‹ Histoire d'Allemagne (volume 4)Chapitre 14 sur 31 · HENRI 1" L’OISELEUR OU LE FONOATEUR · texte numérisé non relu

HENRI 1" L’OISELEUR OU LE FONOATEUR

chef hongrois mit quelque temps l'Allemagne à l’abri de ces ravages. Henri en profita habilement. 11 leur rendit leur chef, consentit à leur payer un tribut annuel et en obtint ainsi une trêve de neuf années dont il espérait faire bon usage.

Henri le Saxon portait seul, et sans contestation, le titre de roi en Allemagne. Mais on pouvait à peine dire qu’il fût le roi de l'Allemagne. Les chroniques lui donnent toujours le titre de roi des Saxons et des Franconiens. C’était, en effet, sur l’union et l’obéissance de ces deux peuples que reposait sa puissance. Mais, comme il laissait chacun des autres ducs agir à sa guise, sauf l’hommage, il était plutôt le chef d’Etats fédérés que le chef d’un Etat. C’est celte situation même, qui lui rendait difficile la défense du royaume contre les ennemis du dehors. Dans la trêve avec les Hongrois, il n’avait traité que pour la Saxe et la Thuringc, preuve assez évidente que son autorité effective ne s’étendait guère au delà. C’est aussi en Saxe seulement et en Thuringe qu’il prit, contre les ennemis, des précautions de défense dont les historiens ont souvent, sur les données très-vagues de quelques chroniqueurs, fort exagéré l’importance.

Ces deux pays étaient, en effet, pour la défense du territoire, au-dessous des autres parties de l’Allemagne. Sur les bords du Rhin et du Danube, il y avait un certain nombre de grandes villes, bâties autrefois par les Romains, souvent maltraitées par les invasions, mais toujours soigneusement relevées. En Franconie et dans la liesse, s’élevaient déjà aussi des villes fermées, militaires ou ecclésiastiques. En Saxe et en Thuringe, sauf dans quelques châteaux du roi ou des puissants, même sur la frontière, comme à Halle et Magdebourg, peut-être alors détruits, et

dans quelques évêchés ou abbayes de l'intérieur, les Saxons en étaient restés presque au temps de Tacite; ils avaient leurs métairies entourées de champs, dispersées au bord d'un cours d’eau, à la lisière d’un bois, ou aux penchants des collines. Aussi, le pays était livré sans défense aux incursions du dehors.

Avec celle prévoyante patience de l’homme du nord, qui a souffert, qui a des injures à venger et qui commence à réfléchir, le roi Henri mit d’abord son peuple à l'abri des plus pressants périls. Il fallait faire renoncer le Saxon à son horreur pour les villes murées, à son amour pour l’air libre. Ordre fut donné de ne tenir tribunal, célébrer fêtes et mariages, et n’avoir marchés que dans des lieux fermés. Sur neuf habitants des champs (milites agrarii), soumis au service militaire, un fut tenu de résider dans la forteresse ou ville murée, la plus rapprochée, afin d’y bâtir et entretenir des maisons de refuges et des magasins, en cas d'alerte, pour les fugitifs et pour les provisions, tandis que les autres cultiveraient les champs et apporteraient, pour éviter la famine, le tiers des récoltes et des fruits. Pendant plusieurs années, dans la Saxe, dans la Thuringe et, à leur exemple, dans les autres parties de l’Allemagne où il en était besoin, on ne fut plus occupé qu’à bâtir maisons et murailles en terre, en bois, en pierre, avec tous les matériaux qu’on avait sous la main. Ainsi, après les villes épiscopales ou abbatiales déjà fondées par Charlemagne et le plus souvent fortifiées, s’élevèrent Gozlar, Nordhausen et Qucdlimbourg, sur les différentes pentes que présente, à tous les points de l’horizon, la forêt du Hartz. Sur le cours moyen de la Saale, qui servait de limite à l’Allemagne de ce côté, avant son confluent avec l’Elbe, Mersebourg, entouré de fossés et de murs, eut un©

IIIÎ.NÏU 1" L’OISELOL'II Oü LE EONDATEUIt.

