ROLE DE SAINT LOUIS DANS LA QUERELLE
moins les luttes intestines qui continuaient dans le royaume de Jérusalem contre les habitants d'Acre et les Templiers *. Quel souverain chrétien avait jamais donné tant de preuves de sa puissance ?
En paix avec l'Orient, détenant entre ses mains le futur concile convoqué par le pape, sûr de l'Allemagne et en grande partie de l'Italie, allié de l'Angleterre, Frédéric 11 ne trouva devant lui, en ce moment prodigieux, que le roi de France Louis IX. On se demandait si l'empereur ne s'était pas laissé entraîner trop loin en portant atteinte par sa victoire de Meloria à la hberté de l'Église chrétienne, convoquée à Rome par le pape. Cet abus de la force ne scandalisait-il pas la chrétienté ? Le roi de France Louis IX exprima le premier ce sentiment en envoyant à l'empereur l'abbé de Corbie et Gervais d'Escrennes, son maître-queux, pour réclamer la liberté des prélats français. Dans l'ivresse deson triomphe Frédéric répondit avec arrogance : « C'est, dit-il, l'admirable providence de Dieu qui, déjouant la conspiration ourdie contre nous, a mis entre nos mains les cardinaux et les prélats, non seulement du royaume de France, muis des autres provinces, que nous tenons tous comme nos ennemis et nos adversaires... La puissance de l'empire surpasse loute force humaine ; tous les animaux tremblent en reconnaissant les traces du lion. Que Votre Altesse Royale nés'élonne pas si Auguste relient dans ses serres ceux qui s'efforçaient d'enserrer César, in angusto tenet prelatos qui ad Cesaris angustias nitebantur. » La réponse de saint Louis fut aussi énergique que fière. Après avoir démontré que les prélals ne se rendaient au concile que pour
358 L'EMPEREUR FRÉDÉRIC li
remplir un devoir d’obédience : « Nous considérons, ajoutat-il, la détention de nos prélats comme une injure faite à notre personne : rappelez-vous que nous avons repoussé les légats de l'Église qui sollicitaient notre appui contre vous, et qu'ils n'ont rien pu tirer de notre royaume à votre détriment. Que votre prudence impériale réfléchisse et qu'elle ne cède pas à l'enivrement de la puissance et du bon plaisir ; car le royaume de France n’est pas si faible qu'il ne regimbe contre les coups d'éperon. » Frédéric se le tint pour dit. 11 relâcha sans rançon les prélats français, mais ceux-là seulement et pour faire retomber toute sa colère sur le pape Grégoire IX.
Encouragé par les prélats échappés au péril et qui lui écrivaient que « sous un pareilsouverain l’Église ne jouirait d'aucun repos, parce que son exemple encouragerait les autres princes à une pareille audace »!, Grégoire, malgré les avertissements hardis du cardinal Colonna, persistait à résister. « Je nete considérerai bientôt plus comme cardinal, » disait Grégoire à celui-ci ; — « Ni moi toi comme pape, » répondit Colonna, qui se fortifia dans le mausolée d’Auguste. « C’est la tête qu’il faut frapper »,s’écria Frédéric Il, « pour achever d’abattre la rébellion. » Si en effet, en Allemagne, le duc de Bavière, Otto, faisait la paix avec lui et abandonnait Albert de Béham qui était en fuite, Gènes et les villes de la Ligue lombarde, comme Grégoire IX, résistaient toujours aux gibelins; mais, au moment où il allait marcher contre Rome, une nouvelle bien faite pour faire réfléchir l’empereur, le pape et tous les princes chrétiens, arriva en Italie.
4 H.Br., V, 4120 : Cum principes universi exemplum et auda-
ciam in hac parte receperint ub eodem.