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FRÉDÉRIG AUX PORTES DE ROME

que, ayant consacré toute sa vie à défendre son autorité, il n'irait contre les Tartares qu'après s'être assuré que le pape, comme en Palestine, ne l'attaqüerait pas par derrière dans son pays. Le pape, après l'avoir abaissé, lui, n’abaisserait-il pas tous les rois ? Après être entré dans Rome, Frédéric irait en personne avec son fils défendre la foi. » Et il envoyait aux princes quelques prescriptions militaires que la connaissance qu'il avait des Tartares lui inspirait, par exemple :« de ne point engager isolément une bataille en plaine avec eux, jusqu'à ee qu'il puisse venir les réunir tous, mais de se défendre chacun dans ses frontières, d'entretenir des arbalétriers et de mettre en sûreté les provisions de bouche dans les forteresses, au lieu de les transporter au delà du Khin!.» Le pape, tout en voyant l'orage, de Spolète, arriver sur lui, n'en persistait pas moins à repousser toute paix qui ne serait point la soumission complète de Frédéric 2. Heureusement, le sentiment du danger en Allemagne ouvritles bourses et mit la main aux épées. Les dons affluaient et une entente avait lieu entre le roi Conrad, les princes du Nord et ceux du Midi, qui avaient pris la croix, pour secourir le due d'Autriche Frédéric le Batailieur, en marchant contre les Infidèles. Tandis que les princes de Misnie, de Saxe et de Thuringe passeraient de Mersebourg en Bohème pour y rallier le roi Wenceslas et descendre sur le Danube, Conrad longerait ce fleuve avec les chevaliers du Rhin, de Bavière et de Souabe jusqu'en Autriche. On s'attendait à ce que l'invasion mongole remonlât le fleuve et on s'apprêtait à la recevoir. Quoique l'on ait peu de renseignements sur ce qui se passa, il semble que la résistance d'une petite ville

4 Huill, Breholles, V, 1215, 1143.

3 Hormayr, loc,

en Autriche, Neustadt, ct l'approche de l’armée allemande coujurèrent, comme par enchantement, ce danger qui avait paru si formidable. Les Mongois de Batou semblèrent vouloir se contenter d'occuper la Hongrie jusqu’à ce que. deux ans plus tard, sollicités par une révolution qui s'était accomplie dans le monde oriental, sur les confins de la Chine, à Karakorum, ils soient retournés dans leurs steppes. L'Europe était si étonnée de leur apparition et de leur fuite, qu'un annaliste disait: « Pour quelle raison les Barbares se sont-ils éloignés des frontières chrétiennes ? Dieu seul le sait, Qualiter a finibus chrislianorum recesserint ipse solus Deus arbiter noott. »

Frédéric II avait-il jugé avec plus de sang-froid les menaces de l'orage passager des Mongols ? Toujours est-il que, de Spolète, ravageant Terni et Rieti, pendant l'émotion de l'Allemagne, il se dirigea sur Rome. De retour de la croisade, Richard de Cornouailles, dans c2 moment suprème, essaya encore d'intervenir. Quoique Frédéric répétât que toute démarche tentée auprés de Grégoire IX ne faisait « qu’endurcir les oreilles et le cœur de cet homme obstiné, » il chargea Richard, par un plein pouvoir scellé de sa bulle d’or, de proposer au pape des conditions équitables. Selon Mathieu Paris, Le prince anglais fut malreçu. Le vieux pontife était décidé à n'accepter aucun arrangement, avant que l’empereur n’eût remis à son arbitrage et à sa décision l'affaire des Lombards et qu’il ne se fût engagé par serment à obéir aux injonctions de l’Église. Frédéric marcha sur Tivoli et entra dans la ville, à la grande joie des habitants. Comme à l'approche d’un grand événement, on se battait déjà dans Rome. Le chef des Guelfes, Mathieu Orsini, que le pape avait fait nommer récemment seul sénateur de la cité, assiégeait dans le mausolée d'Auguste le chef de la faction gibeline, le belli-

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