DESTRUCTION DE MILAN
la croix en main , parla en faveur de ses compatriotes, de ses anciens amis; les députés des villes rivales qui étaient là, Pavie, Lodi, Crémone, étaient muets et émus comme les princes allemands. Seul, l'empereur raidit son visage qui resta comme pierre (soins imperator faciem xuam fmnavit ut petram). Il ne s'échappa point du moyen âge chrétien, mais barbare, un cri semblable à celui qui, (huis l'antiquité païenne mais civilisée, avait sauvé, dans des circonstances pareilles, la ville d'Athènes menacée aussi de destruction par ses vainqueurs. L'empereur annonça sèchement qu'il ferait prochainement connaître sa volonté (1).
Douze jours en effet après, des magistrats impériaux bien escortés, firent ouvrir quelques brèches dans les murailles et reçurent individuellement les serments d'obéissance des habitants, pour avoir l'occasion de reconnaître les quartiers et d'inventorier leurs richesses. Frédéric, le !8 mars, expédia alors de Pavie l'ordre aux habitants d'avoir à vider complètement la ville, sous huit jours, pour aller s'établir, comme des laboureurs (ut agricoles), à deux milles des murailles, sur quatre places ouvertes et désignées à l'avance aux quatre points du ciel. « C'était là, » dit-il, « le fait de sa miséricorde; s'il avait agi selon la justice, il aurait dû leur faire perdre la vie à tous, omnes eos vita debere privari. » Après tant d'humiliations subies et d'attente pleine d'angoisse, qui sait si ce douloureux exode, cette émigration d'hommes épuisés, de femmes et d'enfants terrifiés ne fut pas aussi une délivrance? Le répit pour la ville expiré, le 26 mars, Frédéric entra
(1) Otto Mor., 634. — Vinc. de Prague, 680.— Ann. iM.,372. ■ Chron. regia sancli Pantaleonis. — Chron. Ursperg.
en personne, parles brèches faites, avec son armée d'Allemands et avec les Italiens de Pavie et de Lodi qu'il appela à l'aide, et il présida en personne à la mise au pillage et à la destruction de la ville. Lui-même il distribua les quartiers, la porte Romaine, la porte de Corne, la porte Neuve, aux différents corps qui l'avaient accompagné pour y piller et accomplir leur besogne. Quand ceux-ci eurent fait main basse, même dans les églises et les chapelles, dont ils emportèrent des objets précieux, et jusqu'aux reliques, ils appelèrent à leur aide le feu qui devait cacher les traces de leurs rapines et hâter la destruction. L'incendie des maisons, la plupart en bois, excita leur joie et leur zèle. Quelques édifices de pierre, le dôme avec son haut clocher, les murailles et les tours offraient plus de résistance et, l'avidité satisfaite, la haine se lassait. Frédéric ordonna qu'on abattît le haut clocher et le dôme qui faisaient l'orgueil de Milan et les murailles derrière lesquelles la ville avait si longtemps défendu sa liberté. Il ne quitta les décombres, au milieu desquels on put à peine, dans l'église de Saint-Ambroise, célébrer l'office divin, que le dimanche des Rameaux, 1er avril, quand il vit l'épouvantable besogne, autant qu'il était possible, terminée. Frédéric pouvait croire sa victoire enfin assurée. Grâce à la terreur répandue par cette exécution, les consuls de toutes les villes, Brescia, Crémone, Pise, Bologne, Manloue, Vérone, etc., venaient à l'envi tendre leur main au joug et se soumettre aux prétentions impériales de la fameuse diète de Roncaglia, même à l'envoi des podestats. La Toscane tout entière achevait de se soumettre à Welf VI de Bavière. Gênes même prêtait serment en gardant, il est vrai, ses consuls. Menacé, déjà avant la chute de Milan, d'un coup de force par les escadrons volants de la chevale-