‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 70 sur 135 · ALEXVNDHE III ET VICTOR IV · texte numérisé non relu

ALEXVNDHE III ET VICTOR IV

voie déjà tentée par quelques-uns des prédécesseurs de Frédéric vers la domination universelle, ce n'est pas trop de dire que, dans sa victoire en Lombardie et à Rome, Barberousse pouvait trouver l'empire du monde. Aussi n'avons-nous pas trop lieu de nous étonner des extrêmes cruautés et des extrêmes fraudes dans lesquelles ce grand ambitieux se laissa entraîner pendant cette double et mémorable lutte.

Frédéric tenait d'abord, avant de réunir son concile, à réduire au moins la ville de Crème. Il n'y épargna rien. Les tours roulantes à plusieurs étages, les gros béliers ne pouvaient approcher des murs sans être détruits; les fossés comblés et les brèches faites laissaient apparaître derrière de nouveaux fossés et de nouveaux murs. Frédéric exaspéré ordonna d'attacher, en dehors des fenêtres, entre les créneaux des tours roulantes et aux affûts de ses machines, les otages de Crème qu'il avait entre les mains, c'est-à-dire les parents, les frères, les compagnons d'armes des Crémasques assiégés. Ceux-ci, sans en tenir compte, continuent à faire pleuvoir les pierres, les projectiles, le feu sur les machines et sur les assaillants; mais, en revanche des perles cuisantes qu'ils s'intligent à eux-mêmes, ils font précipiter du haut de leurs tours autant de prisonniers crémonais et allemands qu'ils avaient fait de chères victimes. De part et d'autre, on ne garde plus de prisonniers, on tue en masse, on mutile les cadavres.

Le mois de janvier 4 1 60 commençait cependant avec un rigoureux hiver pour les assiégeants et les assiégés; et le concile approchait. Grâce à un ingénieur crémasque, du nom de Marchisio, qui déserta, Frédéric fit construire plusieurs tours de bois de cent pieds de haut, surmontées de machines pour dominer les murailles, pourvues de ponts

volants aux élages inférieurs pour s'abattre sur elles, garnies de. fortes peaux de bête, de nattes, de claies épaisses, et couvertes encore, malgré les inutiles essais précédents, avec les corps vivants et nus des otages ou prisonniers de Milan et de Crème, en guise de gabions. La chronique italienne assure que, quand les tours s'approchèrent des murailles, ces malheureux, assiégeants forcés, animaient du geste et de la voix leurs compatriotes à combattre, sans souci d'eux, et que souvent leur dernier cri était un cri de liberté! Cependant, le 25 janvier, les ponts volants ayant été jetés des tours sur les murailles, et les vainqueurs commençant le massacre, les Crémasques se rendirent à merci; ils demandèrent seulement que leur ville et leurs personnes ne fussent point livrées à Crémone, leur ennemie. Frédéric leur laissa la vie sauve avec ce qu'ils pouvaient emporter; mais il fit combler les fossés, raser les murailles, piller, brûler et détruire les maisons, sans épargner les églises, pour que les ruines portassent témoignage de son triomphe (1).

Malgré celte exécution, Frédéric Barberousse ne trouva point le concile de Pavie sous l'impression qu'il avait désirée. D'abord, il n'y avait que quarante quatre évêques, tous d'Allemagne ou d'Italie ; et encore ce n'étaient point, il s'en fallait, tous ceux de ces deux pays. Les archevêques de Salzbourg et de Trêves, ceux d'Arles, de Vienne, de Lyon et de Besançon qui étaient alors d'empire, ceux de Milan, de P'iaisance, de Vérone, du Centre et du Midi italiens manquaient: quelques-uns s'étaient fait représenter par des délégués sans fondés de pouvoir. Les deux sou-

(1) Rad., IV, 59, 60-61. - Otto Moren., 617-18. — Vinc. de Prague, 678. — Ann. Med , 367.

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