HENRI VI I\OI DES ROMAINS
il se contente de ce succès, sans s'engager davantage visà-vis de Frédéric; et Louis YII, quoique fort scandalisé de la conduite d'Alexandre III, dans une lutte où celui-ci était si intéressé, se garde bien, ayant ces deux ennemis politiques redoutables sur les bras, d'abandonner le pape légitime qui était pour lui un appui (1).
Cette mine éventée, Frédéric en prépare une autre pour arriver à son but, c'est-à-dire à l'élection de son fils. Deux saints personnages français, les abbés de Citeaux et de Clairvaux, et un chartreux de Sylva-Benedicla, dans le Daupbiné , étaient toujours en route pour l'affaire du schisme. Frédéric s'en était déjà servi habilement dans sa difficile retraite de Suze. Ils arrivent en Allemagne. L'empereur les circonvient, les met en rapport avec l'un des prélats les plus modérés de l'Allemagne, Eberbard, évêque de Bamberg; et, affectant des pensées sincères de paix devant eux, il les charge de partir pour l'Italie et de porter des propositions d'accommodement à Alexandre. Pouvaiton refuser à ce prince conciliant et pacifique d'assurer son héritage à son fils? Il recevait fort honorablement, il est vrai, après le départ de son ambassade, les envoyés de Calixte III; c'était, disait-il, «pour peser seulement sur Alexandre lit et en obtenir les conditions désirées. » Mais sa résolution était arrêtée et inébranlable; car il s'engageait, si son fils était élu, à prêter pour lui, conformément aux résolutions de la diète de Wurlzbourg, le serment de ne jamais reconnaître Alexandre. N'était-ce pas, disait-il aussi, « le meilleur moyen d'amener la fin de ce schisme dont, après tout, l'Église allemande tout entière souffrait? »
(1) Jean de Salisbury, l. c. — Perlz, L. L., il, 167. — Bouquet- Brial, XVI, 698, B.
Tant d'efforts réussirent. Quoique âgé de quatre ans, le jeune Henri fut élu roi par la diète de Bamberg, sur la proposition de l'archevêque de Mayence; c'était lui assurer la succession impériale et préparer l'hérédité de la couronne dans la famille des Hohenstauffen, c'est-à-dire commencer une révolution dans la constitution impériale elle-même. Trop d'habileté nuit cependant. Un prince seul, le plus puissant, Henri le Lion, pour lequel Frédéric venail encore d'employer son autorité, refusa de prêter serment au nouvel élu. Est-ce parce qu'il regardait comme contraire à la coutume de nommer roi un si jeune enfant? Après la mort récente de Frédéric de Rothenbourg qui avait été presque traité comme le successeur désigné de l'empereur, le Lion ne se regardait-il pas comme lésé dans ses droits, lui, parent aussi de Frédéric, au profit d'un enfant? L'avenir devait répondre à ces questions. Le jeune Henri VI n'en fut pas moins couronné solennellement roi des Romains, le 15 août suivant, à Aix-la-Chapelle.
Un succès pour Frédéric n'était qu'une raison de plus de poursuivre l'accomplissement de ses volontés. Sans souci de l'issue de l'ambassade pacifique qu'il avait envoyée à Alexandre III, il se dirige, au sortir de Bamberg, sur l'archevêché de Salzbourg avec le ferme propos de le dévaster et de le partager entre les siens, atin de réduire le clergé du diocèse qui tenait toujours pour le vrai pape. La présence de l'empereur suffit. L'archevêque, récemment élu, Eberhard lui-même, sur le conseil de son oncle, Henri d'Autriche, vient mettre au pied de Frédéric sa ville épiscopale, ses châteaux, ses vassaux et serviteurs. Son clergé, il est vrai, plus fidèle que lui à la cause d'Alexandre, le désavoue et parle de le remplacer. Mais