‹ Histoire d'Allemagne (volume 4)Chapitre 22 sur 31 · I.KS 0TT0NIDKS · texte numérisé non relu

I.KS 0TT0NIDKS

tudc des anciennes lois franques et la dissolution de la vieille organisation cantonale, seigneuries laïques et ecclésiastiques avaient ajouté à l’envi les fiefs aux fiefs, les donations aux donations, usurpé le pouvoir des rois, supprimé la liberté des petits, et partout bâti des forteresses pour braver la colère des uns et recueillir le fruit du labeur des autres. Un contemporain le disait, les grands (optimales), les seigneurs étaient « la force même et les entrailles du royaume ; » et les prélats, évêques et abbés avec eux, étaient « ceux que la Providence avait chargés de conduire au port le vaisseau de la patrie (I). » Aussi jamais pareil appétit de pouvoir et de possessions, semblables luttes, querelles et guerres privées, pour s’accroître, s’arrondir et s’attaquer les uns les autres, ne s'étaient vus! Sous le troisième Otlon, qui siégeait à Rome, l’anarchie était générale en Allemagne. « Autrefois, les chevaliers, nos ancêtres, » disait Dithmar de Mersebourg, « toujours fidèles à leurs rois, exerçaient leur valeur guerrière au dehors et ne déchaînaient pas leur rage comme aujourd'hui contre l'empire. » — « Et les saints évêques, » disait l'évêque Aruulf d’IIalbersladl, nos ancêtres, « mettaient tout leur zèle jadis à sauver leurs âmes, tandis que ceux d’aujourd’hui ne songent qu'il soigner leurs corps. Ils combattaient pour le ciel et nous, nous combattons pour les biens de la terre. » Tel était l'état dans lequel l'ambition mystique d'Otton lit, mort en Italie, avait laissé l’Allemagne après lui.

Ilenri de Bavière avait à peine trente ans. Destiné peut*

:t) Wipo. Vita Chuonradi, c. n : Primates, vires et viscera réuni dirina Providentiel commisit viris ponlifvalibus anchoras ail durendam palriam sine jactura in porlum quietis.

452 FONDATION DF. I.'FUIMIIE (iEHMANIQUE.

être d’abord à l'état ecclésiastique, quand son père disgracié était privé de son duché, et élevé sous les yeux de l’évêque de Ralisbonne, Wolfgang, qui vivait comme un moine dans son évêché, chose rare alors, surtout en Bavière où l'Eglise était fort dissolue, ce nourrisson de l’Eglise était déjè cher au clergé. Sa femme, Cunégonde, fille d'un comte de Lutzelbourg (Luxembourg), n'avait pas moins de piété et d'ambition que lui. Ils n'ignoraient pas qu’ils n’auraient point de postérité. Henri, atteint de naissance, ou au moins de bonne heure, d’une infirmité qni l’alitait souvent et qui, même en santé, le faisait boiter, savait qu’il ne serait point père (4). C’est ce qui leur a fait attribuer par la légende le vœu de vivre en célibat dans le mariage, quoique la médisance n’ait pas toujours épargné au moins Cunégonde. Toutes les passions de ce couple sans enfants s’étaient tournées en une ambition et même une avarice qui avaient l'àpreté, toujours en éveil, des gens d’Eglise dont ils faisaient leur compagnie habituelle et avec lesquels ils avaient quelque ressemblance.

Le Saxon qui se posa en compétiteur du Bavarois Henri était Eckhard, margrave de Misnie. Il avait accompagné Otton II en Italie et était plus connu encore sur l’Elbe,

(I) La légende est complètement démentie par le passage suivant de Ditlunar oit Henri dit de lui : Quia in tabule acquirenda nulla mihi s pes remanel. M. de Giesobroclit ne veut pas que Henri II. malgré des témoignages postérieurs très-concluants, ait été boiteux. sous prétexte que les écrits ou les représentations des contemporains ne l'attestent point. Mais los contemporains ne rappellent le plus souvent pas ce que tout le monde sait; et on comprend, ipie, do son vivant, on n'ait pas représenté Henri boiteux, comme on le fil plus tard.

Page 1