‹ Histoire d'Allemagne (volume 4)Chapitre 13 sur 31 · HENRI I" L’OISELEUR OU LE FONDATEUR · texte numérisé non relu

HENRI I" L’OISELEUR OU LE FONDATEUR

comme Burkhard, et, plus heureux que lui, retint môme certainement le droit de nommer ses évêques, comme l’avait fait Henri d’ailleurs, dans son duché (I). Ce succès grandit l’influence d u roi au midi, car il paraît ôtre intervenu entre le duc de Souabe, Burkhard, et le roi de la haute Bourgogne, qui prirent la Reuss pour limites de leurs Etats, et cimentèrent leur paix par un mariage. C’est à l’occasion de cette intervention que le roi Henri obtint de Rodolphe la lance sur la hampe de laquelle, du temps de Constantin, on aurait gravé le signe de la croix avec les clous qui avaient percé les mains et les pieds du Christ. Il ajouta celte relique aux autres insignes de la royauté, et, après la mort môme de Burkhard, dans une expédition faite avec son allié, en Italie, il fit acte de roi, en Souabe, en investissant de ce duché le neveu d'Eberhard, duc de Franconie, Hermann, qui épousa Regilinde, veuve du défunt duc.

Rattacher au royaume allemand le Lotherrègne, la Lotharingie, hésitante entre la France et l’Allemagne, et décidément séparée de celle-ci, sous Conrad, était plus difficile. Lorsque Richer, le chroniqueur si intelligent de ce temps, nous parle des limites de l’Allemagne et de la France, encore disputées, il n’a garde d’oublier le Rhin qu’il donne toujours comme une limite naturelle et de tradition (2). Il ne parait pas que le roi Henri ait d’abord beaucoup tenu à cette possession, quoique le duc de Franconie, Eberhard, qui avait des terres de l’autre côté du Rhin, et l’archevôque de Mayence, qui y résidait et y possédai t ses sufTragants, dussent le pousser à la garder. Mais le personnage le plus puissant et le plus

(1) Totius Bajoariæ pontifices tux subjaccant proteslati. Tels sont les termes dont se sert le roi. — V. Buchner, Geschichte der Baiern, m. 38. - (2) Richer, I, 15, 17, 33, 59.

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ambitieux de ce pays, le fils de Renier-Renard, qui avait soumis, moins Mayence et son territoire ecclésiastique, le reste de la rive gauche du Rhin ou le Lolherrègne à Charles le Simple, Giselbert, continuait le double jeu de son père. « Ses pieds remuaient toujours, nous dit Richer, ses yeux, inquiets, étaient si mobiles, qu'on ne pouvait savoir leur couleur; son corps était robuste, sa volonté inflexible, son esprit inconstant. Il avait un langage ambigu, faisait des questions captieuses et des réponses douteuses, mettait peu de suite et de clarté dans tout ce qu'il disait. Prodigue de son bien, il avait énorme appétit de celui des autres, était coulant avec ses supérieurs et avec ses égaux, mais les jalousait en secret. Le trouble, les querelles étaient sa suprême joie. »

Ce fut ce Giselbert qui, penchant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, amena l'attention du nouveau roi germain de ce côté, en le mêlant aux querelles qu’il n’avait pas manqué d’avoir avec son nouveau suzerain, le Carolingien Charles le Simple. Pacifique, à ce qu’il semble, et fort discret dans ses prétentions, le roi Henri eut à ce sujet une entrevue avec le roi de France, Charles le Simple. Elle eut lieu en 922, à Ronn, à l’endroit où le Rhin, s’échappant de l’amphilhéàtre montueux des sept monts (Sicbengebirge), commence à s’élargir; un bateau qui était amarré au milieu du fleuve en fut le théâtre.

