CONTINUATION DU SCHISME
avec lui à Couci-sur-Loire retrouver le roi de France. Là, ces petits vois, ces rois de province, se prosternaient aux. pieds d'Alexandre U\ avec respect et conduisaient sa haquenée par la bride! En tenant bon pour le souverain pontife véritable, pour l'unique pasteur de l'Église une et uni* verselle, ne défendaient-ils pas la liberté et la vraie unité européenne de ce temps, contre Victor IV qui n'était pins que le premier évoque et comme le chapelain d'un potentat? Frédéric ne dépouillait-il pas son autorité du prestige de l'unité chrétienne? Retrouverait-il au moins clans l'Allemagne et dans l'Italie soumises, celle puissance effective et solide qui pouvait après tout le dédommager de l'abandon de principes théoriques plus brillants peut-être que solides? Pour faire celte épreuve des deux côtés des Alpes, Frédéric, en quittant Saint-Jean-de-Losne avec une armée afïamée, envoya son fidèle et inventif chancelier Raynald, avec de pleins pouvoirs, en Italie et il rentra luimême en Allemagne par Constance.
Naturellement la lutte que Frédéric avait entreprise contre l'Italie et surtout contre l'Église, dans la personne d'Alexandre III, lui aliénait quelques-uns de ses vassaux et lui créait des embarras chez lui. L'évêque de Metz, Etienne, un vieillard énergique, retenait son clergé et ses féaux du côté du pape reconnu par la France; et de petits seigneurs alsaciens, un comte de Dachberg entre autres, pour cette raison, bravaient l'autorité impériale. Sous de futiles prétextes entre le duc de Souabe, frère de l'empereur, le vieux Welf VI, et le duc de Zœhringen, les vieilles querelles reprenaient. A Mayence, l'opposition que la petite noblesse de l'évêché et les bourgeois de la ville faisaient à l'archevêque Arnold, créature de Frédéric, vrai tyran féodal et partisan déclaré du pape impérial, prenait un carac-
tère presque religieux. Elle nous donne une idée de ce qui pouvait se passer en d'autres villes dans un cas semblable.
Plusieurs fois les bourgeois, guidés par un certain Meingott et aidés par les chevaliers ou même par les moines des environs, avaient chassé leur archevêque, obligé de se retirer dans un château-fort des environs. Autour de la ville, ils avaient creusé des retranchements, relié leurs murs par de fortes tours; à l'intérieur, ils avaient barricadé leurs rues pour ne point voir revenir avec Arnold les exécutions, les dîmes et les corvées. Vainement l'empereur, occupé au loin d'autres soucis, avait cherché à rapprocher l'archevêque et les bourgeois. Menacés par le duc de Saxe, Henri le Lion, appelé à l'aide par l'archevêque, les bourgeois firent enfin mine de se réconcilier. La paix devait être faite au cloître Saint-Jacques, situé sur une hauteur voisine presque attenante à la ville, le jour de la Saint- Jean. Mais, au moment où Arnold se préparait à célébrer la messe, des bandes de bourgeois se précipitent par trois portes de Mayence, armés d'épées, de massues, d'échelles et de torches de résine. L'archevêque ordonne à quelques serviteurs qui l'entouraient et aux moines de le défendre. Mais l'abbé de Saint-Jacques, les moines donnent la main aux Mayençais; ceux-ci pénètrent dans les bâtiments de service et y mettent le feu; l'incendie gagne le cloître. Arnold se réfugie dans une tour où il reste quelque temps blotti ; mais le feu gagne sa cachette. Il envoie un moine au chef des insurgés, Meingott, pour demander la vie sauve ; mais celui-ci pénètre jusqu'à lui, le fait descendre et le livre aux siens qui le tuent (1).
(1) Jaffé, Bibl. rer. germ., 3, 402. Vita Arnoldi, 625-674.