ENTREVUE DE SAINT-JEAN- DE-I.OSNE
France pouvait venir avec les siens au ooogrès, en allié, si cela lui plaisait, mais simplement pour y acquiescer à ce qui se ferait. Louis VII essaya de discuter ce point de droit ecclésiastique; mais le chancelier allemand n'était pa> en resle. Le roi de France se retourna donc vers les siens et vers Henri de Champagne. Il leur demanda s'il n'avait pas tenu ses promesses, s'il n'était pas dégagé de sa parole; et, sur la réponse affirmative qu'il reçut de tous, même de Henri de Champagne, il s'en retourna encore à Dijon (I).
Frédéric se donnait alors carrière au milieu des vassaux et évêques allemands, bourguignons et italiens qui étaient à Dôle avec leurs hommes. Là, dans une sorte de diète où assistaient avec les princes d'empire les archevêques ou évêques de Lyon, de Vienne, de Besançon, d'Embrun, de Grenohle, de Gap, d'Avignon, de Viviers, il recevait l'hommage du roi Waldemar, il faisait juger une contestation entre Berlhold IV de Zcehringen, investi autrefois par lui-même des régales des évêchés de Genève, Lausanne, de Siou, et l'évêque de Genève même, Arducius. L'assemblée prononçait en faveur de l'évêque « parce qu'une première investiture donnée ne pouvait être transférée à une autre personne », à la satisfaction de Frédéric, qui frustrait ainsi un vassal dont il avait déjà diminué la puissance en Bourgogne. Puis, il fit juger par le congrès le schisme pontifical (2).
Après que Victor IV, appelé à comparaître, eut défendu la validité de son élection, Frédéric déclara qu'il avait bien voulu convoquer pour cette grave affaire les petits rois, les régents de province, mais que ceux-ci n'étaient pas venus parce qu'ils prétendaient élever au-dessus de l'empereur , un simple évêque et , ainsi , régler à leur
(1) Mst. Vizeliac, 529. — (2) G. Hûffer, L. c. p. 44, 45.
volonté les affaires d'une ville (Rome!) qui leur étail complètement étrangère. 11 agissait donc seul comme il en avait le droit, et il fit reconnaître de nouveau Victor IV qui excommunia Alexandre III. Le chancelier Rainald commenta ce discours et cet acte en avançant que les petits princes n'avaient pas plus droit de se mêler de l'évêché de Rome que l'empereur n'avait le droit de s'ingérer dans les affaires des évêchés qui dépendaient d'eux (1). Ainsi, dans leur désappointement, l'empereur et son chancelier aimaient mieux, pour élever Victor IV, rabaisser le Saint- Siège au niveau du premier des évêchés de l'empire; ils se donnaient la satisfaction de traiter orgueilleusement les chefs des autres royaumes de rois de province, mais ils sapaient par leur base leurs prétentions même à la monarchie temporelle universelle de la chrétienté; ils brisaient l'unité spirituelle de l'Europe, et faisaient de l'Église catholique une simple église impériale, en même temps que du saint empire romain germanique un empire presque exclusivement national. Singulières contradictions auxquelles aboutissait une ambition qui cherchait par toutes les voies une satisfaction impossible et que les faits même démentaient bien, en dépit de tout l'étalage que Frédéric faisait de sa puissance !
Tandis que, en effet, l'imitateur, cette fois infidèle, de Charlemagne, avec son pape dans ses bagages, reprenait le chemin de l'Allemagne, Henri II qui avait la gloire de le voir céder devant lui, rencontrait à Châteauroux Alexandre, le 18 septembre. Il y restait quelques jours et revenait
(1) Voir Saxo grammaticus, 781, pour les discours, et Ficker pour les réflexions. Comp. avec Giesebrecht. G. d. D. R. V., p. 336.