‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 75 sur 135 · RUINE DE MILAN · texte numérisé non relu

RUINE DE MILAN

rie allemande, le pape Alexandre s'était embarqué avec quelques cardinaux à Civita-Vecchia, pour trouver un refuge d'abord à Gênes, puis en France. Le Normand de Naples, Guillaume, voyant toutes les villes récalcitrantes du nord soumises, et le centre occupé ou menacé, barricadait ses ports, en crainte des vaisseaux de Pise et peut être même de/Gênes, enrôlés sous la bannière impériale. Le roi Louis VII de France, tremblant, acceptait une entrevue avec le puissant fauteur de schismes sur ses frontières. Frédéric donnait une nouvelle preuve de ses ambitieuses visées en rehaussant ses actes de titres nouveaux empruntés à la chancellerie du puissant Charlemagne, un conquérant qui avait du moins combattu pour la civilisation chrétienne : « Moi, Frédéric, » signait-il, « empereur couronné de Rome, grand et pacificateur, triomphateur glorieux, toujours auguste et amplificateur de l'empire. » Un des historiens italiens de ces désastres, Godefroi de Viterbe, déplorait la chute de cette seconde Troie, Troia secunda périt, sans espérer qu'une autre Rome sortît de ses cendres. Pour Frédéric, il datait ses lettres « de la ruine de Milan. »

Après la soumission de l'Italie, Frédéric rêvait déjà celle de la Méditerranée, peut-être de tout l'Occident, comme autrefois Charlemagne qu'il aimait à regarder comme un de ses prédécesseurs. Le bon historien Otto de Frisingen qui s'efforçait, dit-il, « de se mettre au pas de ces hauts faits, sentait son style succomber à la matière, devant tant de victoires. » Mais, derrière le pape en fuite, derrière les Milanais dispersés, derrière ces ruines, Frédéric n'allait-il pas trouver la chrétienté elle-même?

182 CHAPITRE XXI. — FllÈDÉRIC BARBEROUSSE.

Continuation du schisme. — Entrevue de Saint-Jean-de-Losne entre Frédéric et Louis VIL — Le chancelier Christian. — Guerre religieuse et politique en Italie et en Allemagne ; châtiment de Mayence. — Pascal III. — Diète de Wurtzbourg. —(1162-1165.)

La victoire de Frédéric n'était peut-être pas aussi complète qu'il se l'imaginait. Le pape avait emmené, en quittant Gênes, avec ses cardinaux fidèles, quelques évoques italiens, entre autres Oberto de Milan. Eu Allemagne même, un certain nombre de prélats ne voulait point aller jusqu'au schisme en suivant Frédéric. L'archevêque de Salzbourg, Eberhard entre autres, homme d'instruction et d'âge, que Frédéric ménageait en public tout en l'appelant dans le privé un vieux fou (delirus senexj, résistait, dans un concile tenu au milieu des ruines de Milan, à toutes les obsessions impériales. L'Allemagne et l'Italie, enfin, n'étaient pas toute la chrétienté.

En débarquant récemment sur les côtes méridionales de la France où deux conciles l'avaient déjà reconnu, où le comte Raymond de Saint-Gilles el Guillaume, comte de Montpellier, lui faisaient, avec le peuple, un accueil enthousiaste (avril 1162), Alexandre III avait retrouvé un terrain solide (1). Toute l'Eglise de France, et en tête l'archevêque même de Reims , Henri , frère du roi

(i) Renier, Alex. III, I, 194, 195,

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