DIETE DE WURTZ BOURG, 11G
prieur de l'église Saint-Jean de Conslantinople el un abbé du monastère de Marie à Andrinople, auprès d'Alexandre III, de Louis VII et du comte de Toulouse. Ceux-ci reviennent par le midi de l'Italie et les domaines du Normand Guillaume Ier en Orient. Bien qu'on sache peu de détails sur celle mission, il n'y a pas de doute qu'elle ne fût dirigée contre le tout-puissant potentat qui voulait se frayer un chemin à la domination de l'Europe par celle de l'Eglise. Le chancelier Rainald qui, de Bourgogne, surveillait tout, voulait retourner sur les bords du Rhin, auprès de son maître, par la Champagne, pour visilcr le frère du roi Louis VII, Henri, archevêque de Reims, un des plus chauds partisans d'Alexandre III. Il trouve les chemins barrés, se jette en Alsace et redescend le Rhin, pour combiner avec son maître de nouveaux moyens et opposer coalition à coalition sur le terrain ecclésiastique. Juste à ce moment éclatait sur un autre point de l'Europe un conflit ecclésiastique qui pouvait faire espérer à l'empereur un allié dans sa lutte contre l'Eglise. Le roi d'Angleterre, Henri II, était entré sur le terrain ecclésiastique avec son ancien chancelier, archevêque de Cantorbéry, dans un conflit analogue à celui qui mettait aux prises l'empereur et Alexandre III. Le célèbre Thomas Becket, défenseur intraitable des libertés de l'Église d'Angleterre, chassé de son siège par un maître impérieux, avait trouvé refuge dans le royaume de France, auprès de Louis VII toujours docile à la direction ecclésiastique. De là, réfugié dans un monastère, il envoyait ses missives et ses instructions troubler Henri II dans sa toute-puissance. Jusque-là Henri il et Louis Vit avaient agi de concert- dans la grande affaire du schisme en faveur d'Alexandre III contre Frédéric. Mais, maintenant, cela ne pouvait-il pas chan-
ger, et Henri II et Frédéric ayant mêmes adversaires ne pouvaient-ils pas faire alliance? Dans le courant de 1 163, Frédéric charge un certain abbé de Sainte-Marie de Volo de se rendre auprès d'Alexandre III et envoie son fidèle chancelier lai-même auprès de Henri II, qui était alors dans ses domaines de Normandie. Quel était le but de cette double ambassade? La proposition faite à Alexandre de liguer les rois chrétiens en faveur du royaume de Jérusalem, alors en danger, pour fonder là-dessus un projet de réconciliation, n'était évidemment qu'un leurre (1). Le chancelier Rainald traitait plus sérieusement à Rouen avec Henri II, qui revenait de rendre visite à Louis VII à Gisors ; car il obtenait de lui qu'il accréditât deux, envoyés auprès de la diète que l'empereur convoquait alors à Wurtzbourg, pour la Pentecôte, afin d'y traiter du schisme. Son intention était bien de séparer les deux rois; car, tout près du roi Louis VII, encore à Gisors, il se contentait de se faire excuser auprès de celui-ci de ne l'amer point voir et de lui conseiller l'abandon d'Alexandre, ce qui ne prouvait point des intentions bien sincères.
L'empereur et son chancelier voulaient évidemment, par celte double négociation, soit amener Alexandre III à des concessions, soit le réduire à la soumission môme, par la menace d'une alliance avec Henri II, qui n'aurait pas manqué de peser sur les résolutions de Louis VII. La diète annoncée à Wurtzbourg s'ouvrit le 22 mai 1 165.
C'était sur ses résolutions que Frédéric comptait surtout pour vaincre cette puissance morale contre laquelle les armes ne pouvaient rien. Elle ne fut pas très nombreuse.
(1) Reuter, Vie d'Alex. III, 194-195. -Jean de Salisb., Ed., 138. — Dom Bouquet, Raoul de Die, 13, 186.
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Les archevêques de Salzbourg, de Trêves, le patriarche d'Aquilée, entre autres, n'y assistaient point. Beaucoup de princes manquaient. Une partie de l'Allemagne évidemment refusait de prêter son concours à Frédéric dans cette circonstance. Le chancelier allemand Rainald n'y fit pas moins son apparition entre les deux envoyés d'Angleterre sur lesquels it comptait. Après s'être entendu avec l'empereur, il lui demanda de s'engager par serment pour lui et pour son successeur à ne point reconnaître Alexandre, et de faire prêter le même serment à tous les princes ecclésiastiques et laïques, ainsi qu'à leurs vassaux, sous peine delà perle, pour ceux-ci, de leurs biens et de leurs honneurs. C'était imposer à Frédéric la tache de réduire Alexandre III ou vouloir la perpétuité du schisme et briser non-seulement l'unité de la chrétienté, mais celle même des États dont l'unité reposait aussi sur la hiérarchie unitaire de l'Église. A tous les points de vue, rien n'était moins raisonnable. A supposer que Frédéric fit triompher Pascal III, un pape servile pouvait-il rendre à l'union de la chrétienté les mêmes services que le chef indépendant de l'Eglise universelle, dans un temps où l'unité morale chrétienne était le seul ciment même des constitutions nationales? L'Eglise allemande enfin, avec un pape dépendant de l'empereur, ne retombait-elle pas dans une plus grande servitude féodale, en même temps qu'elle perdait de son indépendance spirituelle? Les évêques, de princes d'empire, ne devenaient-ils pas officiers impériaux? Il semble qu'à Wurtzbourg on ait eu le sentiment des conséquences du despotisme césarien de Frédéric Barberousse ainsi subitement dévoilé par le chancelier de l'empire (1).
