‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 80 sur 135 · RÉVOLTE DE MAYENCE · texte numérisé non relu

RÉVOLTE DE MAYENCE

Frédéric se trouva en diète, le 31 mars 1163, à Mayence même, afin de faire un exemple. Déjà les seigneurs rhénans étaient blottis dans leurs châteaux, les bourgeois dispersés, Mayence presque vide, quand les archevêques de Magdebourg, de Salzbourg, les évêques de Saxe, le duc Henri le Lion, le comte palatin Conrad, etc., etc., arrivèrent, faisant cortège à l'empereur au milieu de la cité terrifiée. L'abbé de Saint-Jacques fut privé de sa dignité; les auteurs de la mort d'Arnold virent leurs biens confisqués, leurs maisons détruites, et Mayence, « la ville d'or », comme on l'appelait déjà à cause de sa richesse, perdit ses libertés et privilèges. Traitée comme une ville italienne, elle eut ses murailles et ses tours renversées et ses fossés comblés. Malgré deux choix qui avaient été faits précédemment, entre autres celui d'un frère de Berthokl de Zaehringen, Frédéric donna pour archevêque à Mayence un frère d'Otton de Wittelsbach, son ami et son partisan, Conrad, mais sans le gagner à sa cause; car Conrad de Wittelsbach, malgré sa parenté, fit bientôt, soit par conviction, soit pour se réconcilier avec les Mayençais, profession de fidélité à Alexandre III, l'ennemi de l'empereur.

En Italie, dans le même temps, Rainald de Dassel, archevêque de Cologne et chancelier, chef de tous les podestats allemands, la plupart évêques, mis dans les villes italiennes, se conduisait, au-delà des Alpes, en digne reprétant de son maître. Il tenait partout jugements et cours plénières, distribuait les privilèges et donations aux villes amies et surtout les taxes et redevances aux ennemies ; il faisait élever aux points stratégiques des forteresses allemandes par des mains italiennes, il imposait la monnaie impériale et le pape impérial en Lombardie, en Romugne, en Toscane. La chute d'Alexandre, c'était la servitude italienne.

Tout cela cependant n'atteignait pas Alexandre III; car celui-ci en mai 4163 tenait un concile à Tours où il voyait arriver les archevêques même de Lyon et de Vienne, vassaux de l'empereur; et de là il envoyait à Frédéric par l'entremise des évêques de Troia et de Pavie des propositions d'accommodement, qui n'étaient point, il est vrai, acceptées à la diète de Nurenberg.

La présence de Frédéric, qui revint en Italie (oct. 1163) sans armée , avec une forte escorte seulement , pendant quelques mois, sur le théâtre de ses exploits, accompagné de sa femme Béatrice, n'eut pas plus de résultats. Il ramenait avec lui Victor IV, qui avait vécu de dons et d'offrandes à Trêves et à Bamberg, pour le faire reconnaître sur son chemin et déposer les évêques récalcitrants. Il assista avec son pape à la translation des reliques de saint Bassien à Lodi et y distribua des privilèges à ses partisans ; mais il ne s'y adoucit pas pour les vaincus. A Lodi, où il reçut les hommages des ducs, marquis, comtes, vavassaux et capitaines des villes, il ordonna de nouveau de raser les murs et les maisons de Torlone. Les Pave- * sans s'en chargèrent immédiatement (sine mora) , et comme remerciement, ils donnèrent à l'empereur beaucoup d'argent (pecuniam copiosam). Les Milanais, dispersés dans leurs quatre villages, depuis la ruine de leur ville, vinrent implorer de lui leur grâce; il les renvoya à son chancelier qui leur fit payer à l'empereur 800 marcs, sans rien leur obtenir en retour. Les malheureux habitants ajoutèrent cet article à leur « livre de douleur et de deuil » (1). Qu'on ajoute à des exactions qui prélevaient le tiers, souvent la moitié des revenus du pays, au profit de

(1) Ann. Med., 376.

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