OPPRESSION DE L'ITALIE
l'empereur, les dénis de justice, les violences contre les personnes, contre les femmes et les filles, on se fera à peine une idée d'une oppression qui épuisait le pays et irritait tous les cœurs au point de produire à la fois, dans plusieurs parties du territoire, de subites et terribles vengeances personnelles (1).
Frédéric avait une de ces ambitions qui ne s'arrêtent jamais et qui sacrifient tout au but qu'elles poursuivent. Les Génois et les Pisans avaient été ses alliés. Ils se disputaient la Sardaigne, sur laquelle la papauté avait dès longtemps des prétentions, puisque la tradition la mettait dans la dotation de Pépin et de Charlemagne. Mais, depuis que Welf VI avait pris sous sa suzeraineté les duchés de Spolète et de Toscane, Frédéric n'élait-il pas intéressé à dominer aussi la mer qui le conduirait à Naples et en Sicile? En attendant, à Porlo-Venere, près de Sarzane, Frédéric fit venir de l'île de Sardaigne, Boriso, juge d'Arborée, et il le créa roi à Pavie pour mettre d'accord les deux républiques rivales et avoir dans la Méditerranée un vassal qui servît à ses desseins ultérieurs. N'était-il pas le successeur de Charlemagne qui, de son vivant, possédait la Sardaigne et disputait le midi de la péninsule à l'empire d'Orient?
Frédéric venait de faire ce nouveau pas en avant quand, le 20 avril, son pape Victor IV mourut. Il y avait peut-être là une occasion pour lui de se réconcilier avec Alexandre III. Malgré l'apparence de la victoire, l'empereur sentait partout les résistances sourdes que sa lutte avec l'Eglise rendait plus dangereuses. En Allemagne, les princes
(1) Prutz, 360, Hist. de Fréd. 7er en allem. Rade vie ou Ragewin, Tome IV. 13
Frédéric de Rothenbourg, duc de Souabe, Welf VI, dont on bJessait les droits sur la Sardaigne, Berthold de Zsehringen, dont le frère n'avait pas été accepté par Frédéric à l'archevêché de Mayence, manifestaient leurs jalousies au moins contre le tout-puissant chancelier Rainald de Dassel. Encouragée par des promesses et de l'argent fourni par l'empire grec et par Venise, déjà la ville de Vérone, au nord de l'Italie, se liguait avec Trévise, Padoue, Vienne, pour leur défense commune. Frédéric voulait punir Vérone de cette liberté grande ; mais la ville lui imposa respect en faisant sortir au dehors tous ses bourgeois armés. Les ennemis se multipliaient, s'enhardissaient autour de Frédéric ; il ne fallait point les exaspérer.
L'empereur était alors malade de la fièvre, ainsi que sa femme Béatrice; il hésitait. Le chancelier Rainald reçut, au sujet de la mort de Victor IV, une lettre impériale qui lui recommandait de ne rien précipiter. Mais il sentait qu'une réconciliation de l'empereur et d'Alexandre lit était sa perte. Le jour même de l'enterrement de Victor IV, hors de Lucques, quoiqu'il n'eût sous la main, avec deux cardinaux, que l'évoque de Liège et quelques évêquos italiens, le chancelier Rainald fit élire le cardinal Guido de Crème, qui, sous le nom de Pascal III, fut, conlre toutes les coutumes , consacré par l'évêque de Liège. Il fallait donc persévérer dans la guerre, en imposant à l'empire le nouveau pape, continuer h opprimer les consciences en Allemagne et pressurer les Italiens! Frédéric, ainsi enfoncé dans le schisme, revint dans son pays pour lui imposer Pascal lit ; il envoya par le Mont-Cenis le chancelier Rainald dans le royaume de Bourgogne en faire autant et il laissa à la place de celui-ci, pour soutenir son œuvre dans la Péninsule avec le titre et les pouvoirs de