PASCAL III J CHRISTIAN DE BUCH
chancelier, Christian de Buch, une autre de ses créatures, digne d'ailleurs par ses talents, son dévouement et sa rudesse de remplacer son prédécesseur. La même oppression s'étendit donc de tous les côtés à la fois, oppression plus religieuse encore que politique. N'est-ce pas un des caractères de l'histoire du Saint-Empire germanique que le sort de l'Église y soit toujours mêlé, et n'est-ce pas une des singularités de cet empire que de voir le batailleur et chevaleresque Frédéric Barberousse obligé de lutter de politique avec les papes, les conciles et les hommes d'Église? C'était bien aussi un homme de ce temps que ce Christian de Buch, laissé comme chancelier en Italie par l'empereur. A peine homme d'église, et vivant plus en homme de guerre qu'en clerc (non secundummorem clericorum, sed more ttjranni), instruit, parlant six langues et avec éloquence, diplomate à l'occasion, il se plaisait surtout à cheval, un heaume d'or en tête et une bonne armure sur sa robe violette, à donner, au combat, sur la tête de ses adversaires, d'une masse d'armes qu'il maniait d'un bras robuste. Ce rude partisan, bien accompagné, imposa le nouveau pape impérial à la ville de Pise, à Florence, et de là se jeta, par la vallée de l'Arno, dans la campagne de Rome, dont il détruisit toutes les vignes et tous les oliviers (1), jusqu'à ce que (févr. 1 165) les habitants payassent une rançon et promissent de recevoir Pascal III dans un an, si Alexandre III ne revenait pas dans ce délai. Imposer un pape à Rome à main armée était encore facile; mais il était autrement malaisé à Frédéric d'imposer aux consciences Pascal III, et d'en chasser Alexandre III. Là le terrain lui
(1) J. de Salisb. : Romanis nil relictum nec in agris, nec in olivelis aut vineis extra mœnia urbis.
manquait sous les pieds et la force matérielle ne pouvait rien contre la force morale.
Cet Alexandre III, adversaire désarmé du puissant Frédéric, était en France, à Sens, sous la protection des rois de France et d'Angleterre. Comment l'y atteindre? En 1(5 protégeant, les deux: souverains défendaient leur indépendance. En Allemagne même, l'Église hésitait beaucoup à reconnaître Pascal 111, de crainte de devenir servile et dépendante. Les évêques se succédaient aux évêchés; mais ils ne changeaient pas. Le vieil Eberhard de Salzbourg avait fait place au frère même du duc d'Autriche, un parent de Frédéric, Conrad; celui-ci aussi refusait les régales des mains de l'empereur plutôt que de reconnaître Pascal. Le successeur de l'ancien évêque de Metz en faisait autant. C'était bien pis dans le royaume de Bourgogne où tout avait changé après le départ de Frédéric et après le concile français de Tours. Le chancelier allemand Rainald, revenant de ce coté, convoque à Vienne, sur le Rhône, une diète des grands et des évêques de cette partie éloignée de l'empire pour faire reconnaître Pascal III ; mais tous, dûment avertis, refusent de s'y rendre.
A Lyon, l'archevêché étant devenu vacant par la mort d'Heraclius, les partisans de l'empereur élisent un chanoine du nom de Drogon. Ceux d'Alexandre élisent un de ses partisans zélés, l'abbé du cloître de Ponligny. Le comte de Forez soutient celui-ci, et toute celle partie de la France, quoique nominalement à l'empire, s'intéresse à sa cause, qui est celle de son indépendance. Il n'est pas jusqu'à l'empereur d'Orient, Emmanuel Comnène, qui n'intervienne dans ce conflit qui intéressait, en effet, l'indépendance de l'Europe. Il envoie, en 1164, à travers la Hongrie bien disposée, deux ambassadeurs, un