(1) V. dans Prutz, Frédéric Ier, I, 378. Ragewin, cont. d'Olt. de Fr.
En effet, un vieil archevêque allemand, Wichmann de Magdebourg, partisan cependant dévoué de l'empereur, se leva le premier; il dit qu'il ne prêterait point serment avant que le chancelier, archevêque élu de Cologne, mais qui n'avait encore ni les ordres ni la consécration épiscopale, voulût bien les recevoir d'un schismatique. C'était porter un coup direct, à Rainald qui prétendait conduire l'Eglise sans en être, prononcer entre deux papes sans être même prêtre et qui, en différant pour lui ces cérémonies, pouvait encourir le reproche de ménager l'avenir. L'empereur fut de cet avis. Rainald batailla encore, mais il fit, comme concession, ajouter au serment une réserve en cas de mort simultanée des deux papes et d'élection unanime avec le consentement impérial. Alors Frédéric jura sur l'évangile le premier, pour lui et pour son successeur, auquel on devait imposer le même serment, qu'il reconnaissait Pascal ni et le successeur de Pascal ni, sauf la réserve ajoutée; et il s'engagea à imposer, par tous les moyens de coercition possible, à tous ses sujets, le même serment. Le chancelier, ayant promis de recevoir les ordres et la consécration, jura ensuite. Le tour de Wichmann de Magdebourg était arrivé. Le vieillard s'avança tout en larmes; il jura, mais avec cette réserve aussi que son serment ne serait valable que si tous les évêques actuellement absents juraient comme lui; et tous ceux qui étaient présents, heureux de trouver cette nouvelle issue, qui pouvait tout annuler, en firent autant. Les princes laïques présents jurèrent enfin, à l'exception cependant de quelques-uns. Quant aux ambassadeurs anglais, au nom de leur maître après avoir exclu de ses obligations toute action contre le roi de France, ils jurèrent seulement que Henri ff serait fidèle à l'empereur et au pape reconnu par celui-ci;
diètjî: de wurtziîourg , 1165. 20!
serment qui élait loin de tenir tout ce que Fréiléric avait espéré du roi anglais contre le pape Alexandre III.
Il fallait au moins que l'empereur tirai, en Allemagne et en Italie, le plus grand parti possible de résolutions telles que celles de la diète de Wurtzbourg. Ce fut, des deux côtés des Alpes, une oppression terrible, religieuse surtout au Nord, politique au Sud. On voit Frédéric en personne en Bavière, en Autriche (juin, juillet), puis sur les bords du Rbin, imposant le serment de Wurtzbourg, dépouillant, destituant les récalcitrants. A Mayence, Conrad de Witlelsbach, le frère du duc de Bavière, s'enfuit à son approche, pour se réfugier en France auprès d'Alexandre [II; et il est remplacé par le belliqueux Christian de Buch, chancelier d'Italie. A Cologne, avec une grande pompe et au milieu d'un certain concours de princes et d'évêques, Frédéric fait consacrer par l'évèque d'Osnabruck et installe lui-même son chancelier d'Allemagne , Rainald de Dassel, enfin entré dans l'Église et en possession de son siège (1). Voilà l'Église allemande bien près du servage.
En Italie, où la victoire religieuse entraînait la servitude politique, les podestats trouvent encore moyen d'augmenter leurs exigences. Un impôt de 3 sous par foyer est étendu sur toute la Lombardie, plus 24 sous par moulin à eau, 3 par moulin ordinaire. Le pêcheur devra le tiers de sa pêche. Les évêques, les marquis, les comtes subissent le même sort : dans la région de Milan, la moitié de la dime de la moisson et la dîme des troupeaux, sans compter des prestations sans nombre pour l'entretien, les voyages,
(1) Jaffé, R. P. Ghron. C/irisi., Ann. Col Max. 770.
le chauffage de lous les Allemands laissés en Italie, leur sonl imposés (I).
Toutes ces violences exercées sur les consciences, sur les personnes et les biens, qu'on n'attendait pas d'un souverain auquel on a quelquefois fait la réputation d'un chevalier, n'atteignirent point leur but. Celui qui avait eu d'abord l'Allemagne dans sa main a toutes les peines, par lui-même ou par ses envoyés, à contenir le mécontentement. L'historien anglais Jean de Salisbury s'en réjouit. En Italie, on frémit sous le joug. Les Romains qui, peu de temps auparavant, avaient été forcés par des ravages de promettre de reconnaître Pascal III dans le délai d'un an, donnent les premiers le signal de la résistance en envoyant une ambassade en France, à Sens, pour rappeler Alexandre lit; et celui-ci, comme porté par le reflux de l'opinion chrétienne en sa faveur, rentre bientôt en Italie et reprend courageusement la lutte contre son redoutable adversaire.
Retour d'Alexandre III en Italie. — Canonisation de Charlemagne. — Troisième expédition de Frédéric en Italie pour chasser Alexandre III. — Prise de Rome, peste romaine, fuite de Frédéric. — (1166-1168.)
C'est bien la chrétienté qui ramena Alexandre III dans la péninsule italienne. Le pape, en elïet, partit en mai de Sens, où il résidait depuis longtemps, traversa Etampes,
^1) V. Ficker, Forschungen zur. H. und R. gesch. ital., II, 107.