniâtrement dans son vouloir et dépassa toutes les bornes. Son chancelier Rainald avait été, quelque temps auparavant, élu archevêque de Cologne par les chanoines et les bourgeois de la ville. Fier de son titre nouveau et désireux de se montrer digne de la protection de son maître, il était revenu avec trois cents bons chevaliers. Frédéric l'avait aussitôt investi des régales; mais la cour de Rome refusait de l'instituer. Rainald partageait donc personnellement toutes les passions impériales. A son instigation, Frédéric, se posant en arbitre d'un différend tout ecclésiastique, adressa, comme protecteur et patron de l'Église, au cardinal Roland, qu'il ne traitait point de pape, l'invitation de comparaître devant un concile dévêques de l'empire et des autres royaumes de l'Europe, au mois de janvier de l'an suivant, 1 1 60, dans la ville de Pavie. Mais il avait à qui parler.
Alexandre III, le nouveau pape, était habilement sorti de Rome pour se réfugier à Terracine, près du roi de Naples, qui l'avait reconnu aussitôt. De là, traitant d'usurpation la prétention énorme de l'empereur, de trancher de sa toute-puissante intervention une question qui intéressait toute la chrétienté, il répondit à Frédéric : « pour la liberté de l'Église, mes prédécesseurs ont avec joie versé leur sang ; je suivrai leur exemple s'il est nécessaire. » L'empereur passa outre. Vainement l'opinion, éclairée par le scandale du conclave, commençait-elle à l'avertir. On chansonnait déjà à Rome et on allait chansonner bientôt dans toute la chrétienté le cardinal Octavien en répétant ce refrain :
Beau fils, au manteau retourné, Ne sera pape couronné.
Frédéric, croyant pouvoir se mettre au-dessus de l'opinion et même au-dessus du ridicule, n'en envoya pas moins une ambassade honorifique à Victor IV, comme au vrai et légitime pape, afin d'entraîner la chrétienté par son exemple.
L'importance de la lutte était donc portée à son comble; derrière Milan et Crème, la liberté de l'Église était menacée. Si l'empereur Frédéric abattait les murailles de ces deux villes, et s'il introduisait comme pape sa créature obéissante dans les murs de Rome, ce n'était pins l'Italie seulement qui devenait une province de l'empire allemand. A une époque où il n'y avait plus, au bout de la péninsule, que le Normand Guillaume de Naples, où le faible Louis VIL de France disputait son royaume au roi d'Angleterre Henri II, et où l'asservissement de l'Église était la