HENRI LE LION ET ALBERT L'OURS
devenu depuis un lien entre celui-ci et Waldcmar II. Mais les Ditlimarses, à l'occident des Holsates et des Wagriens, de la mer du Nord aux embouchures de l'Elbe, quoique d'origine allemande, défendaient encore là leur vieille foi païenne et leur indépendance contre l'évêque de Brème et contre les comtes de Stade. Henri le Lion se fit investir du comté de Stade, par l'évoque de Brème, pour venir à bout de ces résistances; il lui donna pour aide le comte et l'évêque d'Oldenbourg et il parvint ainsi, en l'attaquant par terre et par mer, à dompter cette fière et résistante population des Ditlimarses. Chez les Obolrites (Mccklcmbourg), il avait affaire à une population slave; il fit donc venir de nombreux colons et vassaux allemands pour contrebalancer l'influence de la race; il créa le comte de Schwerin qu'il mit à leur tête; et pour opérer l'oeuvre de la conversion, il fonda ou fortifia et investit, en les gardant sous sa suzeraineté, les évoques de Schwerin et de Ratzebourg. Une fondation allemande avait déjà éprouvé plus d'une vicissitude, entre les Wagriens et les Obotrites (Holstein et Meckembourg) ; c'était la cité de Lubeck, entre la Trave et la Warkenilz. Elle devint alors une forteresse et un port de mer, unit et surveilla les deux pays. Vaincu par cette politique, le prince des Slaves de ce pays, Prebislas, reconnut Henri le Lion comme suzerain et demanda la fille de la première femme de celui-ci en mariage pour son fils. La Poméranie occidentale actuelle était encore païenne sous ses princes Casimir et Bogislas. Henri le Lion remporte sur eux une victoire à Varchen en 1167. Une expédition faite en commun par les Danois et par les guerriers d'Henri le Lion, dans l'île de Rugen, contre une idole chérie des Slaves et arrosée par eux de sang humain, vaut même l'adjonction de celle île, inféodée par Henri le Lion au profit
de Waldemar II, à la chrétienté et à l'Allemagne; car le duc de Saxe garde la moitié de celle conquête. Celait bien une guerre de civilisation faite à des barbares.
Le margrave du nord (Nord mark), Albert l'Ours, avait paru d'abord suivre l'exemple de Henri le Lion dans le pays slave des Wendes, au sud des Obotrites. Depuis qu'il s'était emparé de nouveau, après la mort d'un prince wende, de la ville de Brandebourg, il l'avait peuplée d'Allemands et il avait converti (1157) le temple de Triglat en une église de la Vierge. On l'avait vu même prêter mainforte à Henri le Lion contre les Obotrites, ses ennemis également. N'y avait-il pas place pour plusieurs ambitions de princes de l'empire et du territoire pour la population allemande, toujours surabondante, dans celle Slavie, de l'Elbe à l'Oder et à la Baltique? et l'Allemagne, arrêtée maintenant, du côté de l'Occident, par la France succédant h la Gaule, ne pouvait-elle reprendre ces rivages que la vieille Germanie avait laissés aux Slaves, en penchant du côté du Midi et de l'Ouest au temps des invasions? Mais c'est ici qu'on surprend encore, même dans ces efforts de l'Allemagne sur la frontière Nord-Est, le défaut d'une direction supérieure, par suite de l'ambition impériale, toujours tournée plutôt du côlé des brillantes contrées de l'Ouest et du Midi.
Le pays de la Marche du nord, sur la rive gauche de l'Elbe moyen, situé entre les affluents de l'Ohre et de l'Aland, était défendu par les châteaux -forts des pentes orientales du Hartz, enlr'autres par Achersleben; Albert l'Ours y avait ajouté en le fortifiant le pays et l'évêché de Havel, sur la rive droite et un tiers à peu près de la province actuelle de Brandebourg. Mais, comme sa puissance nouvelle se trouvait à cheval sur les deux rives du moyen Elbe, ainsi que celle de Henri le Lion sur les deux rives de l'Elbe infé-