destination particulière. Le roi Henri établit, autour de la ville peuplée de ses colons, une troupe de malfaiteurs et de brigands auxquels il accorda des terres, à la condition qu’ils ne pilleraient qu'au delà de la frontière le pays des Vendes. Quelques autres coloniçs militaires, mais peuplées d’hommes moins dangereux, fortifièrent la frontière de l’Est et du Nord. C’est ainsi que le roi, selon l’énergique expression d’un contemporain, « fabriqua des villes pour le salut du royaume (1). >

Henri songea ensuite à se faire une armée. L’ancien heerban, sorte de service militaire obligatoire pour tons, était tombé en désuétude avec les institutions carolingiennes. Il n’y avait plus d’obligations que celles que les vassaux devaient à leurs seigneurs; l’habitude des armes était donc devenue le privilège de quelques-uns. Aux guerriers avaient snccédé les chevaliers. Mais en Saxe, où l’habitude du cheval était récente et peu répandue, l’armée était moins propre qu’ailleurs à lutter surtout contre les Hongrois. Henri I" qu’on admirait à cause de sa haute stature, de son habileté dans tous les exercices militaires, s’efforça d’aguerrir et de discipliner au moins les seigneurs et leurs vassaux, puisque les masses avaient perdu les habitudes guerrières. Sans rétablir l'usage général de l’heerban, il sut au moins obtenir, quand il en eut besoin, de fortes armées de piétons. Dans certaines occasions, il exigea, dès l’âge de treize ans, le service militaire; trois jours après la convocation, le réfractaire était puni. Dans des exercices ou jeux militaires, que le roi présidait lui-même,

(l)Dithmar, I, 13. Celeras quoque urbes ad salulem regni fabricant. — Witikind, I, 35. Ut ex agrariis militibus nonvs, etc. — Ut concilia et omnes conventus in urbibus celebrentur.

Toat U. IG

la cavalerie féodale trouva l’instruction dont elle avait besoin. Habituée à fondre par masses profondes, formées en coin, sur l’ennemi, elle n'avait rien pu contre les Hongrois qui, à son approche, se dispersaient par petites bandes et échappaient à son choc pour aller se rallier plus loin et les surprendre par derrière. Henri sut la rendre plus souple et plus mobile: il lui apprit à s’étendre en lignes ou à se ramasser en pelotons et à combiner, selon les besoins du moment, ses évolutions avec celles de l’infanterie.

Pendant le répit que lui laissaient les Hongrois, Henri exerça encore plus utilement les siens, piétons et cavaliers, contre les Slaves, tout le long du cours de l’Elbe et de son affluent la Saalc. Sur ces deux cours d’eau étaient, en effet, alors, les frontières orientales de l’Allemagne. Ce qu’elle avait gagné depuis plusieurs siècles sur l'Occident, elle l’avait perdu à l’Orient, et des peuples slaves l’avaient remplacée dans un territoire qu’elle occupait autrefois. Ainsi les deux rives du Havel, affluent de droite de l’Elbe, ainsi que celles de la Sprée, étaient alors au pouvoir d'une peuplade slave, dont la sauvage capitale, où ils mettaient leur butin en sûreté, était Drannibor (Brandebourg) au milieu des eaux môme et des marais du Havel. Pendant l’hiver de 928, Henri s’aventura sur le fleuve et sur les marais glacés et mit la main sur ce repaire de pillards qui désolaient les contrées du moyen Elbe.

Mais il y avait d’autres peuplades non moins gênantes au-dessus et au-dessous.

C’étaient, en premier lieu, au midi, entre la Saale et l’Elbe, les Sorbes et, plus près de la Bohême (dans le royaume de Saxe actuel), les Daleminzes qui avaient souvent donné la main aux Tchèches de Bohême et aux Hongrois. Henri emporta Iana, une de leurs forteresses, et, &

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l'endroit où l’Elbe sort de Bohême, jeta une colonie allemande et bâtit une forteresse à Meissen, pour les tenir tous «n respect. En 929, une expédition à laquelle le midi et le nord de l’Allemagne prirent part, eut lieu en Bohême. Le roi llenri en personne et Arnulf de Bavière pénétrèrent au milieu de ce pays, ancien territoire des Boiens et des Markomans, où la population slave des Tchèches avait remplacé celles d’origine germaine ou gauloise. Le paganisme y disputait encore l’influence aux missionnaires chrétiens. La mère du jeune duc slave Wenceslas, Dragomira, avait mal reçu les envoyés du roi de Germanie et persécutait les chrétiens. Les deux princes allemands pénétrèrent jusqu’à Prague et reçurent l’hommage de Wenceslas qui resta fidèle au christianisme et paya un tribut de cinq cents marcs d'argent et de cent vingt bœufs à l’Allemagne.

