‹ Histoire d'Allemagne (volume 3)Chapitre 86 sur 135 · TROISIÈME EXPÉDITION DE R.VRREROUSSE EN ITALIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME EXPÉDITION DE R.VRREROUSSE EN ITALIE

temps bravement dans Jloliensalzbourg, la forteresse qui dominait la ville. Tous les yeux étaient fixés sur lui. De loin, il lui arrivait des secours; de loin des prêtres, des moines venaient en nombre se faire consacrer par lui et se mêler à ses défenseurs. Il dut enfin céder la place, s'enfuir. La ville, avec la jolie église de Saint-Rudbcrt et quatre autres, furent la proie des flammes ; les exécuteurs du ban s'enricliirent des dépouilles de l'archevêché (1).

Au mois d'octobre de l'année IIGfi, l'armée allemande de Frédéric passait les Alpes pour la troisième fois. On n'y voyait point les chevaliers et évêques saxons, et guère ceux de Welf VI de Bavière C'était un avertissement, un signe de lassitude. Les deux chanceliers dévoués de l'empereur, ses parents de Souabe, Wladislas avec ses Bohémiens, s'y trouvaient. Les deux adversaires, Frédéric Ier et Alexandre III, avaient fait encore un dernier effort diplomatique pour gagner le roi d'Angleterre Henri IL Alexandre III l'avait emporté en sacrifiant, il est vrai, à ce souverain, dans ce moment de danger, l'archevêque de Cantorbéry, Thomas Becket, cet autre défenseur des droits de l'Eglise. C'était une lutte à mort. Alexandre III avait recours à tous les moyens. Dans le même temps, en effet, il recevait à Rome des envoyés d'Emmanuel Comnènc qui, maître d'Ancone sur l'Adriatique, répandait de l'argent jusqu'à Rome, et il allait jusqu'à traiter presque avec lui de la restitution à Byzance de la couronne d'Occident. La force surtout devait décider (2).

Pour éviter les Véronais, qui tenaient la passe de Rivoli sur l'Adige, Frédéric, avec beaucoup de peine, traversa les neiges déjà épaissies du Tonnai, déboucha par

(1) Hansiz., Germ. Sacr., II, 280. — (2) Anon. Laud., Contin., 6i5

le val Camonica, près de Brescia, qui refusa des otages. A Loùi, devant des seigneurs italiens, des podestats et recteurs des villes, il fit reconnaître Pascal 111 et prêter par eux les mêmes serments qu'il avait formulés à Wurtzbourg. Des députés des villes opprimées et des quatre villages de Milan vinrent, en suppliant, demander un adoucissement à leur sort. Le chancelier Rainald poussa son maître à tout refuser, et le rendit ainsi responsable des excès mêmes de ses agents. Les malheureux, dit le continuateur d'Otto Morena, « virent qu'ils auraient encore plus à souffrir dans l'avenir que dans le passé ». L'empereur envoya Rainald et Christian, ses deux chanceliers, avec une partie de l'armée à travers la Toscane contre Rome ; lui-même se mit en devoir, avec le reste, janvier 1167, de longer l'Adriatique, pour prendre Ancone avant de les rejoindre.

On remarqua cependant bientôt une grande lenteur et de l'hésitation dans la marche des armées allemandes. Elles avaient grand'peine à se nourrir malgré les contributions qu'elles levaient sur les villes. Les chanceliers, grâce à des négociations et aux galères de Pise qui les ravitaillaient, arrivèrent les premiers au but, en avril, tandis que Frédéric, en février et en mars, était obligé plusieurs fois de revenir sur ses pas. Il était inquiet. Nonseulement le pape Alexandre III, de Rome, lançait de nouveau contre lui l'excommunication; mais, derrière lui, l'exemple donné précédemment par les villes de la Marche véronaise se propageait. Crémone, autrefois si impériale, se faisait centre de conjuration et s'alliait, avec Mantoue, Bergame et Brescia pour leur défense commune; toutes s'engageaient, sauf la fidélité due à l'empereur, à ne rien souffrir de lui au-delà de ce qui avait été fixé du temps de Conrad III. C'était le renversement des déci-

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