‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 84 sur 135 · RETOUR D'ALEXANDUE III EN ITALIE · texte numérisé non relu

RETOUR D'ALEXANDUE III EN ITALIE

Bourges, Clermont, avec l'argent de l'archevêque de Reims et les deniers de l'Angleterre, cherchant à apaiser et à réconcilier, chemin faisant, Henri II et Thomas Bccket pour n'avoir point trop d'affaires sur les bras. Il atteignit la ville de Montpellier en août. Là, soutenu par l'opinion française, il consacra solennellement le candidat français élu à l'archevêché de Lyon, Guichard, abbé de Ponligny, pendant que les Allemands (immanissima Teutonicorum pestis, BrabancionesJ ravageaient le diocèse de celui-ci, et il trouva à Maguelonne des galères envoyées par Gênes.

Embarqué avec deux cardinaux et l'archevêque Conrad de Mayence, le pape échappa avec quelque peine aux vaisseaux pisans qui le guettaient et débarqua à Messine. Là le nouveau roi, Guillaume II le Bon, le prit sous sa protection et le fit passer à Civila-Vecchia. Il y avait quatre années qu'il avait quitté Rome. Le 23 novembre M Go, il y rentra triomphant au milieu des cris de joie de la population sortie au devant de lui, avec ses bannières déployées (signiferi cum bandisj, comme au devant d'un libérateur (1) ! La nouvelle, écrite de sa main, en était envoyée à l'archevêque de Reims, Henri, en France. De la capitale de la chrétienté, ayant pour rempart le mécontentement de l'Italie du Nord, derrière lui Guillaume II le Bon, à portée de l'empereur de Byzance en correspondance avec lui, il pouvait compter sur la fidélité de la France, peutêtre sur la neutralité de l'Angleterre, au moins sur la division de l'Allemagne. Alexandre III était donc en mesure de braver encore l'empereur. C'est pour cela que Frédéric fit une troisième expédition en Italie.

L'empereur, avant de partir au-delà des Alpes, éprouva-

(1) Jatte, II. P., 4502. — Bomoald, Vita Alexandre 40 L

t— il "le besoin de retrouver, contre la puissance qu'il avait à combattre, le prestige moral qui commençait à lui manquer? La canonisation de Charlemagne, qu'il fit faire à celle époque, semble le prouver. C'était le temps où les récils légendaires et les poëmes chevaleresques de Charlemagne, nés et développés d'abord dans la vieille Gaule où ils favorisaient les progrès du pouvoir royal des Capétiens, commençaient à pénétrer en Allemagne par les bords du Rhin. Pour élever l'empire à la hauteur de la papauté ne fallail-il pas le sanctifier, le rendre divin? Quelle idée plus naturelle dès lors pour l'empereur que celle de faire canoniser, par son pape, celui qu'une chronique impériale présentait comme le fondateur de l'empire, le Franc Charlemagne! Le jour de Noël donc (29 décembre), à Aix-la-Chapelle, en présence de princes laïques et ecclésiastiques, de l'empereur, de l'impératrice, on sortit du sarcophage de marbre où ils reposaient les ossements de Charlemagne, on les exposa au milieu de l'église sur une civière, et le chancelier de l'empire allemand, archevêque de Cologne, Rainald, l'auteur de la ruine de Milan et de l'élection de l'anti-pape Pascal III, prononça la solennelle canonisation de l'illustre mort après avoir troublé son tombeau.

Il n'y avait pas longtemps que le pape Alexandre III avait (1161) canonisé Edouard le Confesseur; et, tout récemment encore, il en avait fait autant pour Canut le Grand, cet empereur du Septentrion qui avait réuni l'Angleterre au Danemark et à la Suède. Frédéric prétendait montrer à la chrétienté que son Église aussi canonisait sous le divin patronage de l'empereur. Il est vrai, héros chrétien et guerrier, allié de la papauté dont il avait créé l'indépendance, convertisseur des Saxons, héritier de la tradition gallo-latine et restaurateur de l'empire d'Occi-

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