‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 77 sur 135 · ENTREVUE DE SAINT-JEAN-DE-LOSNE · texte numérisé non relu

ENTREVUE DE SAINT-JEAN-DE-LOSNE

Quelques jours auparavant, Frédéric, avec son pape et 60 archevêques ou évêques, avec une vraie armée dans laquelle on voyait Henri le Lion, Louis de Thuringe, Albert l'Ours, Frédéric de Souabe, Guillaume de Montferrat et le roi de Danemark, Waldemar, était à Dôle, sur le Doubs; et Louis VII, à Dijon, avec beaucoup moins d'évêques et seigneurs, apprenait du comte de Champagne avec étonnement et l'arrivée de celte armée et tous les engagements que celui-ci avait témérairement pris en son nom. Les deux souverains n'étaient pas loin l'un et l'autre du pont de la Saône où ils s'étaient donné rendez-vous. Cherchèrent-ils tous deux de bonne foi à se voir, ou bien craignirent-ils tous deux quelque surprise? Dans la nuit du 28 au 29, à une heure, très ponctuellement, comme on voit, Frédéric arriva au lieu convenu avec son pape et, n'y trouvant naturellement personne à un pareil moment, il s'en retourna ; dans la journée, Louis VII, après avoirenvo\ édeux évêquesàSaint-Jeande-Losne même pour demander un délai en chose si grave, se trouva cependant, sous prétexte de chasse, au pont de la Saône. N'y rencontrant personne à qui parler, il s'en retourna a son tour. Le lendemain 30, Henri de Champagne continuant son rôle, vint à Dijon, de la part de Frédéric, annoncer à Louis VII que l'empereur lui accordait un délai de trois semaines, mais à condition que le roi livrerait des olages, amènerait le pape Alexandre el se soumettrait avec lui à la décision du congrès. C'était à prendre ou à laisser. Si le roi n'acceptait point, Henri de Champagne transportait son hommage à l'empereur; et une nouvelle province française, ajoutée à la Bourgogne et à la Lorraine, passait sous l'empire allemand (1). Jeté de faiblesse en faiblesse

(1) Reuter, l. c, 205, 207, 211; Watterich, Hist. Vizeliac, 5z6-2$.

par son beau-frère, dans une impasse au bout de laquelle était la soumission du pape et de son propre royaume, le roi faisait sous-main des préparatifs de défense, mais il avait besoin de temps; il accepta tout. Le pape Alexandre Ï1I sauva Louis VII de la honte de céder ou du péril de faire la guerre.

En prévision de la faiblesse du roi de France, Alexandre III, s'était adressé de Châteauroux, au roi d'Angleterre. Henri II, souverain alors d'une partie de la France par son mariage avec Eléonore, la première femme de Louis VII, était le rival de celui-ci; mais il était peu désireux de voir la puissance impériale de Frédéric s'étendre sur tout l'Occident. Décidé par des concessions ecclésiastiques dans son royaume, par la canonisation de saint Edouard, et par la crainte de voir Frédéric Ier tout puissant, après la soumission de Louis VII, Henri II, qui avait une armée en Normandie, appuya le nouveau refus fait par Alexandre III de se soumettre au congrès de Saint- Jean-de-Losne, et menaça de marcher avec le pape légitime sur la Bourgogne, contre l'empereur lui-même. C'était peut-être la guerre. Mais l'armée de précaution que Frédéric avait amenée n'était pas nombreuse et souffrait de la faim dans une contrée aride.

L'empereur se tira d'affaire en affectant de mépriser le roi de France. Quand celui-ci, les trois semaines expirées, se retrouva au pont de la Saône, le chancelier de l'empire, Rainald, annonça, au grand étonnement des évêques et abbés présents et même de Henri de Champagne, que son maître n'avait jamais sérieusement eu l'idée de partager avec qui que ce fût la solution d'une question dont la décision n'appartenait qu'à lui et à son Église (1). Le roi de

(1) Lettre de Fréd. à Henri de Champ, dans D. Bouquet, 16, 34.

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