Ce fut là que, plus défiants du puissant et cauteleux seigneur du Lolherrègne qu’ils n’étaient l’un de l’autre, Henri et Charles le Simple échangèrent de bonnes paroles et convinrent de garder, dans ce pays, les choses en l’état, c’est-à-dire Cologne, Mayence, Worms et Spire à la Germanie, et le reste comme Liège, Trêves, Metz, etc., à la France. C’était l’affaire du Lorrain Giselbert. Il sut encore

HENRI 1" l’OISF.I.EUR OC LE FONDATEUR.

en tirer parti, quand le trouble recommença en France, par la compétition an trône, contre Charles le Simple, du duc de Bourgogne, Robert, en 923. L’eau trouble où il aimait à pêcher était à sa portée. Nul doute que le roi de Germanie, Henri, n’ait ôté sollicité par l'un et par l’autre des compétiteurs. Charles le Simple lui envoya, comme relique précieuse, la main de saint Denys; Robert eut une entrevue avec lui sur la Roër. Tous deux purent se montrer assez coulants au sujet de la Lorraine. Les vassaux du pays se partagèrent naturellement entre les compétiteurs. Il y eut guerre là comme partout. Giselberten profita pour s’agrandir à ce point qu’il se lit investir même de l’évêché de Tongres, par l'archevêque de Cologne. Les troubles incessants de la France, dont les derniers Carolingiens et les ancêtres des Capétiens se disputaient la couronne, ne pouvaient manquer cependant d’être favorables au roi de Germanie.

Lorsqu’en effet, après la mort du duc de Bourgogne, Robert, Charles le Simple eut été battu par un nouveau compétiteur, Raoul, et tomba entre les mains d'un duc de Vermandois, néribert, qui le jeta dans la tour de Péronnc où il devait mourir, Henri fut plus à môme de revendiquer ses droits sur la rive gauche du Rhin. Le cauteleux et inconstant Giselbert ne pouvait plus prétendre garder son hommage, sous prétexte de légitimité à un Carolingien. Bon gré mal gré, il prêta hommage au roi Henri et épousa sa fille, Gerberge, sœur du futur Otton le Grand, qui le retint dans l’alliance de l’Allemagne , où il fut d’ailleurs surveillé par Eberhard, fait comte du palais, dans ce pays où il avait de riches domaines, et chargé de rattacher ainsi le Lotherrègne à la Franconie. Le sort de la rive gauche du Rhin dépendait alors, comme il dépendra toujours, de la puissance de l’Allemagne ou de la France.

Les cinq peuples et les cinq grands duchés de la nation

allemande étaient maintenant réunis sous un même roi. Ce n'était pas assez. Les Hongrois n’en parcouraient pas moins, comme autrefois, en ravageurs, tout le pays. Le biographe de saint Wiborada, au monastère de Saint-Gall, nous a laissé la terrible et pittoresque description d’une de ces incursions de barbares. Sur la prédiction du saint homme, l'abbé de Saint-Gall avait fait des préparatifs de défense. Les frères les plus robustes s’étaient armés; leur tôle tonsurée était recouverte d’un armet; la cotte de mailles emprisonnait leur large robe noire; on avait forgé des lances et des épées , dressé des engins. La sainte colonie avait transporté sur une hauteur voisine les reliques et les trésors du cloître et s’y était retranchée derrière un mur palissadé ; des vedettes étaient posées aux environs. Wiborada , seul , ne voulut pas quitter le monastère. Une nuit, la lueur de villages incendiés, à l’orient, annonça l’arrivée d’une bande qui apparut dès l’aube. Quelques vedettes n’eurent pas le temps d’atteindre la forleresse et se cachèrent dans le cloître. Le vénérable Wiborada, comme un sénateur romain, attendait les païens sur le seuil de la maison de Dieu. Il fut tué sans pitié. Les barbares, furieux de ne trouver rien à piller, mirent le feu au cloître qui ne fut guère endommagé et montèrent à l’assaut de la forleresse. Us s’y obstinèrent la journée tout entière , mais furent rudement repoussés. Le soir, des feux allumés par le gros de la horde, du cêté du lac de Constance, leur firent abandonner leur entreprise. Le torrent passé, les moines redescendirent, réparèrent, purifièrent l’édifice et le consacrèrent de nouveau en présence de l’évêque de Constance (t). Le hasard qui fit tomber, plus tard, entre les mains de Henri un

(t) Hartœanni, Vita S. Wiboradx, c. xxv. Mabillon, V, p. 51.

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