LA CHRÉTIENTÉ SANS PAPE PENDANT DEUX ANS
de Rome, élut, à la majorité de six voix, un Milanais, Godefroy, évêque de Sabine, qui prit le nom de Célestin IV. Les deux cardinaux, relâchés par Frédéric, reprirent la route de leur prison ; mais Célestin IV n'avait pas encore revêtu le manteau et reçu la consécration, qu'il mourut et laissa l'Église dans le plus grand embarras qu'elle eût connu depuis longtemps. La minorité du conclave précédent avait porté ses voix sur Romanus, cardinalde Porto, qui était un ennemi ardent de Frédéric. L'empereur, craignant que les deux cardinaux de retour n'ajoutassent leurs voix à la minorité, les garda. Le conclave était réduit à sept. La peste était à Rome. Plusieurs des cardinaux malades s'enfuirent, les uns à Anagni, les autres dans leurschâteaux forlitiés. L'impérialiste Jean Colonna, qui resta à Rome, dans son château, y fut assiégé; son château pris d'assaut, détruit, il devint prisonnier à son tour des Guelfes. Les six cardinaux restants élaient dispersés, partagés peut-être également. Une élection n'était plus possible. L'Église resta ainsi près de deux années sans pape. On comprend qu'il n'y avait, en Italie et en Allemagne, rien de moins favorable à la paix,
Tandis que Frédéric, du royaume de Naples, revenait à Tivoli, avec ses deux cardinaux prisonniers, pour tâcher de traiter avec ceux qui étaient à Anagni, le sénateur de Rome, Matteo Rossi, et les Orsini firent, en mars 1242, avec les villes guelfes de Pérouse, de Narni et autres, une alliance offensive et défensive qui devait avoir pour durée la prolongation de la lutte du sacerdoce et de l'empire. La confédération des villes se généralisait en Italie contre l'empereur. En Allemagne, la prolongation de l'absence de Frédéric, l'interrë gne pontifical commençant, rendaient de l'espoir
1 Narducei, la Lega romana con Perugia.
et de l’activité au plus ardent agent de la cour de Rome, Albert de Beham, réduit pendant quelque temps à l’impuissance. Deux des plus puissants prélats des bords dun Rhin Siegfrid IIT d'Eppstein, archichancelier et régent de l’empire pendant la minorité du jeune Conrad. et le nouvel archevêque de Cologne, Conrad d'Hochstaten, homme de passions violentes et guerrières (oir furiosus et bellicosus), le premier avec quelques ménagements, le second avec impétuosité (ut leo), commençaient à témoigner de leurs préférences pour la cour de Rome et rentraient en relations avec Albert de Beham. Ils faisaient alliance entre eux (fædus) ; sollicités par le pape, per papam sollicitati, ils se fortifiaient contre les seigaeurs partisans de Frédéric. L'archevêque de Cologne guerroyait ses voisins Guillaume de Juliers et le comte de Gueldre ; celui de Mayence, Henri de Brabantet le comte de Limbourg, soutenus parles lettres de Frédéric et par des chevaliers serviteurs et ministériaux du roi Conrad !.
On comprend, dans descirconstances si délicates, la situation difficile de Frédéric II entre l'Italie et l'Allemagne. Il était difficile de paraître abandonner autour de Rome le terrain brûlant de la lutte. Il avait adressé déjà une lettre, au Jlandgrave de Thuringe probablement, pour exhorter les princes « à défendre les droits de l’empire en Allemagne comme il les défendait en Italie ?. » Au printemps de l'année 1949, Frédéric part incognito de Tivoli, arrive en avril en Allemagne, à Francfort, où quelques princes se trouvent rassemblés, et là il enjève à l'archevêque de Mayence, Siegfrid 11], la régence de l'empire, pour la transférer en partie
4 Voir, pour ces détai;s, Schirrmacher, Fr. II, IV, pp. 7-23. ? Schirrmacher, IV, Beilage I, p. 499.