CONTINUATION DU SCHISME
Louis VÎT, et l'abbé deCiteaux, élnient avec lui. En mai, il pouvait déjà tenir un concile d'évêques français où il renouvelail l'ex commuai cation contre Frédéric Ier et Victor 111. Mais il fallait entraîner le roi Louis VU lui-même qui répondait d'une façon évasive aux premières lettres du pape. Ce roi, de caraclère d'ailleurs irrésolu, avait promis d'avoir enfin avec Frédéric cette entrevue depuis longtemps projetée et remise, tant désirée par l'empereur; et celui-ci avait fait écrire, après la chute de Milan, au chancelier de France, cvêque de Soissons, qu'il eût à empêcher préalablement son maître de « pencher du côté du schématique (Alexandre III), s'il voulait éviter un conllit entre les deux royaumes » (1). Le frère de la nouvelle femme que le roi avait épousée après son divorce avec Eléonore, Henri, comte de Champagne, prince ambitieux et sans scrupules, voisin de l'empire, était parti aussi, de son autorité privée, pour Pavie où était encore l'empereur (2), afin de travailler en faveur du schisme. Là en effet, en mai, tandis qu'Alexandre III, en France, dépêchait lettres sur lettres, envoyés sur envoyés à Louis Vil, Henri de Champagne, outrepassant tous les pouvoirs qu'il avait reçus du roi, non seulement reconnaissait personnellement l'antipape Victor IV, mais fixait avec l'empereur l'entrevue des deux souverains pour le 29 août à Sainl-Jean-de-Losne, sur un pont de la Saône. On devait y examiner la cause des deux papes. Celui des deux compétiteurs qui ne s'y rendrait point serait condamné comme absent, et Henri prenait même l'engagement, pour entraîner Louis VII, de passer, avec son comté et ses fiefs, sous la suzeraineté de remit) Dans Duchesne, Hist. Lud. reg., IV, 4I6, 579. — (2) D. Bouq., XVI, 26, 30. Comp. Giesebrecht G. d. D. R. V, 339, sqq.
pereur, dans le cas où son beau-frère n'accepterait pas les résolutions du congrès.
Si cette nouvelle comédie de concile, avec le roi de France et ses évêques pour comparses, réussissait, Frédéric, après avoir imposé son pape à la chrétienté, était sur le chemin de la dominer. Déjà, de Turin, il envoyait une circulaire secrète en Bourgogne, à Héraclius, archevêque de Lyon et primat des Gaules, en Allemagne, en Italie et même en Danemark, à ses partisans, évêques et seigneurs, pour qu'ils eussent à venir, armés pour plus de précaution, à la réunion projetée, à Saint-Jean-de-Losne, sur la frontière de l'empire d'Allemagne et du royaume de France. Alexandre III se mit en devoir de conjurer ce danger.
Au milieu de juillet, il partit de Montpellier, écrivit à l'archevêque de Reims, Henri, pour qu'il obtînt de Louis VII une entrevue et rejoignit en effet celui-ci vers la mi-août à Souvigny, prés de Moulins. Louis Vit, encore irrésolu, voulait obtenir d'Alexandre qu'il se rendît à Saint-Jean-de- Losne. Mais les évêques de France, même celui de Langres, le lui déconseillaient. Alexandre refusa donc de s'y rendre, même sous la garantie d'une escorte royale; il envoya seulement deux cardinaux pour édifier la réunion sur les faits de son élection, et il se retira près de Châteauroux. L'empereur Frédéric après avoir, à Turin, investi le jeune Raymond qui épousait Richilde, une sienne nièce, du comté de Provence et de Forcalquier, et débouté Hugues de Baux de ses prétentions, passa les Alpes en août. Le royaume de Bourgogne lui semblait dévoué. Il ne donnait l'investiture aux évêques de Grenoble et d'Apt, par exemple , qu'à la condition qu'ils reconnussent son pape Victor. Le rendez-vous des deux souverains à Saint-Jeande-Losne approchait.