‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 73 sur 135 · CHUTE DE MILAN · texte numérisé non relu

CHUTE DE MILAN

siens, et ceux de Pavie, de Lodi et de Crémone, dont la jalousie égalait sa haine, pour occuper du moins tous les postes importants, et pour assurer le succès de la campagne plus terrible de la faim et de la peste à l'intérieur des murs. Dans les premières semaines du mois de janvier 11 62, après une lutte de cinq ans et un siège de deux années et demie, les Milanais, convaincus qu'ils ne pouvaient plus tenir, envoyèrent une députation à Frédéric pour offrir leur soumission à la condition de garder leur constitution, leurs droits et leurs biens. Elle ne fut point reçue. Le 21 février, jour des Cendres, une seconde députation milanaise vint offrir le sacrifice des murailles de la ville, de ses fossés, de ses droits et privilèges régaliens, plus des otages, une rançon et consentir à recevoir un podestat impérial et l'empereur lui-même avec son armée. Mais Frédéric voulut que le châtiment de Milan fût aussi terrible que l'obstination impériale avait été longue et grand l'héroïsme des Milanais. Ayant apj.ris par un transfuge que les habitants n'avaient plus de vivres que pour huit jours, il traîna la négociation sur les détails; et, quand la députation revint conclure, il lui fit savoir que Milan n'avait qu'à se rendre à merci.

Les détails curieux et circonstanciés de cette reddition nous montrent ce que les empereurs allemands entendaient alors par cette expression. Frédéric avait fait dresser son trône au milieu de la ville de Lodi, rebâtie et triomphante. Il était assis entre les princes de l'empire et de l'Église présents, quand, le 1er mars d'abord, les douze consuls et les principaux de Milan, l'épée nue sur la nuque et les pieds nus, vinrent se mettre à ses genoux et lui tenr dre les clefs déjà ville ; « Nous ayqijs forfait, » direntils, « en prenant les armes contre l'empereur notre maître;

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nous lui en demandons pardon, et le prions au nom de Dieu, de saint Ambroise et de tous les saints, en retour du serment de fidélité que nous prêtons au nom des habitants, d'épargner la ville et de faire paix à ses sujets repentants et soumis. » L'empereur reçut sans ouvrir la bouche, sans rien laisser paraître sur son visage (facle non commutata), les clefs et le serment. Trois jours après, le 4 mars, trois cents chevaliers milanais choisis, les plus braves à la soumission comme au combat, vinrent mettre les deux genoux en terre au pied de l'empereur et déposèrent les trente-six gonfanons des quartiers et milices; l'empereur les garda comme otages et demanda encore qu'on remît entre ses mains tous ceux qui avaient rempli, pendant les trois années précédentes, les fonctions de consuls ou autres, comme gages de la fidélité de la ville, au nombre de cinq cents. Deux jours encore après, le 6 mars, la foule, la foule des héros, la tête nue, couverte de cendres, la corde au col, sans chaussures, en longue procession, avec les bannières renversées et au lugubre son des trompettes, conduisit devant l'empereur le char ou caroccio, palladium de la libre cité, dont les bœufs traînaient lentement la tour crénelée surmontée du mât gigantesque d'où pendait l'étendard guerrier de Milan.

L'empereur Frédéric , assis alors à un banquet solennel, les laissa deux heures sous une pluie battante. Quand il parut enfin, tous défilèrent sous leurs chefs, déposant leurs enseignes; l'image même de saint Ambroise, brodée sur la bannière, s'inclina devant le vainqueur; quelques Milanais, de leurs mains habituées à un autre service, brisèrent le caroccio, et la foule se précipita à genoux, étouffant avec peine des sanglots et des cris de miséricorde. Un seul Italien du parti de l'empereur, le comte de Blanderate,

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