La frontière du bas Elbe n’était pas beaucoup plus tranquille. Deux margraves, Thietmar et Siegfried, étaient chargés de la surveiller, mais il y avait là aussi des peuplades slaves remuantes ; c’étaient, entre l’Elbe et l’Oder, au nord du Havel les Rédariens, et sur la côte de la mer Baltique (Mecklembourg) les Obotrites et les Wiltzes, que Charlemagne, autrefois, avait soumis. Il y avait toujours là des guerres de voisins, de l’un et de l’autre côté de l’Elbe. Non loin de la ville de Lenzen, sur la droite de ce fleuve, les deux margraves infligèrent aux Slaves une défaite que les chroniques saxonnes exagèrent encore quand elles disent qu’il resta cent mille Slaves sur le champ de bataille. Il est certain seulement que six cents prisonniers, faits pendant le combat; furent froidement massacrés le lendemain. C’était le commencement de bien longs combats entre la race slave et la race germaine, pour la possession du pays entre l’Elbe et l’Oder ; et ce territoire ne devait rester à l’Aile-

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magne, envahissante aussi de ce côté, qu’après des siècles de guerre et, comme le remarque avec orgueil un historien allemand récent, « non sans que chaque motte de terre ait été détrempée de sang (1). »

La tradition populaire aimait plus tard à rappeler que ceux qui vinrent offrir la couronne à Henri le surprirent occupé à dresser des pièges aux oiseaux. C’est à cette époque de son règne, à la fin de la trêve signée avec les Hongrois, en 932, que Henri avait en réalité tendu ses filets aux redoutables ennemis de l’Allemagne. Quand les envoyés du khan des Hongrois vinrent demander le tribut accoutumé, le roi leur fit remettre, dit la tradition, un chien mort. Une effroyable horde descendit l’Elbe, à travers le pays des Daleminzes , et ravagea tous les bords de la Saale pendant l’hiver de 932 à 933. Au printemps, les barbares, ne pouvant plus vivre, se partagèrent en deux bandes; l’une prit le chemin de l’Ouest pour pénétrer en Thuringe, et l’autre celui du Nord pour la tourner. Le roi était prêt. Les Thuringiens reçurent si rudement la première qu’elle s’enfuit à travers l’Erze-gebirge (monts Métalliques), laissant des prisonniers qui « moururent misérablement comme ils le méritaient, » dit le moine de Corvey. Le roi Henri, en personne, atteignit l’autre bande près de Riade, sur l’Unstrult, ou peut-être de Mersebourg, sur la Saale, dont les richesses attiraient ces pillards. On n’est pas d’accord sur l'endroit précis : « Compa- « gnons, dit le roi en plantant, au milieu de son armée, l’étendard de Saint-Michel, nous leur avons doçné les

(1) Giesebrecht, C. L., I. p. 230. Fo/i clem kde Scholle mit Dlut getrœnkl ist.

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biens de nos femmes et de nos enfants, il ne nous reste plus, si nous ne savons combattre, qu’à leur livrer les trésors de nos églises. » Toute l’armée s’ébranla au cri chrétien habituel de Kyrie, kyrie, auquel les Hongrois répondirent par un formidable rugissement : Hui I hui ! Les Allemands s’avancèrent à pas lents, et serrés les uns contre les autres, sous leurs boucliers; ils avaient, par feinte, mêlé très-peu de cavalerie à leurs premières lignes, pour attirer les Hongrois et essuyèrent, sans broncher, les premières décharges des flèches de l’ennemi. Les Hongrois se précipitèrent; mais, bientôt, ils aperçurent la forte cavalerie de réserve qui s’élançait avec impétuosité; à leur tour, ils tournèrent bride sans prendre le temps de bander de nouveau leurs arcs, et s’enfuirent avec une telle rapidité dans toutes les directions, qu'ils laissèrent leur camp et même le butin, mais peu de cadavres aux vainqueurs. Telle est la bataille dite de Mersebourg, dont il a été si difficile, en effet, par le peu de traces qui en est resté, de retrouver l'endroit précis; elle a eu du moins, pour résultat, de délivrer la Saxe des incursions hongroises pendant le règne de Henri (1).

