PRISE DE ROME, 1167. 2 M
de l'armée allemande, neveu de l'empereur, Frédéric de Rothenbourg, à travers le portique en flammes, arrive, la hache à la main, après avoir franchi tous les obslacles, jusqu'à la porte môme de Saint-Pierre, où était gravée sur le bronze l'inscription en argent qui s'était efforcée de rappeler la donation de Constantin. 11 la fait voler en éclats ; les vainqueurs se précipitent dans la nef; le sang des défenseurs ruisselle sur les dalles et souille l'autel ; quelques-uns sont poursuivis et tués jusque dans la crypte où reposaient les apôtres Pierre et Paul. Mais Alexandre lit avait eu le temps de s'échapper à travers les rues et de parvenir, après avoir passé l'île du Tibre, jusque sur la rive gauche où il trouva asile dans Sainte-Marie-Neuve et bientôt dans le Colisée transformé par les Frangipani et par les Corsi en une forteresse imprenable. Il y voulait rester, malgré l'offre que le Normand Guillaume II lui (it faire, par quelques-uns des siens arrivés jusque-là, de le recueillir chez lui. Mais la politique de Frédéric parut achever sa victoire (1).
Frédéric détacha les Romains d'Alexandre III en s'engageanl à les reconnaître avec leur sénat en république, et à leur laisser la campagne romaine, sous son autorité et sous celle de son pape. Ils acceptèrent; tout fut conclu. Rome abandonnait Alexandre. Celui-ci n'eut plus qu'à fuir et il arriva à grand' peine jusqu'au cap Circé, où il partagea son frugal repas avec ses derniers compagnons près d'une source qui a, depuis, conservé le nom de Fontaine du pape. Appelé par l'empereur dans la cité Léonine, à moitié ruinée, Pascal III fut alors proclamé pape légitime. Frédé-
(i) V. Prutz I,. C. II, 77. Gregorovius, IV. — Gottfr. de Viterbe, De Gest. Fred.
rie eut la satisfaction de se faire couronner lui et sa femme, le jour de la fêle de saint Pierre-aux-Liens (1er août), et prit ensuite solennellement, en vertu du traité fait avec les Romains, comme quelques-uns des anciens empereurs allemands avant lui, le titre de patrice (1).
C'était, pour Frédéric Burberousse, le comble de la puissance. Il avait installé à Sainl-Pierre un pape qui tenait tout de lui. Quelques autres Etats chrétiens pouvaient encore reconnaître Alexandre, mais ils se lasseraient peut-être. La ville de Rome, qui avait tout juré (omnia jur avérât) et qui élisait ses magistrats, n'était plus qu'une municipalité italienne favorisée, comme quelques autres, d'un privilège portant exemption d'impôts et revêtu d'un sceau d'or (cura sigillo aurij (2). Elle n'était plus la capitale de la chrétienté, mais celle de l'empire allemand. Frédéric triomphait complètement sur le terrain ecclésiastique; les projets du chancelier Rainald", les résolutions de Wurtzbourg étaient accomplis. Frédéric semblait plus puissant que n'avait été le Saxon Otton le Grand et le franconien Henri III. Aussi affermi, pensait-il, que Charlemagne, il rêvait peut-être qu'il se trouverait bien un jour un de ses successeurs; avec un pape docile, pour le canoniser , lui aussi! Mais de semblables grandeurs sontelles longtemps à l'abri des coups de la fortune?
Le lendemain du jour où tout avait été consommé, un mercredi (2 août), l'empereur délibérait avec quelques princes sur une des collines de' Rome; Rainald, dans le camp, était au pied. Le ciel était clair et les rayons d'un soleil brûlant tombaient d'aplomb. Tout à coup, des nuées
(1) Goldast, I, 283. — Mon. Germ. Ann. Col. Max., XVII, 781. — (2) Anon. Laud., cont., 654-5.