ALEXANDRE 111 ET VICTOR IV
verains de France et d'Angleterre, qui avaient èiê fortement sollicités par Frédéric, avaient expédié des envoyés chargés seulement de voir ce qui se passait. En si petii nombre, les membres de cette réunion , qui ne pouvait passer que pour une assemblée départi, demandaient un nouveau délai destiné à faciliter la comparution d'Alexandre III qu'on ne pouvait, disaient-ils, juger sans l'entendre. Mais les menaces de l'empereur et surtout les menées du chancelier agirent. Un chanoine de l'église de Saint-Pierre de Rome vint lire un récit absolument controuvé des opérations du conclave, où Octavien était représenté comme légitimement élu et Roland comme un intrus effronté; une série de témoins subornés dont on n'exigea pas le serment, une masse de documents dont on ne scruta point l'authenticité, corroborèrent ce faux rapport. Quelques-uns des évoques présents, comme celui de Pavie, se retirèrent de dégoût.
Frédéric n'en fit pas moins, en conformité de ce rapport et de ces témoignges et documents, rédiger un jugement qui déclarait Victor IV vrai pape, le cardinal Roland intrus et schismatique; et non-seulement les archevêques et évêques présents signèrent, quelques-uns avec des réserves qui ne furent point consignées dans la pièce publiée, mais ils signèrent pour les représentants des évêques qui n'avaient pas de plein pouvoir, ils signèrent pour des évêques absents (1), pour les envoyés des rois de France et d'Angleterre qui n'étaient là que comme assistants. Il n'y avait eu au concile que quarante-quatre adhérents; le nombre en fut ainsi porté à cent cinquante-trois (2); et, le
(1) Voir Jean de Salisb., Ep. 59 : Subscriptiones in quibus ex épiscoporum defectu pro eis comités admiUuntur. — (2) Voir dans Dom
Hi CHAPITRE XXI. — FRÉDÉRIC BARBEROUSSE.
43 février, Frédéric Barberousse alla processionnellement prendre au couvent de San Salvator celui pour qui il avait ordonné, autorisé cette comédie d'une respectable assemblée (scenœ theatralis hœc species, potins quam reverendi imago concilU). Il le conduisit par la bride de son cheval jusqu'à la cathédrale, lui tint l'étrier pour l'aider à descendre, le mena par la main jusqu'au maître-autel, et, quand celui-ci eut pris place sur le trône qui lui avait été préparé, mettant un genou en terre, il lui baisa les pieds, non par respect sans doute, mais pour décider les princes, seigneurs, évêques et abbés présents à en faire autant.
Il fallait imposer au monde ce jeu effronté des formes juridiques et faire triompher une aussi flagrante hypocrisie par une nouvelle victoire et une nouvelle et terrifiante ruine. Alexandre III, de Rome où l'opinion lui revenait tout à fait, lançait l'excommunication contre Frédéric et contre Victor IV et déliait les sujets de l'empereur du serment de fidélité. Les deux rois de France et d'Angleterre, que la crainte rapprochait en face d'un souverain si ambitieux et si entreprenant, rassemblaient à Londres, à Beauvais et à Toulouse des conciles particuliers; ceux-ci, après avoir procédé à de scrupuleuses et impartiales informations sur la régularité de l'élection du conclave, sur la validité des témoignages et l'authenticité des documents produits à Pavie , conseillaient à leurs maîtres la reconnaissance d'Alexandre III. Au loin, dans les royaumes espagnols ou Scandinaves, à Conslantinople et en Terre- Sainte, au fur et à mesure que la lumière se faisait, une
Bouquet, XIV, 467 : Quod vero scripserant 153 fuisse episcopos non fuerunt nisi 44.