Le roi qui avait vu fuir devant lui ceux qui avaient longtemps répandu la terreur en Allemagne, en Italie, en France, fit aussi, en 934, une expédition heureuse contre les Danois au delà de l’Elbe, et arriva jusqu’à l’Eyder que l'empire de Charlemagne avait eu pour limite. Mais rien, dans les chroniques, n’autorise les historiens allemands à prétendre qu’il établit dès lors, de l’Elbe à l’Eyder èt à la

<1) Dithmar, I, p. 3. — Ann. sax., 932. — Wilikind, I, p. 641. t- Luitprand, Histor., III, c. xn. — Adam. Brem., I, 48. — Waitz, lahrbücher, I, i, p. 107, 110. — Leibnitz, dm», imp., II, p. 426.

Scblei (934), ce qu’on a appelé plus tard la Marche de Schleswig, depuis longtemps peuplée par des tribus nordalbingiennes, qui penchaient plus vers les Danois du Jutland que vers les Saxons de la mer du Nord. L’évêché de Hambourg restauré put du moins , avec l’évêque saxon Unni, commencer à renouer chez ce peuple le travail interrompu des missions chrétiennes (1).

L’âge et surtout l'influence de sa seconde femme, Mathilde, parait avoir changé beaucoup, à la fin de son règne, les dispositions de ce Saxon qui avait refusé de se faire couronner par un prêtre, l’archevêque de Mayence. H avait été longtemps à pardonner aux prêtres de l'avoir forcé à répudier Hatheburge , la maltresse de ses jeunes années, qui lui avait donné un fils nommé Tankmar. Mathilde, sa femme légitime, qu'il épousa ensuite, une descendante, assurait-on, de l’adversaire de Charlemagne, 'Witikind, trouva dans les sentiments religieux qu’elle inspira à son mari la garantie de sa fidélité. Il s’efforça , dans ses dernières années , d’empêcher la vente ou l’inféodation trèsfréquente des biens ecclésiastiques. Vainqueur des Hongrois et des païens, il appartenait à l’Église. A l’instigation de sa femme, pour rivaliser avec les fondations pieuses de ses ancêtres, il fit bâtir, sur la hauteur qui dominait alors la forteresse de Quedlimbourg, au pied du Hartz, un monastère de femmes qu’il dota richement. H projetait d’aller à Rome, comme pèlerin probablement, ainsi que beaucoup de rois anglo-saxons , lorsqu’au retour d’une chasse , dans la forêt du Hartz , une maladie mortelle le surprit à Memleben. La reine Mathilde, dont la mémoire est restée chère

(1) Voiries termes vagues dos Annales d’Hersfeld et de Corvey»

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à l'Église, plus que celle même d’Henri, ainsi que les enfants qu’il avait eus d’elle , eurent le temps de recevoir le dernier soupir qu’il rendit à soixante ans. S’il faut en croire le biographe de la reine Mathilde : « Je remercie le Christ, dit-il à la reine, de conserver ta vie après la mienne ; car tu m’as modéré dans mes colères, tu as souvent changé ma mauvaise humeur en équité et tu m’as fait prendre l’opprimé en miséricorde. Je te recommande mon âme comme à la meilleure et à la plus éprouvée des femmes. > Il avait à peine fini que la mère montrant le mort à ses enfants: « Contemplez bien ceci, leur dit-elle, pour craindre Dieu et honorer , en toutes choses, celui qui est assez puissant pour faire ce que vous voyez (936) (4). »

