‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 85 sur 135 · CANONISATION DE CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

CANONISATION DE CHARLEMAGNE

tient, qui avait un instant unifié la chrétienté contre les païens et les Infidèles, Charlemagne avait fait une tout autre œuvre. Il n'importe! Frédéric empruntait pour l'empire quelque chose de divin à celui qu'il faisait canoniser. Ce n'était même pas sa créature, l'anti-pape Pascal, vivant de ses aumônes en Italie, qui accomplissait la cérémonie. Non ! Son archevêque de Cologne et chancelier, Rainald de Dassel, ne sulïisait-il pas pour faire des saints, et quel saint, un Charlemagne ! Et lui qui se proclamait le successeur, ici-bas, de Charlemagne, ne se posait-il pas ainsi en patron et en prolecteur, là-haut, de celui dont il prétendait emprunter contre la papauté elle-même la force morale !

Qui pouvait cependant être dupe de celle comédie? Etaitce donc Frédéric qui continuait, à l'orient de l'Allemagne, l'œuvre de conversion et de civilisation commencée par Charlemagne? Pendant les quatre années de guerre faites par l'empereur à l'Église, on avait vu le duc de Saxe, Henri le Lion, reprendre la lâche abandonnée par le chef de l'Allemagne. Après avoir détruit les fils du païen slave Niklot, au-delà de l'Elbe, celui-ci fortifiait en effet avec des garnisons allemandes Lunebourg et Schwerin, allait fonder l'évêché de Ralzbourg et pénétrait jusqu'à la Peene; et le margrave de Brandebourg, Albert l'Ours, à son tour, jetait des colonies allemandes chez les Wendes. Etait-il davantage le successeur du prince franc qu'avait couronné Léon III délivré de ses ennemis dans. Rome, en 800, ce potentat qui avait soutenu deux anti-papes contre le véritable pontife exilé par lui de Rome et revenu, malgré lui, dans sa capitale? Et pouvait-il se vanter d'avoir, sous sa puissante épée, fonde l'unité chrétienne de la Gaule, de l'Allemagne et de l'Italie, ce prince qui tenait sous la terreur l'Allemagne et

l'Italie violemment rattachées l'une à l'autre. Bien au contraire, il prétendait, au milieu des autres peuples chrétiens de la France et de l'Angleterre, du Danemark et de la Hongrie, restés fidèles au pape légitime, universel et indépendant, fonder une papauté allemande et sujette, avec une Église allemande servile; et cela pour soutenir un empire despotique qui n'aurait plus rien eu de commun avec les Etats voisins et n'eût gardé presque plus rien de chrétien?

Après avoir tout fait pour calmer les guerres privées en Allemagne, et commis des ravages dans la Bourgogne et dans l'archevêché de Lyon, pour les punir de leur fidélité à Alexandre III, Frédéric n'en rassembla pas moins, en l'année 1166, une forte armée pour passer en Italie, et, chemin faisant, il fit une rude exécution en Allemagne.

La ville et l'archevêché de Salzbourg, dans le Tyrol allemand, au milieu de leurs pittoresques montagnes, étaient comme la citadelle de l'Eglise légitime, grâce à la fidélité que leur archevêque, frère du duc d'Autriche, Conrad, avait gardée au pape Alexandre III. Par là, en effet, celui-ci pouvait communiquer avec la Hongrie et avec la Bohême chancelantes et voisines de l'empire byzantin. Salzbourg même gênait le passage de l'expédition en Italie, et surtout son retour en cas d'échec. Après avoir épuisé les négociations pour réduire l'archevêque, Frédéric mit donc, à la diète de Laufen, l'archevêque, son clergé et ses riches et nombreux vassaux, au ban de l'empire- De petits seigneurs, ou plutôt de petits brigands, se chargèrent de l'exécution; ils mirent le feu aux couvents, chassèrent les moines de leurs couvents et escaladèrent les châteaux des vassaux de l'archevêque. Celui-ci se défendit quelque

Page 1