Les historiens allemands font grand cas, et avec raison, du roi Henri. Peut-être quelques-uns poussent-ils assez loin l’éloge et l’hyperbole pour tomber parfois dans l’erreur à son sujet. Parmi les plus récents, l’un, M. Sugenheim, accuse l’Eglise, qui tenait alors la plume, de ne pas lui avoir donné, par rancune, le nom de grand; et M. de Sybel dit que « c'est l’astre de la plus pure lumière du passé de l’Allemagne. » Laissons là les figures. Lorsque l’Allemagne avait encore quelque prédilection pour ses libertés municipales et ses villes libres, elle saluait dans Henri I*r le créateur de la classe bourgeoise, parce qu’il avait fait élever les murailles de quelques villes. De nos jours, où elle tient davantage à l'unité monarchique , elle se plaît à l’appeler le fondateur du royaume teutonique et elle salue en lui le précurseur de l'empire allemand. Ni l'un ni l'autre éloge ne sont complètement mérités. La bourgeoisie n’a rie® à faire avec le règne

(1) Vita Mathildis, Loibn., p. 202.

248 fondation de l'empire germanique.

d'Henri I,r, et nous avons vu combien lâches étaient les liens qui unissaient les diiïérenles parties de ce royaume. Nous aimons mieux rapporter h sa louange les simples paroles du clerc de Cologne, Ruotger, duns la vie de saint Bruno, évéque de Cologne, on des fils de ce roi. « En peu de temps, il inspira, dit-il, par la grâce de Dieu, aux étrangers et aux ennemis un respect et une crainte qu’ils n'avaient pas connus et il fit régner entre les habitants de son royaume une concorde qui n’y avait point existé depuis longtemps. * J’aime encore mieux cet éloge simple, vrai et complet, que celui de Wilikind de Corvey, qui écrivait beaucoup plus tard ces mois, au temps de la splendeur ottouienne : « Le roi Henri fut, de son temps, le plus grand roi de l’Europe. Aucun ne l'égalait pour les dons du corps et de l’esprit; mais il laissa un fils encore plus grand que lui , auquel il légua un royaume qu’il n’avait pas hérité de ses pères, mais qu'il avait fondé lui-même et ne devait qu'à Dieu (1). » C'est beaucoup dire, comme le montre assez le simple récit du règne de ce prince plus remarquable encore par sa prudence et sa modération que par sa puissance et ses victoires. Il ne faut pas oublier Henri Ier cependant en parlant de son successeur Ollon 1«, comme il ne faut point oublier le roi Pépin quand on parle de son fils Charlemagne.

On peut dire que c’était un commencement sage, raisonnable et pratique pour la royauté et pour la nation allemandes. Henri avait fait ce que comportait le temps. C’était une royauté faible, sans doute, plus respectée que prépondérante ; les 4pcs de l'Allemagne étaient plutôt scs

(1) Ruotger, Vit. Sanct. Brunon. — Witik. de Corvey, Ann. Sax.

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alliés que ses sujets, et l’Allemagne, sous lui, présentait plutôt le caractère d’une confédération de peuples qu’un Etat. Mais Henri avait fait ce qui était possible, utile et conforme au temps, à l’intérieur. Il ne s’était préoccupé du dehors que pour garantir la sécurité de ses frontières; et c’était beaucoup. Son successeur, en élevant plus haut son ambition, en étendant plus loin sa sphère d’activité, pouvait le dépasser en célébrité comme en ambition, mais non pas peut-être pour le plus grand bien de l’Allemagne. « Arrachée à l’anarchie intérieure, délivrée des craintes et des invasions du dehors, la Germanie renaissait à la prospérité, après avoir reculé ; elle reprenait une marche progressive. Unie autant qu’elle pouvait l’être, partout respectée, nulle part haie, elle était le plus puissant Etat de l'Europe, sans être dangereuse h la liberté de ses voisins (1). » Ainsi la caractérise, à celle époque, un de ses récents historiens. C’était un assez beau sort que le règne plus éclatant d’Otlon devait peut-être compromettre.

(1) M. de Sybel, après avoir soutenu ces idées raisonnables en 1862, s'est laissé ensuite entraîner par le succès et par l'engouement général et il s'est empressé, depuis, de préférer Otton le Grand à Henri et l'empire allemand à la royauté et, on peut le dire, à la nation allemande : comparez son opuscule do 1863, Die deutsche nation und das Kaiserreich, avec ses récentes brochures.

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